D.J. Smith affirme que Paul Gillis est l’entraîneur qui a eu le plus d’impact sur lui. « Quand je jouais pour lui, je travaillais encore plus fort. J’avais le goût d’en donner plus parce qu’il nous respectait. Il était un bon leader. Je n’ai jamais oublié », a-t-il confié.

Mémoire longue

CHRONIQUE / Ça me trottait dans la tête depuis le mois de mai. Le jour de son embauche, D.J. Smith répondait à une série de questions des journalistes. Quand on lui avait demandé d’identifier l’entraîneur qui avait eu le plus impact, sur lui, il avait nommé Paul Gillis.

Gillis. Les « vieux » amateurs de hockey vont sans doute se souvenir de lui.

Il portait le numéro 23 et jouait à l’aile gauche, pour Québec. Il ne reculait devant personne, surtout pas les gars de Montréal.

On se souvient de lui pour le rôle qu’il jouait dans la rivalité entre le Canadien et les Nordiques. On ne se souvient pas tant de lui pour sa deuxième carrière dans le coaching.

Gillis était lui-même surpris quand il a décroché le combiné, mardi matin. Il mène une petite vie rangée loin du hockey, en Floride.

Il ne s’attendait pas à ce qu’on lui passe un coup de fil pour parler d’un défenseur qu’il a dirigé pendant deux saisons, dans les rangs juniors, au milieu des années 1990.

« Ça fait longtemps, tout ça », m’a-t-il répondu au moins trois fois, quand j’essayais de lui arracher des confidences.

Il a fini par me donner quelque chose.

« Je suis arrivé au beau milieu d’une saison. La réputation de D.J. était déjà faite. Il était un des joueurs les plus durs de toute la ligue. Mais il ne voulait pas se limiter à cela. »

« Dans le temps, la Ligue de l’Ontario était particulièrement dure. Les amateurs de hockey de Windsor affectionnaient le hockey robuste. La direction des Spitfires voulait un club qui ne se laissait pas marcher dessus. D.J. avait grandi à Windsor. Il comprenait cela. Il était fier de pouvoir défendre ses coéquipiers. Il a quand même travaillé très, très fort. Ses efforts lui ont permis de devenir un très bon défenseur. Nous avons éventuellement été capables de l’utiliser dans toutes les situations, même lors des attaques massives. »

« Il voulait s’améliorer. Il voulait apprendre. Ça lui a permis d’être le joueur qui a le plus progressé dans toute la ligue. »

D.J. Smith aurait peut-être intérêt à se souvenir, et s’inspirer de tout cela dans les prochains mois.

La saison régulière débute dans quelques heures pour les Sénateurs. Ne cherchez pas dans cette chronique une opinion discordante. Je pense, comme tous les autres, qu’il s’agira d’une saison longue et pénible.

Je n’irai pas jusqu’à les éliminer tout de suite. Tout le monde a une chance, dans les heures qui précèdent le match inaugural.

Les Sénateurs pourraient bien causer la surprise et se qualifier pour les séries.

Ça prendrait juste un miracle.

Un tout petit miracle.

Au hockey, les miracles peuvent prendre différentes formes. Smith pourrait par exemple imiter son mentor.

Il pourrait identifier six ou sept joueurs qui ont des carences, les convaincre de travailler comme ils n’ont jamais travaillé, de façon à devenir meilleurs qu’on pensait.

Je ne sais pas si c’est possible. Chose certaine, c’est une grosse commande.

Au moins, Smith a un avantage sur son mentor Paul Gillis.

Il a la mémoire très longue.

Il connaît bien la recette. Il reste à voir s’il peut la réussir.

« Paul Gillis se démarquait par la façon dont il nous parlait. Il ne s’adressait pas uniquement aux joueurs de hockey. Il venait nous chercher en tant qu’individus », raconte-t-il.

« Paul était un bon communicateur. Il était toujours là quand nous avions besoin de parler. Pour cette raison, on avait toujours le goût d’en donner un peu plus. Je veux dire... J’ai toujours travaillé fort, dans la vie. Quand je jouais pour lui, je travaillais encore plus fort. J’avais le goût d’en donner plus parce qu’il nous respectait. Il était un bon leader. Je n’ai jamais oublié. »

Ça s’est quand même passé il y a 25 ans. C’est arrivé dans une autre ligue. Avec des joueurs plus jeunes.

Le monde et le hockey ont bien changé, depuis.

« Sauf que Paul était bien en avance sur son temps », estime Smith.

« Quand nos joueurs se sentiront à l’aise, dans la LNH, ils se retrouveront dans une position où ils pourront atteindre leur potentiel. On va s’arranger pour qu’ils se sentent bien, à l’aise. Le progrès, sur la glace, viendra tout naturellement. »