Fier Gallois de 32 ans, Geraint Thomas, ou «G» comme le surnomme ses amis et coéquipiers, a arboré le drapeau national, dimanche, pour célébrer son premier Tour de France.

Thomas remplace Froome au sommet

PARIS — Un Britannique de l’équipe Sky vainqueur du Tour de France: Geraint Thomas a remplacé Chris Froome sur la plus haute marche du podium des Champs-Élysées, dimanche, au terme de la 105e édition qualifiée de «rude» par son directeur Christian Prudhomme.

Après le déboulé victorieux du Norvégien Alexander Kristoff (Emirats) dans la 21e étape, le scénario habituel s’est reproduit au bout du parcours de 3351 kilomètres. Pour la sixième fois depuis 2012, l’équipe la plus puissante du peloton a inscrit l’un des siens au palmarès de la plus grande course cycliste du monde : Bradley Wiggins (2012), Chris Froome à quatre reprises entre 2013 et 2016, et enfin Geraint Thomas, un Gallois de 32 ans jusqu’alors cantonné à un rôle de lieutenant.

La formation britannique a imposé sa puissance collective malgré la réduction de neuf à huit coureurs par équipes. Elle a placé Froome, son habituel leader qui a semblé usé par la répétition des efforts et l’atmosphère souvent hostile rencontrée sur les routes, à la troisième place.

Le dauphin a pris les traits d’un coureur de grande envergure, le Néerlandais Tom Dumoulin (27 ans). Déjà deuxième du Giro fin mai derrière Froome, le champion du monde du contre-la-montre a été devancé cette fois par Thomas pour un peu moins de deux minutes.

Dimanche, le vainqueur du Tour a savouré la dernière étape qui s’est conclue paisiblement. Aucun sifflet n’a été entendu lors des cérémonies protocolaires. «Ce sont les meilleures sensations ces huit tours sur les Champs-Élysées. J’en ai profité», a déclaré le Gallois.

Si la victoire de Thomas, vainqueur de deux étapes de montagne dans les Alpes et maillot jaune dès la 11e étape, est indiscutable — «j’ai un immense respect pour lui», a salué Dumoulin —, elle ne paraît pas ouvrir pour autant le début d’une nouvelle ère.

«Il n’y a pas de passation de pouvoir», estime Laurent Jalabert, l’ancien champion devenu consultant. «C’est la confirmation que Thomas vaut mieux que ce rôle d’équipier de luxe qu’il a tenu jusque-là. Cela lui ouvre des ambitions. Il faudra voir s’il a envie de partager avec Froome à l’avenir. Il a 32 ans et n’a pas de temps à perdre.»

Le premier Gallois vainqueur du Tour est en fin de contrat chez Sky, au contraire de Froome lié jusqu’en 2020. Mais, sur ce Tour, la cohabitation des deux hommes, qui se connaissent depuis leurs débuts et vivent une partie de l’année à Monaco, s’est déroulée apparemment sans accroc notable, au contraire de la mésentente affichée entre Wiggins et Froome dans le Tour 2012.

Froome peut-il gagner une cinquième fois et égaler le record des victoires? 

«Il n’est pas fini», répond Laurent Jalabert. «Simplement, il est fatigué, moins percutant.» Le rétablissement de l’Anglais né au Kenya (33 ans) dans le dernier «chrono» qu’il a été tout près de gagner, samedi, au pays Basque, va dans ce sens. Froome dispose encore de ressources physiques malgré l’énergie dépensée au Giro.

Pourquoi un Tour aussi «rude»?

Ambiance, météo, parcours, tout a concouru à rendre ce Tour éprouvant, «rude» selon son directeur Christian Prudhomme. Le climat détestable qui a entouré les premiers tours de roue de Froome, blanchi seulement cinq jours avant le départ pour un contrôle antidopage anormal, a débordé sur son équipe.

«Pour nous, cela a représenté une source supplémentaire de motivation», affirme Froome, décidément optimiste. Mais, chose rare, le quadruple vainqueur de l’épreuve a été menacé à l’occasion, notamment dans la montée de l’Alpe d’Huez où le risque existe qu’une petite frange du public du Tour, familial par définition, bascule dans le hooliganisme. Thomas lui-même a été sifflé lors de sa prise de pouvoir à La Rosière. Comme s’il devait payer la stratégie du rouleau compresseur de son équipe.

