Sylvain St-Laurent

Capitaine Boro

CHRONIQUE / Je voudrais vous parler, encore une fois ce matin, de Mark Borowiecki. Mais d’abord, permettez-moi un détour.

Je vous demande pardon, dès le départ. Ça pourrait être un long détour.

On ne peut pas dire qu’on s’est tourné les pouces, la semaine passée. On vous a parlé des efforts pour combattre le racisme systémique dans le monde du sport. On a couvert, sous pratiquement toutes ses coutures, le repêchage de plus déterminant de l’histoire des Olympiques de Gatineau.

Dans tout ça, on a presque pas eu le temps de parler d’une nouvelle d’une assez grande importance. Les Sénateurs d’Ottawa et la Fondation des Sénateurs ont entamé les procédures de divorce. Après 23 ans de vie commune, ils ont décidé qu’ils s’étaient assez vus.

Et la séparation pourrait être houleuse.

Le nouveau président des opérations commerciales de l’équipe, Anthony LeBlanc, en a profité pour effectuer sa première sortie publique. Il a choisi de s’adresser à Postmedia, l’entreprise qui publie les deux quotidiens de langue anglaise en ville.

Il a choisi de s’en prendre aux «piètres» performances de la Fondation. L’organisme Charity Intelligence Canada, qui évalue les performances des organisations caritatives au pays, a déjà déterminé qu’elle redistribue 51 % des sommes qu’elle amasse au sein de la communauté.

C’est peu.

Les dirigeants de la Fondation n’ont pas encore parlé, publiquement. Ils ont quand même laissé filtrer certains arguments. On a comme compris, entre les branches, que les sommes exorbitantes qu’ils devaient verser aux Sénateurs, en guise de loyer, n’aidaient pas les choses...

Pour bien des gens, cette séparation n’est qu’un symptôme supplémentaire. Pour ces gens, le véritable mal qui ronge l’organisation des Sénateurs est identifié depuis très longtemps.

La liste de gens qui ont du mal à s’entendre avec le propriétaire de l’équipe, Eugene Melnyk, s’étire constamment.

Le maire d’Ottawa, Jim Watson, ne fait même plus d’efforts pour masquer son découragement.

Le plus grand capitaine de l’histoire de l’équipe, Daniel Alfredsson, a quitté son poste au sein de la direction des opérations hockey après une seule année. Il fait depuis de grands détours pour éviter le Centre Canadian Tire.

Anthony LeBlanc est devenu le cinquième homme à s’installer dans le fauteuil du président depuis janvier 2017. Les quatre qui l’ont précédé ont quitté dans des circonstances nébuleuses.

M. Melnyk et John Ruddy, qui devaient être partenaires dans le développement des Plaines LeBreton, sont toujours engagés dans une bataille juridique d’une ampleur démesurée.

Et si c’était le seul combat que doit mener l’homme d’affaires des Barbades devant les tribunaux, ces temps-ci. Il n’est visiblement pas facile de brasser des affaires avec lui.

Les Sénateurs ont émis un communiqué de presse, très rapidement, pour nous dire qu’elle se mettait à la recherche de nouveaux partenaires dans le but «d’améliorer ses activités philantropiques».

Comme si c’était simple!

Le moment est peut-être venu de rappeler que ce n’est pas le premier communiqué de presse dans lequel les Sénateurs font de très larges promesses.

En mars 2019, quand le projet LeBreton a fait patate, l’organisation a promis de chercher «d’autres alternatives dans des emplacements centraux pouvant accueillir un lieu de rassemblement de calibre international» à Ottawa.

Les résultats de ces recherches se font toujours attendre.

Dans la même période, les Sénateurs ont annoncé le début d’un processus devant mener à l’embauche d’un vice-président aux opérations hockey.

Quatorze mois plus tard, ce projet ne s’est jamais matérialisé. La plupart de mes collègues journalistes font comme si ce projet n’avait jamais existé.

Moi, durant l’hiver, il m’est arrivé de poser des questions.

Chaque fois, en guise de réponse, on m’a fait des gros yeux.

Je vous avais prévenu que j’allais faire une grand détour pour finalement vous parler de Mark Borowiecki.

Au cours des 10 dernières années, il a toujours été fidèle aux Sénateurs.

Il n’a cependant jamais eu besoin qu’on lui dise quoi faire, quoi dire, quoi penser.

La semaine dernière, tandis que les Sénateurs et la Fondation annonçaient leur séparation, il s’est branché sur Instagram pour lancer un message important.

En tant que hockeyeur privilégié, en tant que résidant d’Ottawa, il entend continuer de soutenir les groupes et les individus qui ont besoin de la Fondation.

Je continue de penser que Thomas Chabot serait un bon capitaine.

Si jamais l’équipe a besoin d’un homme fiable, pour assurer une courte transition, il se positionne de plus en plus comme le choix incontournable.