Sylvain St-Laurent

Brodeur, père de gardiens

CHRONIQUE / L’opportunité de discuter avec le meilleur gardien de but de l’histoire de la Ligue nationale de hockey ne se présente pas tous les jours.

Martin Brodeur l’avoue d’emblée. « Je ne vais plus trop souvent sur la route », a-t-il expliqué quand je l’ai abordé dans les gradins du Centre Canadian Tire, mercredi après-midi.

L’homme qui a signé 691 victoires durant sa carrière d’athlète occupe aujourd’hui le poste d’adjoint au directeur général des Blues. Il passe le plus clair de son temps dans la région de Saint-Louis.

Il a choisi d’accompagner son équipe cette semaine pour des raisons essentiellement familiales. Son fils aîné, Anthony, étudie à l’Université d’Ottawa. Il défend l’honneur des Gee Gees, tant sur les terrains de golf que devant le filet au hockey.

« Il aime ça, Ottawa. Il aime tellement ça que j’ai de la difficulté à le faire convaincre de sortir de la ville pour venir me visiter. »

Brodeur est moins disponible, mais toujours aussi accommodant qu’avant. La séance d’entraînement des Blues débutait, sur la patinoire. Je lui ai volé une dizaine de minutes de son temps.

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Durant ses belles années où il arrêtait des rondelles devant le filet des Devils du New Jersey, Brodeur était complètement passionné par le travail des gardiens. Il pouvait discuter de son art pendant des heures.

Ça n’a pas changé.

De nos jours, il vit un peu à travers les succès de ses garçons.

Anthony connaît une saison à l’image des jeunes Gee Gees. Il a connu des hauts, et des bas.

Son frère cadet Jeremy a lui aussi vécu tout plein d’émotions dans les derniers mois. Pas toujours de bonnes émotions.

À 20 ans, il a choisi de tenter sa chance dans les rangs professionnels, après avoir disputé une dernière saison fort productive dans les rangs juniors, en Ontario.

Il s’est vite rendu compte qu’il n’est pas évident pour un jeune gardien de trouver sa place, malgré tout son talent, s’il n’a pas été repêché.

Il a d’abord participé au camp de perfectionnement estival des Kings de Los Angeles. On l’a ensuite invité à prendre part au tournoi des recrues de Traverse City, dans l’uniforme des Stars de Dallas.

Ces deux organisations n’avaient pas vraiment besoin de lui à long terme.

Il s’est présenté au camp d’entraînement des IceHogs de Rockford, club-école des Blackhawks de Chicago dans la Ligue américaine. Il a été retranché.

Il s’est ensuite rendu au Kansas, au Wichita, pour tenter sa chance dans la Ligue East Coast (ECHL). Même scénario.

Il a réussi à se dénicher du boulot, in extremis, dans l’obscure Southern Professional Hockey League (SPHL). Il n’a pas traîné là bien longtemps. Au moment où on se parle, il est de retour dans l’ECHL. Avec un club situé dans la ville d’Allen, au Texas, il présente un solide taux d’efficacité de 92,6 % après 22 parties.

« Ce n’est pas évident, à 20 ans, de te promener en voiture à travers les États-Unis pour constamment te faire dire qu’on n’a pas besoin de toi », raconte le paternel.

« À son âge, je ne suis pas certain que j’aurais été capable d’endurer ça. »

Mais le jeune Brodeur a du père dans le nez, surtout au niveau de la personnalité. Martin était d’une grande insouciance quand il jouait. Il avait cette capacité de prendre la vie comme elle venait. Ça lui a beaucoup servi.

« Toutes ces histoires n’avaient pas trop l’air de déranger Jeremy. Son attitude me donne le goût de croire qu’il va peut-être, un jour, réussir dans le sport. »

« Et c’est vrai qu’il me ressemble. Anthony est sérieux. Jeremy est plus laid back. Il est peut-être un peu trop laid back, même. Je regarde la plupart de ses matches sur Internet et il m’arrive de le rappeler à l’ordre. Je lui répète de se concentrer sur la rondelle. Il n’a pas besoin de parler à tout le monde ! »

Je me suis permis de relancer Brodeur. Une chance de réussir ? Vous y croyez vraiment ?