Le vent de face, qui a éteint les intentions offensives en début de Tour, et la chaleur omniprésente, souvent plus de 30 degrés, ont laminé les adversaires de la formation britannique. Aucune d’elles n’a pu utiliser les ressources du parcours, la longue séquence de plaine jusqu’aux pavés de la neuvième étape, les formats différents des étapes de montagne ensuite.

«La plaine use les grimpeurs», constate le directeur de course Thierry Gouvenou au vu de la hiérarchie dominée par les rouleurs-grimpeurs qui ont pris les quatre premières places à Paris (Primoz Roglic quatrième). «Mais on ne va quand même pas s’interdire d’aller dans l’ouest. Ce sont des terres de vélo!»

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PREMIER GALLOIS VAINQUEUR DE LA GRANDE BOUCLE

PARIS — Geraint Thomas a conservé son calme et sa modestie, avec un sens de l’humour loin de l’image froide et distante que l’on peut avoir de lui, pour se défaire du rôle de coéquipier et devenir le premier Gallois vainqueur du Tour de France.

Dans le sport gallois, il y a les vedettes ultra médiatisées comme le joueur du Real Madrid Gareth Bale, ou le troisième ligne aile Sam Warburton, capitaine du XV du Poireau et des Lions britanniques aujourd’hui à la retraite.

Il y a désormais Geraint Thomas, ou «G» comme le surnomme ses amis et coéquipiers, fier Gallois de 32 ans arborant le drapeau national, dimanche, pour célébrer son premier Tour de France.

Comme Bale et Warburton, Thomas est passé par l’école Whitchurch dans le nord de Cardiff, mais c’est bien le seul point commun entre les trois sportifs.

Car si l’on met de côté sa résidence en Principauté de Monaco avec sa femme Sara Elen, le cycliste né en mai 1986 dans une famille d’ouvriers se situe à des années-lumière du star-system qu’incarnent Bale et Warburton.

«Il a toujours le même caractère. C’est quelqu’un qui a la capacité à ne pas s’éparpiller, il a cette faculté à s’isoler, à faire les choses simplement. C’est de la routine, mais de la routine hyper maîtrisée», note son directeur sportif chez Sky, Nicolas Portal, qui l’a côtoyé en 2010 en tant que coureur au moment de la création de la formation britannique.

Fan de rugby

Une isolation — il ne lit pas les pages cyclisme dans la presse, préférant s’attarder sur le rugby, une grande passion — bénéfique, alors que l’ambiance autour de Sky aura été très tendue pendant tout le Tour de France, et que les coureurs bleu ciel et noirs ont été la cible d’une partie du public.

«Il n’est pas agité quand il se fait huer sur un podium lorsqu’il gagne en haut de l’Alpe d’Huez. Forcément, ce n’est pas génial. Mais il arrive à se mettre dans la course», loue son directeur sportif.

«Quand on ne le connaît pas, c’est quelqu’un qui peut paraître froid», note Portal. Mais ce n’est pas du tout le cas. «Il a un humour vraiment gallois, comme les gars que l’on peut côtoyer lorsque l’on fait du rugby. C’est du second degré, assez fin», souligne Portal.

Sur le Tour de France, les occasions étaient toutefois rares pour percevoir cette facette de la personnalité de Thomas. Une seule fois, il s’est permis un petit trait d’humour, lors du second jour de repos à Carcassonne, sur ses relations avec Chris Froome, quadruple vainqueur de la Grande Boucle, et coéquipier chez Sky depuis près d’une décennie. «Je m’entends bien avec lui... pour le moment.»

Thomas a découvert le vélo à l’âge de neuf ans, sur le vélodrome dans le club Maindy Flyers à Cardiff, la piste ayant ses faveurs à ses débuts. Au physique costaud de pistard qui lui a permis de remporter l’or olympique en poursuite par équipes en 2008 à Pékin et en 2012 à Londres, il s’est métamorphosé par la suite en coureur complet pour la route.  AFP