Chris Kelly aime trop le hockey pour tout arrêter. Mais il a peut-être disputé sa dernière partie dans la LNH

Le seul regret de Chris Kelly

CHRONIQUE / J’ai appris un truc ou deux, au cours des 15 dernières années, au contact des joueurs de la Ligue nationale.

J’ai vite compris, par exemple, que la retraite fait partie des sujets les plus délicats à aborder dans une entrevue.

Plus elle approche, moins les gars ont envie d’en parler.

J’avais Chris Kelly au bout du fil, vers la fin de la semaine dernière. Le valeureux vétéran se trouvait à Belleville. Il avait signé un contrat d’essai de la Ligue américaine, dans le but de prouver qu’il est encore capable de jouer dans la LNH.

Un pari audacieux... avec des chances de réussite bien relatives.

Je cherchais les bons mots pour ne pas le froisser. J’étais en train d’enfiler ma troisième paire de gants blancs quand je l’ai entendu pouffer de rire.

Il se foutait de ma gueule.

Il ne m’a pas laissé finir ma question.

« Tu veux savoir ce que je pense ? Je me considère très chanceux. Ma carrière tire à sa fin et je n’ai qu’un regret. Un seul. Quand nous avons remporté la coupe Stanley dans le match numéro sept de la finale, en 2011, j’étais tout seul à Vancouver. Quand j’y repense, je me dis que j’aurais dû inviter mes proches pour vivre ce moment avec eux. »

« Si jamais ma tentative de retour échoue, je ne serai pas abattu. J’aime toujours autant le hockey et je serais très heureux de poursuivre ma carrière, mais je sais que ma carrière ne durera pas toujours. Elle va prendre fin prochainement. Je dois faire face à cette réalité. »

Ça pourrait aller vite, à partir de maintenant.

Le contrat d’essai que Kelly a paraphé lui permet de jouer jusqu’à 25 parties dans les mineures. Il n’a pas l’intention de se rendre jusque-là.

Quand je lui ai parlé, son plan était clair. Il voulait jouer cinq bonnes parties pour ensuite prendre le temps d’évaluer ses propres performances.

Ce plateau a été atteint samedi. En cinq parties, le bon vétéran n’a pas inscrit un seul point. Il a été limité à trois tirs au but. Il a commis quatre infractions qui lui ont valu de passer huit minutes au banc des pénalités.

Si jamais il décide que c’est fini, le compteur s’arrêtera à 833 matches, pour lui.

« Personne ne s’attendait à ce que j’évolue dans la LNH aussi longtemps », m’a-t-il dit.

C’est vrai... et c’est pas vrai.

Kelly, possiblement le joueur le plus humble qu’on ait pu croiser à Kanata depuis le début des années 2000, ne s’est jamais trouvé particulièrement bon.

Pourtant, partout où il est passé, des gens lui ont trouvé des tas de belles qualités.

Son ami Jason Spezza a trouvé, à mon sens, la meilleure façon de le décrire. 

Les gens qui sont âgés de 35 ans et plus se souviendront sans doute du mythique jeu vidéo Ice Hockey, produit vers la fin des années 1980 pour le Nintendo Entertainment System. Dans ce jeu, il fallait former une équipe en pigeant parmi trois types de joueurs. Il y avait des grands maigres, qui étaient rapides, mais qu’on pouvait facilement mettre en échec. Il y avait des colosses aux tirs frappés foudroyants qui n’avançaient pratiquement pas. Il y avait, enfin, des joueurs de taille moyenne. Ils ne faisaient rien de façon exceptionnelle, mais ils n’avaient, en revanche, pas vraiment de faiblesses.

Kelly, dans ses belles années, incarnait parfaitement ce personnage.

Parce qu’il était un homme très honnête, sur la patinoire comme à l’extérieur, Kelly s’est fait des tas d’amis partout où il est passé.

L’amitié, dans le sport, ça peut vous mener loin.

D’ailleurs, Kelly ne sait pas ce qu’il fera de sa vie dans les prochaines années, mais il me dit qu’il aime trop le hockey pour le quitter complètement. On va laisser cette dernière déclaration traîner, ici. Si jamais ça peut tomber dans les oreilles de quelqu’un qui a du travail à offrir...

Si Kelly accroche officiellement ses patins, il restera le cas de Chris Neil à régler. Il n’aborde peut-être pas cette situation avec la même sérénité...