À Gatineau, Mélodie Collard est bien entourée. On la voit ici en compagnie de son entraîneur Mathieu Toupin, de son préparateur physique Alexandre Lalonde et du physiothérapeute Nicolas Turcotte.

Mélodie, made in Gatineau

CHRONIQUE / Un truc m’a tout de suite frappé, lundi matin, en arrivant à la Sporthèque de Gatineau. Ça saute aux yeux. Mélodie Collard a encore grandi.

Il paraît que tout le monde lui fait ce commentaire, ces temps-ci. C’est une illusion, répond-elle chaque fois.

Son entraîneur, Mathieu Toupin, a fini par me dire que sa protégée a peut-être gagné un peu de muscle.

Ça contribue peut-être à créer l’illusion.

L’entourage de l’adolescente avait convoqué les médias sans avoir vraiment de nouvelles précises à communiquer. On voulait faire le bilan de ce qui s’était passé, jusqu’ici, en 2019. Parler de ce qui s’en vient.

La meilleure joueuse de tennis de l’histoire de l’Outaouais s’est installé une chaise, entre son coach et sa mère, Johanne Demers.

Quand ils s’adressaient aux médias, les deux autres lisaient leurs discours.

Elle ? Pas besoin ! C’est à peine si elle consultait ses notes. Parler dans une grande salle remplie d’adultes, avec deux ou trois caméras de télévision, ça n’a pas l’air trop intimidant.

Il fallait par contre l’écouter nous parler de sa première expérience à Roland-Garros. L’impressionnant labyrinthe qui permet aux joueurs de circuler sans croiser le public. Les pros qui ont respiré le même air qu’elle pendant quelques minutes. Dominic Thiem. Madison Keys. Federer et Nadal.

Les 300 spectateurs qui se sont rangés derrière elle, lors de son dernier match en double.

Elle portait d’ailleurs un coton ouaté des Internationaux de France. Le type qu’on retrouve dans les boutiques de souvenir.

La grosse machine l’a visiblement impressionnée.

À plusieurs égards, Mélodie Collard est déjà « grande ».

Elle a quand même 15 ans. À tous les niveaux, elle n’a pas fini de grandir.

C’était peut-être le principal objectif de la conférence de presse, justement.

Mélodie, l’athlète, pourrait facilement déménager à Montréal. Les dirigeants du Centre national de tennis accueilleraient à bras ouverts la jeune femme qui a récemment percé le top-50 mondial chez les juniors.

Mélodie, la jeune femme, n’est peut-être pas prête pour ça.

« On pourrait prendre une décision qui ferait que ses résultats à court terme seraient meilleurs. À long terme, cette décision ferait en sorte qu’on la perdrait, selon moi », me dit Johanne Demers.

« Si elle n’est pas heureuse, si elle n’est pas bien dans ce qu’elle fait... »

« On préfère prendre un chemin qui pourrait être plus long, même si je ne suis pas convaincue que notre chemin sera plus long. Nous avons souvent pris des décisions qui nous ont permis de monter la pente tranquillement, sans brûler d’étapes. L’idée, c’est de ne pas brûler Mélodie. »

Johanne Demers parle comme une – bonne – mère de famille.

Ses idées rejoignent celles de Mathieu Toupin, même si leurs motivations ne sont pas identiques.

Toupin, on commence à bien le connaître. C’est un grand rêveur à l’énergie contagieuse. Il a fondé il y a 10 ans une académie qui a formé quelques champions provinciaux et nationaux. Il organise chaque année des tournois professionnels destinés à la relève. Des tournois qui nous ont permis de voir Bianca Andreescu, Milos Raonic et Denis Shapovalov à l’œuvre, alors qu’ils étaient en pleine ascension.

Dans tout ce qu’il fait, on trouve un fil conducteur.

Pourquoi aller ailleurs pour trouver ce qui se fait de mieux ? Pourquoi ne pas viser l’excellence, chez nous ?

Retenir Mélodie Collard en Outaouais le plus longtemps possible s’inscrit parfaitement dans cette mission.

« Le jour où on se rendra compte qu’on ne peut pas appuyer Mélodie, on va le dire. En attendant, la confiance de Mélodie est là. On va tout faire pour développer une pro à Gatineau. »

Développer une championne, ça coûte cher. L’entourage de Collard souhaite amasser 175 000 $, de façon à couvrir les frais des 15 prochains mois. D’autres tournois du Grand Chelem – le US Open 2019 et l’Omnium d’Australie 2020 – sont dans la mire.

Déjà, 55 % de la somme aurait été recueillie.

Pour le reste, on recherche activement des commanditaires. Toutes les entreprises gatinoises peuvent s’impliquer.

Une campagne de socio-financement bat son plein. Tous les Gatinois peuvent contribuer.

On verra si ça peut fonctionner. Tous ces gens nagent un peu à contre-courant, pour le moment.

« Je dirais qu’on nage dans l’inconnu depuis 10 ans », commente Toupin en riant.