Sylvain St-Laurent
Le congédiement du chef de la direction des Sénateurs d’Ottawa, Jim Little, ne s’est pas fait dans la plus grande discrétion.
Le congédiement du chef de la direction des Sénateurs d’Ottawa, Jim Little, ne s’est pas fait dans la plus grande discrétion.

La LNH devra intervenir

CHRONIQUE / Vous me pardonnerez d’arriver un peu tardivement dans ce débat. Je pensais tout bêtement que je pouvais m’accorder quelques jours de congé en famille, à l’occasion de la relâche scolaire. La date limite des transactions dans la LNH était derrière nous. J’étais convaincu que tout serait calme dans l’actualité sportive...

Ça m’apprendra.

Le propriétaire des Sénateurs, Eugene Melnyk, a congédié son chef de la direction. Jim Little a été obligé de vider son bureau du Centre Canadian Tire. En fait, il n’avait peut-être même pas fini de s’installer. Il a occupé ce poste hautement stratégique pendant 54 jours.

Son départ nous ouvre une nouvelle fenêtre sur le malaise qui règne, de façon perpétuelle, dans les bureaux de direction du seul club sportif des ligues majeures d’Ottawa.

Vous m’excuserez de ne pas trop m’étendre sur les circonstances de son départ.

M. Melnyk a eu de la chance, dans le passé. Les prédécesseurs de M. Little ont choisi de quitter l’organisation sans faire de bruit. Tom Anselmi et Nicolas Ruszkowski ont choisi de quitter discrètement, sans expliquer publiquement les raisons de leur départ.

M. Little, lui, a choisi de réfuter les motifs offerts par les Sénateurs, au moment de son congédiement. Il a choisi de contester.

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C’est déjà très laid. Et ça pourrait continuer de s’enlaidir, dans le contexte d’une possible bataille juridique.

Quand je regarde ce gâchis, je suis davantage préoccupé par ce qui risque d’arriver, à compter de maintenant, chez les Sénateurs.

Parce que le premier communiqué de presse a été clair. « Une firme qui se spécialise dans le recrutement de cadres a déjà commencé à identifier des candidats. On devrait annoncer l’embauche d’un nouveau PDG d’ici quelques semaines. »

À l’heure actuelle, il faut être d’une naïveté sans borne pour s’imaginer que les Sénateurs seront capables de recruter un(e) candidat(e) de qualité.

Quel genre d’être humain voudrait s’aventurer sur un pareil terrain miné ?

On se posait déjà de sérieuses questions au sujet de Jim Little, au moment de sa nomination.

Sans blague. Le mercredi 19 février dernier, je me suis présenté au CCT sur le coup de 9 h pour l’interviewer au sujet de ses ambitions. J’ai débuté la discussion en lui demandant ce qui avait bien pu le pousser à sortir de sa retraite pour relever ce défi.

Il avait trouvé ma question bien rigolote.

Je me demande s’il réagirait avec autant de désinvolture, si on la lui posait de la même façon, mot pour mot, aujourd’hui.

***

Je tourne un peu autour du pot, mais au fond, je sais très bien où je m’en vais.

Tôt ou tard, mais plus tôt que tard, il faudra que la Ligue nationale de hockey se mêle de tout ça.

Les Sénateurs ont annoncé le congédiement de Jim Little au moment même où la réunion des directeurs généraux battait son plein, en Floride.

Des dizaines de journalistes étaient sur place.

Gary Bettman y était, aussi.

Les journalistes ont demandé à Bettman de réagir, ce qui n’a pas fait son affaire. Le commissaire n’aime pas parler de régie interne. Il n’aime surtout pas parler des clubs qui traversent des périodes troubles.

Il a fini par offrir une réponse. Il a mal répondu.

« Je ne suis pas de ceux qui réagissent de manière excessive ou qui s’inquiètent lorsque la performance d’une équipe est inférieure à ce que les gens de cette communauté aimeraient voir. »

Bettman sait pourtant fort bien que les amateurs de hockey d’Ottawa-Gatineau sont parfaitement à l’aise avec les performances de l’équipe.

En réalité, les fans des Sénateurs sont tellement à l’aise qu’ils souhaitent que les défaites s’accumulent à Ottawa, à San Jose et sur Long Island.

Le problème se situe ailleurs. Le problème se situe au niveau de l’image de marque de l’organisation. La fierté des partisans s’effrite constamment, depuis bientôt deux ans, au point où l’équipe n’a jamais compté aussi peu d’abonnés.

La LNH a d’autres problèmes, plus sérieux, à gérer en ce moment. On devine que la propagation du virus COVID-19, à l’approche des séries de la coupe Stanley, doit être la priorité absolue, ces jours-ci, dans les quartiers généraux de New York.

Tôt ou tard, mais plus tôt que tard, quelqu’un devra quand même se pencher sur la situation des Sénateurs. Ça ne peut plus continuer ainsi.