« Le chemin sera long. Très long, a-t-il répondu. Je pense quand même qu’il a l’attitude, le caractère et les habiletés pour réussir. Quand t’es gardien, tu joues à la fois pour ton équipe et pour toi. Tu ne sais jamais qui te regarde. »

« Scott Darling a déjà joué dans la SPHL. Aujourd’hui, il gagne entre quatre et cinq millions par saison », sourit-il.

Sylvain St-Laurent

Un centre ou un ailier ?

CHRONIQUE / Mike Babcock a dit quelque chose d’intéressant au sujet de Matt Duchene, mercredi.

C’est arrivé au beau milieu de la matinée, durant sa conférence de presse d’avant-match. Un journaliste torontois est allé à la pêche, demandant à l’entraîneur des Maple Leafs de livrer ses impressions sur l’attaquant vedette des Sénateurs.

Il faut se souvenir, ici, que Babcock et Duchene se connaissent un peu. Ils ont gagné une médaille d’or, ensemble, aux Jeux olympiques de Sotchi.

En gros, Babcock a répondu que Duchene est un bien gentil garçon. Bien motivé, toujours prêt à travailler. Un gars facile à diriger.

« Mais, vous savez, il ne jouait pas au centre à ce moment-là. Nous lui avions confié des responsabilités différentes », a-t-il balancé à la traîne...

Je suis persuadé qu’il n’a pas lâché ce commentaire de manière innocente.

J’ai entendu d’autres hommes de hockey, dernièrement, affirmer que Duchene aurait plus de faciliter à s’exprimer s’il évoluait à l’aile.

La différence, c’est que l’entraîneur le mieux payé dans toute la Ligue nationale de hockey vient de le dire – même s’il ne l’a pas dit très fort – sur la place publique.

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On observe Duchene d’un peu plus près depuis maintenant deux mois. On constate qu’il génère ses meilleures opportunités en zone d’attaque quand il utilise sa grande vitesse. Dans les zones où l’espace est restreint, sa dextérité manuelle lui permet de créer de belles choses.

En revanche, son sens du jeu peut parfois faire un peu défaut.

Il est vrai qu’en évoluant à l’aile, il pourrait utiliser sa vitesse à fond lors de ses percées en zone d’attaque, sur les flancs.

Évoluer à l’aile réduirait, en même temps, ses responsabilités en défensive. Ça lui permettrait de mieux cacher quelques-unes de ses carences.

Ça n’arrivera probablement pas, remarquez.

Pas dans un avenir proche, du moins.

À Sotchi, Babcock avait des as plein les mains. Il avait un gros paquet de centres naturels comme Sidney Crosby, Jonathan Toews et Ryan Getzlaf à sa disposition. Il était facile, alors, de muter le jeune Duchene à une autre position.

À Ottawa, les Sénateurs ont besoin d’aligner deux centres pour leurs trios offensifs. Pour l’instant, seuls Derick Brassard et Duchene ont les capacités pour remplir ces rôles.

En attendant le jour où les jeunes Logan Brown, Filip Chlapik et Colin White seront prêts à prendre la relève, les choses ne devraient pas bouger.

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Mike Babcock a raison, pour l’autre truc.

Duchene nous a l’air animé par de très bons sentiments.

Mercredi matin, à Toronto, Guy Boucher a choisi d’annuler la séance d’entraînement d’avant-match de son équipe.

Quand un entraîneur prend une décision comme celle-là, il doit quand même se rendre disponible pendant quelques minutes, pour les médias. 

Les responsables des communications d’une équipe doivent aussi recruter deux ou trois joueurs qui sont prêts à se porter volontaires pour répondre aux questions des journalistes.

Tout ça pour dire que mercredi, à Toronto, Brassard et Duchene ont accepté d’accompagner leur coach dans cet exercice.

Quelques heures plus tôt, les Sénateurs s’étaient fait démolir, à domicile, par les Blackhawks de Chicago. 

