Les joueurs ont choisi de remettre la rondelle du dernier match à leur entraîneur-chef, André Tourigny (centre).

Toutes les révolutions débutent quelque part

CHRONIQUE / À la conclusion de leur saison régulière, quand ils ont fracassé un record en récoltant leur 106e point au classement, les 67’s d’Ottawa se sont réunis dans leur vestiaire, dimanche. Les joueurs ont choisi de remettre la rondelle du dernier match à leur entraîneur-chef, André Tourigny.

On peut facilement deviner ce qu’un tel geste signifie.

Mercredi matin, trois des leaders de l’équipe étaient réunis devant les médias pour une conférence de presse annonçant le début des séries éliminatoires.

Je leur ai quand même demandé de nous expliquer.

La question était ouverte. N’importe qui pouvait y répondre.

Tye Felhaber, le leader qui vient de connaître une saison de 59 buts, a sauté sur le micro.

« Quand le coach est débarqué, l’an dernier, toute notre équipe a subi un gros choc des cultures. Il fait un super boulot. Grâce à lui, nous sommes devenus des pros, sur la patinoire comme à l’extérieur. Il a pris le temps d’améliorer chaque individu. Grâce à lui, nous sommes tous de meilleurs joueurs et de meilleurs humains. Fracasser un record avec le logo des 67’s sur la poitrine, c’est un moment spécial. C’est lui qui nous a montré le chemin. »

Felhaber doit beaucoup à Tourigny, à titre individuel. Sa progression fulgurante sous la direction du coach québécois lui a permis de décrocher un contrat professionnel. Il deviendra un « vrai » joueur de hockey, l’automne prochain, dans l’organisation des Stars de Dallas.

« C’est vrai que ma carrière a pris une direction différente grâce à lui, reconnaît-il. Mais je suis pas mal certain que tout le monde, dans l’équipe partage mon opinion. »

Felhaber, avec la perspective d’un jeune homme de 20 ans, a choisi de parler d’un « choc des cultures ». L’image est fort intéressante.

Quand ils ont pris possession de leur complexe sportif fraîchement rénové dans le Glebe, en 2014, les gens du Ottawa Sports and Entertainment Group nous ont annoncé le début d’une nouvelle ère, avec des victoires sur tous les fronts.

Sur la pelouse, les succès sont arrivés très rapidement.

Sur la glace, un peu moins.

À voir les saisons qui se succédaient, dans un aréna qui ne se remplissait jamais, on était presque rendus à se demander si le hockey junior intéressait vraiment les gens d’affaires qui ont redynamisé le Glebe.

On oubliait que toutes les révolutions débutent sur le plancher des vaches.

Fort de son expérience dans la LHJMQ et dans la LNH, Tourigny a fait le nécessaire pour que la mayonnaise prenne. Il a mis un peu de plomb dans la tête de certains joueurs qu’on croyait paresseux. Il en a convaincu d’autres de sacrifier un peu de points pour accepter des rôles un peu moins importants dans une équipe remplie de joueurs de grand talent.

Et ce n’est pas fini, encore. Dans la conférence de presse de mercredi, Felhaber a dit qu’il compte « sortir de sa zone de confort » pour jouer du hockey « plus viril » à compter de maintenant.

C’est une belle promesse.

On dira ce qu’on voudra sur le hockey qui se modernise, qui favorise désormais les joueurs les plus doués, techniquement. À la fin de la journée, les championnats se gagnent toujours à grands coups d’épaule, de coude, de bâton.

André Tourigny et ses adjoints ont donné aux dirigeants d’OSEG un produit à vendre. Ces derniers doivent maintenant profiter de l’opportunité qui passe.

La fierté des amateurs de hockey d’Ottawa a été sérieusement ébranlée, dans la dernière année.

Gagner, ça règle bien des problèmes. Tout le monde aime ça, gagner. L’opportunité est parfaite pour une organisation qui veut reprendre sa place dans le cœur des fans.