Michael Jordan (en 1992 sur la photo)  a confié au réalisateur Jason Hehir sa crainte de «passer pour un gars horrible».
Michael Jordan (en 1992 sur la photo)  a confié au réalisateur Jason Hehir sa crainte de «passer pour un gars horrible».

The Last Dance : toute la NBA vibre pour Jordan et les Bulls

LOS ANGELES — «C’étaient les deux meilleures heures du confinement» : à l’image du joueur 76ers de Philadelphie Tobias Harris, la planète NBA, à l’arrêt forcé à cause du coronavirus, s’emballe pour la passionnante série-documentaire The Last Dance, sur l’épopée des Bulls de Chicago de Michael Jordan.

La NBA, dont la saison est suspendue depuis le 11 mars, a beau se démener pour faire patienter les fans en attendant une hypothétique reprise, avec des tournois de jeux vidéo impliquant notamment Kevin Durant et Chris Paul, le meilleur remède à l’ennui a commencé à se diffuser dimanche soir sur ESPN aux États-Unis, sur Netflix dans le reste du monde.

Et après ses deux premiers épisodes qui ont rassemblé en moyenne 6,1 millions de téléspectateurs américains, un record pour un documentaire de la chaîne sportive, The Last Dance a fait plus que contenter les férus de la balle orange. Digne d’une madeleine de Proust, il a donné du baume au cœur à toute la «génération Jordan».

The Last Dance tire son titre de celui d’un mémo préparé juste avant la saison 1997-1998 par l’entraîneur Phil Jackson à l’intention de ses joueurs, sachant qu’elle serait quoi qu’il advienne sa dernière à la tête de l’équipe. La fin de l’histoire — un troisième titre d’affilée, le sixième en huit ans — est connue, mais il restait à raconter la façon dont elle s’est écrite.

«J’ai versé une larme»

Chose rare, Jordan, Jackson et leurs dirigeants, le propriétaire Jerry Reinsdorf et le directeur général Jerry Krause, ont accepté d’ouvrir les portes du vestiaire à une équipe pour filmer au quotidien l’épilogue d’une des plus grandes dynasties de l’histoire du sport.

Mais contrairement aux Yeux dans les Bleus, qui retraça à la même époque l’épopée victorieuse de l’équipe de France de soccer au Mondial-1998 et fut diffusé juste après, ces «yeux dans les Bulls» mettront 22 ans pour se dévoiler. Avec en valeur ajoutée considérable, l’intervention a posteriori de tous les acteurs et témoins de l’époque.

The Last Dance était fantastique, j’ai tout adoré!! Les jeunes qui n’ont jamais pu voir Michael jouer comprennent maintenant pourquoi il est le plus grand basketteur de tous les temps!», a tweeté l’un des plus célèbres d’entre-eux, Magic Johnson.

Dans son sillage et celui de l’ancienne star de Miami Dwyane Wade — «je deviens dingue» —, les joueurs actuels se sont empressés d’exprimer émotion et joie sur ce même réseau social, à la découverte de seulement un cinquième de cette série.

«J’aurais pu regarder les dix épisodes dès maintenant», a lâché le meneur de Chicago Zach LaVine. «Au moment où le générique a commencé, j’ai versé une larme», s’est ému l’arrière des Nets de Brooklyn Spencer Dinwiddie.

Ces deux-là avaient 3 et 5 ans au moment des faits, mais ils savent les frissons procurés par les mythiques entrées des Bulls, au Chicago Stadium puis à l’United Center, sur le Sirius d’Alan Parsons Project, et chacun s’est imaginé ces scènes en rêvant de vivre pareils grands soirs.

Michael Jordan annonçant sa retraite en 1999
Michael Jordan en pleine séance de magie en 1998

«Un gars horrible»

Mais là où The Last Dance est précieux c’est dans l’image qu’il renvoie des protagonistes, suivis pas à pas, sans fard. Jordan a d’ailleurs confié au réalisateur Jason Hehir sa crainte de «passer pour un gars horrible».

«Quand les gens verront ces images, je ne suis pas sûr qu’ils pourront comprendre pourquoi j’étais si intense, pourquoi j’ai fait ce que j’ai fait, pourquoi j’ai agi comme j’ai agi et pourquoi j’ai dit ce que j’ai dit», craignait encore «His Airness» dont la rudesse envers certains de ses équipiers n’a pas encore été dévoilée à ce stade.

On le voit en revanche se moquer sèchement de l’obésité de Jerry Krause, l’homme qui ne voulait plus de Phil Jackson et avait donc programmé le démantèlement de l’équipe. On l’entend aussi raconter, hilare, ses premiers pas en NBA quand il découvrit que certains équipiers s’adonnaient à des soirées «cocaïne, marijuana, filles» en stage de présaison.

Le deuxième épisode est plus centré sur son «lieutenant», Scottie Pippen, rappelant, comme pour lui rendre justice, que malgré son apport si important, il ne fut longtemps que le sixième salaire des Bulls. Ce qui a notamment fait réagir le Français Rudy Gobert (Utah ): «L’impact de Pippen sur l’équipe reste sous-évalué».

Celui de The Last Dance sur la NBA et ses fans est lui immense.