Brad Wilkerson, qui participe à une mini tournée des anciens Expos, ne croit pas au projet de « garde partagée » pour Montréal.

Des Z’amours à temps plein

CHRONIQUE / Brad Wilkerson a profondément aimé Montréal. Et les amateurs de baseball québécois. On l’a vu pleurer sur le terrain du stade olympique, à la conclusion du dernier match des Expos. Pas des larmes de crocodile.

Wilkerson est à la retraite depuis une dizaine d’années, maintenant, mais le sort qui est réservé aux jeunes athlètes lui tient à cœur. Il a délaissé le coaching, récemment, pour devenir agent de joueurs.

Wilkerson vanterait longuement les mérites de Montréal à ses clients, si jamais les Expos finissaient par ressusciter.

Il croit que la métropole mérite de ravoir une équipe. Mais une « vraie » équipe. Qui joue 80 matches dans la même ville entre Pâques et la fête du Travail.

Il ne croit pas vraiment au projet de « garde partagée » avec Tampa Bay.

Et ce qu’il dit a beaucoup de sens.

J’ai contacté Wilkerson cette semaine, alors qu’il se rendait à l’aéroport. Il a quitté la Floride pour participer à une mini tournée québécoise dans laquelle des anciens membres des Expos joueront quelques matches de balle-molle. Ils seront à Gatineau, au parc Sanscartier, samedi après-midi.

« J’ai vécu une situation similaire, durant les deux dernières saisons des Expos. Durant ces saisons, nous avons été obligés de jouer 22 parties à Porto Rico », a-t-il commencé.

« D’abord, ça prend des gens spéciaux pour survivre à une saison de 162 parties. C’est pénible ! Pour passer à travers, il faut être capable de s’installer dans une routine. Comment peut-on trouver cette routine quand on passe son temps à se promener d’une ville à l’autre ? Les gens ne peuvent pas comprendre à quel point c’est taxant. »

Wilkerson dit qu’on ne peut pas comprendre, mais il se donne quand même la peine de raviver un des pénibles souvenirs tirés de la lente agonie des Expos.

« En 2003, nous étions dans la course aux séries quand le mois de septembre s’est pointé. Nous sommes arrivés en Floride pour perdre trois des quatre matches de notre série contre les Marlins. Nous avons ensuite mis le cap sur Philadelphie, où nous avons été balayés par les Phillies. Nous aurions eu besoin de rentrer à la maison, à ce moment-là. Ça nous aurait fait du bien de sentir le soutien de nos partisans. Nous nous sommes plutôt retrouvés à Porto Rico. C’était comme s’il fallait passer une dizaine de jours de plus sur la route. »

« Aujourd’hui, encore, je suis convaincu que nous avons manqué de carburant, en 2003. Nous aurions eu besoin d’un petit boost. Nous étions vannés. »

Montréal a fait ses preuves, estime Wilkerson. Le baseball majeur parle sérieusement d’expansion depuis un certain temps. Si jamais le commissaire passe à l’acte, élargissant les cadres de son circuit pour accueillir deux équipes de plus, il serait fou de ne pas faire revivre les Expos.

« Stephen Bronfman a l’air très sérieux. Je suis convaincu qu’il sera capable d’offrir au public un produit de grande qualité », croit Wilkerson.

Brad Wilkerson est pourtant bien au courant des défis bien particuliers auxquels les nouveaux Expos seraient confrontés, dans leur stade flambant neuf, au bassin Peel.

Avant de se retrouver dans la métropole, il est passé par Ottawa. Il a joué 69 matches au niveau AAA, avec les Lynx, en 2001.

Il s’en souvient fort bien. « Je crois qu’une dizaine de matches à domicile avaient été annulés à cause des conditions hivernales, en début de saison. Nous avions été obligés de rattraper le temps perdu en jouant tout plein de programmes doubles, plus tard, durant l’été. »

Toutes ces journées de congé forcé ne l’ont clairement pas traumatisé.

On revient au dernier match à domicile des Expos, joué il y a maintenant 15 ans. Il a pleuré. Il était sincèrement déçu de quitter Montréal.

« J’étais le représentant de mes coéquipiers auprès de l’Association des joueurs. J’ai suivi le processus de très près. J’ai passé cinq belles années à Montréal. Les émotions ont simplement pris le dessus, ce jour-là. »

Wilkerson ne sera pas seul, samedi. Bill Lee, David Seguin, Curtis Pride, Denis Boucher et Claude Raymond seront aussi de la partie. Des vedettes issues d’autres milieux, comme l’ancien hockeyeur Stéphane Richer et le scribe Marc Brassard, nous feront la démonstration de leurs talents.