Enrico Ciccone a récemment reçu un courriel d’insultes particulièrement vicieux. « C’est un véritable fléau », note l’animateur de radio.

Choisir ses batailles... ou pas

CHRONIQUE / Vous n’apprendrez rien, ici, aujourd’hui, si je vous dis qu’Internet est le repère d’à peu près tout ce que l’humanité a de mauvais à offrir.

Les réseaux sociaux sont peuplés de peureux qui se donnent le droit de dire toutes les obscénités qui leur passent par la tête.

Les journalistes, un peu comme les athlètes, reçoivent leur lot d’insultes chaque semaine.

En Outaouais, on s’en tire plutôt bien. Règle générale, les lecteurs du Droit sont d’une belle politesse.

À Montréal, c’est une autre histoire.

Le collègue Enrico Ciccone, qui co-anime l’émission matinale sur les ondes de la station de radio 100 % sportive de la métropole, a récemment atteint son point de saturation. Il a reçu, il y a une dizaine de jours, le courriel de trop.

Inutile de reproduire ici ce que l’auditeur a écrit. Pensez à tous les stéréotypes dégradants qui sont parfois associés aux femmes d’origine italienne.

L’homme qui se cachait derrière un pseudonyme (of course) ne s’en prenait pas à l’homme, à l’animateur, à l’ancien joueur. Il s’attaquait à ses racines. Il visait sa mère.

« En plus, ma mère est Québécoise ! Il aurait pu, au moins, faire ses devoirs », s’est esclaffé Ciccone, jeudi après-midi, quand j’ai passé une petite demi-heure en sa compagnie.

« Ce n’est pas grave. J’ai pensé à mes tantes, à mes cousines », s’est-il repris.

Ciccone a décidé qu’il n’allait pas laisser passer. Il a d’abord partagé le courriel en question avec ses « amis » de Facebook et ses « abonnés » sur Twitter.

Il a surtout remarqué des similitudes avec un autre courriel reçu qu’avait reçu son partenaire de travail Michel Langevin quelques semaines auparavant. Le pseudonyme n’était pas le même, mais la structure du message était semblable. On retrouvait les mêmes fautes de français aux mêmes endroits.

La différence majeure, c’est que Langevin a reçu des menaces directes. Le troll jurait qu’il allait s’en prendre physiquement à lui, si jamais il avait la chance de tomber sur lui, dans la rue.

Une plainte a été déposée. Une enquête policière a été déclenchée.

« J’espère qu’il va se faire prendre », lance-t-il.

« Tu sais, moi, je ne me laisserai pas affecter par un courriel de bêtises. Ça ne changera pas ma vie. Mais je sais que c’est un véritable fléau et que ça empoisonne la vie de bien des gens. »

*****

Ciccone est ainsi fait.

Ça ne date pas d’hier. Il s’est toujours donné le mandat d’aider les plus petits. Il a réussi à faire sa place dans la LNH et à y passer une décennie complète, à l’époque où chaque équipe se devait d’aligner au moins un « spécialiste » qui devait assurer la sécurité des autres.

« Ma femme me répète souvent que je devrais choisir mes batailles », m’a-t-il dit lors de notre rencontre.

« Des fois, c’est pas toi qui choisis les batailles. Ce sont les batailles qui te choisissent », a-t-il conclu, dans un texto, quelques minutes après mon départ.

Ciccone passe la semaine à Gatineau, justement, dans le but d’aider son prochain.

Avec deux autres anciens pros, Patrice Brisebois et Maxime Ouellet, il dirige une formation d’étoiles de calibre midget espoir au Challenge Midget AAA CCM 2017.

Essentiellement, on a rassemblé des joueurs de talent qui proviennent d’un peu partout au Québec. Ils sont âgés de 15 ans et ont un point en commun : ils n’ont pas réussi à décrocher un poste au sein du circuit de développement midget AAA. Ils ont donc beaucoup à prouver, aux dépisteurs comme aux dirigeants des équipes qui les ont retranchés.

« Tsé, coacher, c’est un grand mot... Je suis plus là pour accompagner les jeunes, pour leur permettre de vivre une belle expérience. Nous n’avons pas le temps d’établir un système de jeu. »

« Au fond, gagne ou perds, je m’en fous. Si un petit gars peut retourner à son équipe avec un nouvel outil à mettre dans son coffre, je serai content. »