Sylvain St-Laurent
Comme tous les intervenants du monde de la santé, qui sont au front à combattre la COVID-19, Stéphanie Mercier ne sait pas trop de quoi les prochaines semaines seront faites.
Comme tous les intervenants du monde de la santé, qui sont au front à combattre la COVID-19, Stéphanie Mercier ne sait pas trop de quoi les prochaines semaines seront faites.

Le sport universitaire mène à tout

CHRONIQUE / Comme tous les intervenants du monde de la santé, qui sont au front à combattre la COVID-19, Stéphanie Mercier ne sait pas trop de quoi les prochaines semaines seront faites.

La jeune infirmière franco-ontarienne possède un tout petit avantage sur la plupart de ses collègues de l’Hôpital Montfort.

Elle a l’habitude de porter un masque.

Quand elle a quitté Smooth Rock Falls, la «plus grande petite ville du Nord de l’Ontario», elle caressait deux rêves. Elle voulait une carrière dans le monde de la santé. Elle souhaitait aussi garder les buts d’une équipe de hockey de haut calibre.

Au cours des années 2010, l’Université d’Ottawa lui a permis de les réaliser, tous les deux.

Ceux qui ont côtoyé les Gee Gees, au début des années 2010, gardent le souvenir d’une bonne joueuse d’équipe, intelligente, très impliquée.

Une battante, surtout. On parle encore d’un match éliminatoire, en particulier, contre les puissantes Martlets de McGill.

«C’était un matchup inégal. Notre programme était en reconstruction et elles alignaient quelques filles de l’équipe nationale, m’a raconté celui qui dirigeait l’équipe, à l’époque, Yanick Evola. Nous avons quand même réussi à gagner un match dans la série. Je m’en souviens... On avait de la misère à toucher à la puck, mais Steph a bloqué entre 50 et 60 lancers.»

Mais bon. Tout ça, c’est loin. Aujourd’hui, le contexte est encore plus tendu, lorsque Stéphanie Mercier enfile son masque protecteur avant d’entreprendre un quart de travail.

En temps normal, elle devrait travailler dans un secteur de l’hôpital où on pratique des chirurgies. Le secteur se transforme et s’adapte, rapidement, pour accueillir des patients qui ont contracté la COVID-19.

«À l’hôpital, ces temps-ci, des changements surviennent chaque jour», m’a-t-elle dit, quand je lui ai parlé, vers la fin de la semaine dernière.

«Il faut savoir s’adapter. Les infirmières, les préposés, les autres membres du personnel... Tout le monde fait sa part. Quand je me présente au travail, en début de soirée, je ne sais pas où je vais me retrouver.»

«Au début, je dois reconnaître que ça pouvait être lourd, comme ambiance. Mais on travaille fort. Petit peu par petit peu, ça commence à être mieux.»

«On sent un peu comme si c’est le calme avant la tempête. Le pire pourrait arriver n’importe quand. C’est pourquoi il faut tout faire pour garder le moral. La vérité, c’est qu’on ne sait pas à quoi ressembleront les prochaines semaines.»

«On prend nos précautions. On vérifie deux fois, pour s’assurer que nos masques sont installés correctement.»

«Quand j’étais plus jeune, je rêvais de missions dans d’autres pays, avec des ressources limitées, dans lesquelles il faut se débrouiller. J’y pense toujours. Je ne rêvais pas nécessairement de combattre une maladie infectieuse. Dans tout ça, j’essaie d’apprendre. Je gagne de l’expérience.»

Stéphanie Mercier ne peut s’empêcher de rire quand on lui parle de tout ce qu’elle a été obligée de faire, au départ, pour obtenir sa chance avec les Gee Gees.

On dit que les dépisteurs ont des antennes partout, de nos jours. Clairement, ils ne se rendent pas jusqu’à Smooth Rock Falls.

Avec une bonne dose de cran, la jeune gardienne a elle-même contacté Yanick Evola, alors qu’elle complétait ses études secondaires. Elle l’a invité à Casselman, pour assister à un tournoi réunissant des étudiants de plusieurs écoles franco-ontariennes.

«Je ne lui avais pas donné tous les détails», rigole-t-elle.

«C’était le seul tournoi où on sortait du nord de la province. Disons que ce n’était pas du très haut niveau. Il y avait des filles, dans cette compétition, qui apprenaient encore à patiner.»

«Disons qu’inviter un entraîneur universitaire, ce n’était pas ma meilleure idée.»

Après l’avoir vue à l’oeuvre, durant cette compétition, Evola n’était pas convaincu.

Au strict minimum, il devait admirer son caractère. «Je l’ai encouragée. Je lui ai conseiller de continuer à s’entraîner.»

Quelques mois plus tard, en tant qu’étudiante de première année, la jeune femme s’est pointée au camp d’entraînement des Gee Gees avec tout à prouver.

Dans les quatre années qui ont suivi, Mercier a porté le maillot à 40 occasions. Elle a conservé un taux d’efficacité de 90,1 %.

Il paraît qu’on peut trouver des similitudes entre le travail d’équipe sur la patinoire, et le travail d’équipe dans le milieu hospitalier.

«On peut toujours apprendre de ses coéquipières, croit Stéphanie Mercier. On peut toujours trouver de bons mentors.»