Il s’appelait Vincent Robichaud. Un beau grand jeune homme qui avait tout pour réussir. Et qui réussissait.

Vincent était un gagnant

CHRONIQUE / Il s’appelait Vincent Robichaud. Un beau grand jeune homme qui avait tout pour réussir. Et qui réussissait. Il avait 22 ans. Il était originaire de Chelsea.

J’ai fouillé nos archives. Nous n’avons jamais écrit sur lui auparavant.

Il était bon athlète, pourtant. Le genre de gars qui avait de la facilité dans presque tous les sports. Le genre de gars qui pouvait rivaliser avec ses professeurs d’éducation physique, à l’école secondaire.

Quand il se joignait à une équipe, l’équipe finissait généralement par connaître du succès.

Vincent Robichaud n’était pas un athlète d’exception. Juste un bon sportif.

Je vous parle de lui à l’imparfait parce qu’il est décédé. Un petit avion dans lequel il prenait place s’est écrasé, dimanche dernier, à Saint-Jean-Port-Joli.

Je ne connais pas les détails. De toute façon, les détails ne sont pas si importants.

C’est un ami, Patrick Grandmaître, qui m’a contacté pour me raconter son histoire.

Grandmaître, on le connaît bien. Il a été une vedette dans la LHJMQ. Il a joué au hockey de façon professionnelle, pendant quelques années, en Allemagne.

Aujourd’hui, il dirige le très compétitif programme de hockey masculin de l’Université d’Ottawa.

Entre les deux, il a occupé un poste de professeur au Collège Nouvelles Frontières (NF), à Gatineau. C’est là que leurs destins se sont croisés.

« À l’adolescence, Vincent avait tout pour être un jeune homme assez prétentieux, dit-il. Il était grand, blond, toujours en grande forme. Il n’était pas prétentieux pour deux sous. Il était simple. Souriant. Il prenait soin de tout le monde. »

« Le genre de jeune homme qu’on ne rencontre plus trop souvent, de nos jours. »

Il paraît que le volley-ball est le sport de prédilection, chez les Robichaud. Puisque la pratique de cette discipline n’était pas très bien répandue à NF, Vincent a chaussé ses patins.

Il était défenseur. Il misait d’abord sur sa robustesse, mais il pouvait se porter à l’attaque.

« Il était notre meilleur joueur », soutient Grandmaître.

En 2014, avec Robichaud, l’Arsenal de Nouvelles-Frontières a remporté un championnat régional.

« Dans la tête des gars, c’était quelque chose d’énorme. C’était la première fois que NF gagnait, au hockey. Être bons, c’est une chose. Être les meilleurs, à un moment précis, ça ne s’oublie jamais. C’est ce que je répétais aux gars, cette année-là. »

Au printemps 2015, Robichaud a remporté un autre championnat régional. Il a connu le succès au niveau civil, cette fois, avec les Loups des Collines midget AA.

Commentaire trouvé, au hasard, sur Facebook : « Quand on a le meilleur capitaine, il nous amène toujours vers la victoire », écrit un certain Stéphane Gauthier, sous une photo où on voit Vincent, souriant, un gros « C » jaune cousu sur son chandail noir.

Vincent Robichaud n’a pas accroché ses patins après le secondaire.

Il a joué un peu au niveau collégial, avec les Cougars de Lennoxville.

Là-bas, il a joué pour l’ancien centre du Canadien de Montréal, Stéphan Lebeau.

« Vincent est arrivé à un moment où on devait rebâtir avec de nouveaux joueurs. Il n’avait pas une grande expérience de hockey, mais il a fait sa place. J’oserais même dire qu’il a réussi à devenir un joueur important », m’a-t-il raconté.

« Il avait gagné le respect de ses coéquipiers. Les gars n’aimaient pas pratiquer avec lui, toutefois. Il ne savait pas faire les choses à moitié. »

« Vincent devait savoir qu’il ne ferait pas carrière au hockey. Ça ne l’empêchait pas de s’investir à fond, chaque fois qu’il sautait sur la glace avec nous. »

Robichaud a voulu aller au bout de son talent. En quittant le cégep et cherché à savoir si Grandmaître avait une place, pour lui, à Ottawa.

« S’il avait complété son cégep au moment où nous avons relancé le programme des Gee Gees, il aurait pu se tailler une place comme défenseur numéro sept ou huit », croit le jeune coach.

Ça n’a pas fonctionné.

Vincent Robichaud a fini par miser sur les études. Il préparait son avenir au Centre des dirigeants John-Molson de l’université Concordia.

Ce n’était pas un mauvais endroit, pour un jeune leader. Un jeune gagnant.