Sylvain St-Laurent
La saison 2019-20 devait être celle de Christian Wolanin. Après toutes ces années, un poste l’attendait, enfin, à la ligne bleue, à Ottawa.
La saison 2019-20 devait être celle de Christian Wolanin. Après toutes ces années, un poste l’attendait, enfin, à la ligne bleue, à Ottawa.

C’est (un peu) plate

CHRONIQUE / C’est un peu plate pour Christian Wolanin. Je sais, je sais. Des gens sont gravement malades. Le taux de chômage grimpe en flèche. Des PME suffoquent. À côté de tout ce qui se joue présentement, l’annulation des séries éliminatoires de la Coupe Calder n’est pas un drame.

C’est pourquoi je précise que Wolanin vit une situation «un peu» plate.

Mais c’est plate quand même.

La saison 2019-20 devait être la sienne. Après toutes ces années, un poste l’attendait, enfin, à la ligne bleue, à Ottawa.

Il a subi une blessure sérieuse dans un contexte presque niaiseux. Il a chuté, sur la glace, durant une séance de patinage qui précédait le camp d’entraînement. Il s’est déchiré le labrum, un anneau de cartilage situé dans l’épaule gauche. Cette blessure l’a poussé à passer cinq longs mois loin de la patinoire.

À son retour au jeu, la direction des Sénateurs lui a fait savoir qu’il devait retourner à Belleville pour retrouver la forme. Il a réagi de la meilleure façon possible. Il semblait même fébrile à l’idée de participer aux séries.

Il s’agissait, probablement, de sa dernière opportunité de remporter un championnat dans les ligues mineures.

C’est plate pour Wolanin.

C’est aussi plate pour Drake Batherson. C’est plate pour Josh Norris.

Norris occupait le quatrième rang du classement des marqueurs de la Ligue américaine, quand la saison a pris fin. Batherson avait glissé au sixième rang. Il aurait facilement pu se battre pour le championnat des marqueurs, s’il n’avait pas été rappelé aussi souvent par le «grand club».

Tout au long de la saison, ces deux jeunes attaquants ont prouvé - presque - tout ce qu’ils pouvaient prouver dans les mineures. Ils en ont probablement fait suffisamment pour accéder au prochain niveau.

Il aurait suffi qu’ils brillent pendant quelques semaines de plus pour que les derniers doutes se dissipent.

Parce que connaître du succès en saison régulière, c’est bien. Dominer en séries éliminatoires, c’est encore mieux.

C’est plate pour Wolanin. C’est plate pour Batherson. C’est plate pour Norris. C’est plate pour Logan Brown, pour Vitaly Abramov, pour Alex Formenton, pour Erik Brännström, pour tous les autres.

Josh Norris

C’est plate pour Joey Daccord.

Le 199e espoir sélectionné lors du repêchage de 2015 n’a jamais été considéré comme un espoir de premier plan.

Selon ce qu’on raconte, Daccord n’était pas très heureux de se retrouver dans la Ligue East Coast, en début de saison. Il croyait que ses performances dans la NCAA lui permettraient de faire le saut, directement, dans la Ligue américaine. Quand on lui a donné sa chance à Belleville, il s’est construit une fiche de 15-6-2, tout en maintenant une moyenne de buts alloués de 2,61.

On le dit un peu arrogant, parfois. En ce qui me concerne, ce n’est pas un défaut. Pour connaître une belle carrière, un gardien de buts doit avoir une confiance inébranlable en ses propres moyens.

Les Sénateurs auraient sans doute renvoyé Marcus Högberg à Belleville, au début des séries.

Daccord aurait tout fait, dans l’ombre, pour lui chauffer les fesses. Ç’aurait été fort divertissant.

C’est plate pour Eugene Melnyk.

Vous avez bien lu.

Le propriétaire des Sénateurs a tout fait en son possible pour réduire les dépenses, au court des quatre ou cinq dernières années. En réalisant des économies, il a souvent nui à son organisation.

On a souvent critiqué cette façon de faire. Dans la plupart des cas, M. Melnyk mérite cette mauvaise presse.

En 2016, il a toutefois effectué un investissement important, et risqué, en faisant l’achat d’une franchise de la Ligue américaine pour l’installer en Ontario.

La Baie de Quinte est située à peu près à mi-chemin entre Ottawa et Toronto. Une vaste majorité des amateurs de hockey de l’endroit continuent de soutenir les Maple Leafs.

Il n’est pas facile, pour les Senators, de faire leur place. Selon les données qui sont disponibles sur le site HockeyDB.com, ils ont attiré, en moyenne, 2867 spectateurs à leurs matches à domicile.

C’est nettement inférieur à la moyenne de la ligue.

Au cours des derniers mois, les Senators ont connu leurs meilleures soirées, aux guichets, lors des visites du club école de Toronto.

Gagner le coeur des partisans n’est pas une simple tâche. La façon la plus simple d’y parvenir, c’est de gagner.

C’était plutôt bien parti, cette année.

Elle est bien plate, cette fin de saison en queue de poisson. Dans la Ligue américaine, les alignements subissent d’importants changements, chaque année. Belleville vient peut-être de perdre sa plus belle opportunité de gagner une coupe.