Jake Allen s’est entraîné à Ottawa mercredi sous le regard de Martin Brodeur qui a fait le voyage avec les Blues. L’adjoint au directeur général en profitera pour voir son fils, Anthony, qui étudie dans la capitale nationale.

Brodeur, père de gardiens

CHRONIQUE / L’opportunité de discuter avec le meilleur gardien de but de l’histoire de la Ligue nationale de hockey ne se présente pas tous les jours.

Martin Brodeur l’avoue d’emblée. « Je ne vais plus trop souvent sur la route », a-t-il expliqué quand je l’ai abordé dans les gradins du Centre Canadian Tire, mercredi après-midi.

L’homme qui a signé 691 victoires durant sa carrière d’athlète occupe aujourd’hui le poste d’adjoint au directeur général des Blues. Il passe le plus clair de son temps dans la région de Saint-Louis.

Il a choisi d’accompagner son équipe cette semaine pour des raisons essentiellement familiales. Son fils aîné, Anthony, étudie à l’Université d’Ottawa. Il défend l’honneur des Gee Gees, tant sur les terrains de golf que devant le filet au hockey.

« Il aime ça, Ottawa. Il aime tellement ça que j’ai de la difficulté à le faire convaincre de sortir de la ville pour venir me visiter. »

Brodeur est moins disponible, mais toujours aussi accommodant qu’avant. La séance d’entraînement des Blues débutait, sur la patinoire. Je lui ai volé une dizaine de minutes de son temps.

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Durant ses belles années où il arrêtait des rondelles devant le filet des Devils du New Jersey, Brodeur était complètement passionné par le travail des gardiens. Il pouvait discuter de son art pendant des heures.

Ça n’a pas changé.

De nos jours, il vit un peu à travers les succès de ses garçons.

Anthony connaît une saison à l’image des jeunes Gee Gees. Il a connu des hauts, et des bas.

Son frère cadet Jeremy a lui aussi vécu tout plein d’émotions dans les derniers mois. Pas toujours de bonnes émotions.

À 20 ans, il a choisi de tenter sa chance dans les rangs professionnels, après avoir disputé une dernière saison fort productive dans les rangs juniors, en Ontario.

Il s’est vite rendu compte qu’il n’est pas évident pour un jeune gardien de trouver sa place, malgré tout son talent, s’il n’a pas été repêché.

Il a d’abord participé au camp de perfectionnement estival des Kings de Los Angeles. On l’a ensuite invité à prendre part au tournoi des recrues de Traverse City, dans l’uniforme des Stars de Dallas.

Ces deux organisations n’avaient pas vraiment besoin de lui à long terme.

Il s’est présenté au camp d’entraînement des IceHogs de Rockford, club-école des Blackhawks de Chicago dans la Ligue américaine. Il a été retranché.

Il s’est ensuite rendu au Kansas, au Wichita, pour tenter sa chance dans la Ligue East Coast (ECHL). Même scénario.

Il a réussi à se dénicher du boulot, in extremis, dans l’obscure Southern Professional Hockey League (SPHL). Il n’a pas traîné là bien longtemps. Au moment où on se parle, il est de retour dans l’ECHL. Avec un club situé dans la ville d’Allen, au Texas, il présente un solide taux d’efficacité de 92,6 % après 22 parties.

« Ce n’est pas évident, à 20 ans, de te promener en voiture à travers les États-Unis pour constamment te faire dire qu’on n’a pas besoin de toi », raconte le paternel.

« À son âge, je ne suis pas certain que j’aurais été capable d’endurer ça. »

Mais le jeune Brodeur a du père dans le nez, surtout au niveau de la personnalité. Martin était d’une grande insouciance quand il jouait. Il avait cette capacité de prendre la vie comme elle venait. Ça lui a beaucoup servi.

« Toutes ces histoires n’avaient pas trop l’air de déranger Jeremy. Son attitude me donne le goût de croire qu’il va peut-être, un jour, réussir dans le sport. »

« Et c’est vrai qu’il me ressemble. Anthony est sérieux. Jeremy est plus laid back. Il est peut-être un peu trop laid back, même. Je regarde la plupart de ses matches sur Internet et il m’arrive de le rappeler à l’ordre. Je lui répète de se concentrer sur la rondelle. Il n’a pas besoin de parler à tout le monde ! »

Je me suis permis de relancer Brodeur. Une chance de réussir ? Vous y croyez vraiment ?

« Le chemin sera long. Très long, a-t-il répondu. Je pense quand même qu’il a l’attitude, le caractère et les habiletés pour réussir. Quand t’es gardien, tu joues à la fois pour ton équipe et pour toi. Tu ne sais jamais qui te regarde. »

« Scott Darling a déjà joué dans la SPHL. Aujourd’hui, il gagne entre quatre et cinq millions par saison », sourit-il.