Avec seulement six buts à sa fiche, Duchene est régulièrement identifié parmi les grands responsables de la saison misérable que connaît toute l’organisation.

Il aurait été facile pour lui de se pousser de tout ça. Il a plutôt choisi d’affronter toutes les questions pointues et difficiles.

« Vous avez l’impression que des nuages noirs nous suivent partout parce que nous avons mal joué contre les Hawks. Il ne faudrait surtout pas oublier que nous avons joué deux très bons matches juste avant. Les choses se replacent », a-t-il déclaré.

« Personnellement, je me sens de plus en plus confiant. Dernièrement, mes efforts sont récompensés. »

Quelques heures plus tard, Duchene a obtenu deux mentions d’aide de plus, dans un match où les Sénateurs ont battu leurs plus grands rivaux.

On peut dire qu’il a été récompensé.

Sylvain St-Laurent

Santé, amour, prospérité et...

CHRONIQUE / Avec la nouvelle année qui débute, il serait facile de régler l’épineuse question des souhaits. On pourrait saupoudrer tout le monde des habituels «santé, amour et prospérité» et ça s’arrêterait là.

Ce serait fort mal nous connaître. Couper les coins ronds, ce n’est pas vraiment dans nos habitudes.

Surtout qu’on peut facilement penser à des tas de gens, dans notre entourage, qui auront besoin d’un peu d’aide en 2018.

• On va commencer par le meilleur athlète en ville. Erik Karlsson deviendra papa dans les prochains mois. On va lui souhaiter que tout se passe bien de ce côté. Sur la patinoire, on va lui souhaiter de se trouver un partenaire régulier pour remplacer Marc Méthot. La stabilité, pour un défenseur de la LNH, c’est important.

• On souhaite à Guy Boucher de conserver son poste, au moins pour les 12 prochains mois. Un entraîneur aussi brillant ne peut pas être l’homme d’un seul système de jeu. Avec une formation légèrement différente et des attentes un peu moins élevées, il mérite la chance qu’il peut se réinventer.

• On souhaite à Pierre Dorion de trouver un peu d’argent, quelque part, pour effectuer quelques embauches. Un ou deux dépisteurs de plus feraient une grosse différence. Ils l’aideraient à remplir son mandat premier, qui consiste à repêcher et développer de bons jeunes joueurs, pour permettre aux Sénateurs de rester un brin compétitifs dans leur minuscule marché.

• On souhaite à Thomas Chabot de faire l’acquisition d’un condominium dans Westboro ou d’une maison de ville à Kanata. Dans un cas comme dans l’autre, il aura obtenu son poste à temps complet dans la LNH.

• Si on s’éloigne un peu de l’ouest de la ville, on peut souhaiter à Arnaud Gascon-Nadon de s’entendre très rapidement avec le Rouge et Noir. Avec la politique «portes ouvertes» de la Ligue canadienne de football, on sait bien que la «French Mafia» d’Ottawa ne sera pas éternelle. Ce serait quand même bien d’en profiter une année de plus.

• Ivanie Blondin, Dustin Cook et une poignée d’autres sportifs d’élite représenteront l’Outaouais et l’est ontarien aux prochains Jeux olympiques. On leur souhaite de n’avoir à penser qu’au sport quand ils seront là-bas. On s’inquiète toujours pour la sécurité des athlètes à l’approche des grands rassemblements internationaux. Toutefois, cette fois, avec la proximité géographique entre PyeongChang et Pyongyang, c’est peut-être justifié.

• Les choses ont l’air de plutôt bien se présenter pour Johanne Demers, Mathieu Toupin et les autres dirigeants des Internationaux de tennis de Gatineau (ITG). On va quand même souhaiter à Félix Auger-Aliassime de connaître une grosse saison. Denis Shapovalov a livré tout un spectacle lors des deux tournois professionnels de l’Outaouais, en 2017. Ce serait génial d’assister, pour une deuxième année consécutive, à l’éclosion d’une future vedette du tennis au Canada.

• On souhaite à Kathy Tremblay de bâtir des partenariats d’affaires solides à Gatineau. L’ancienne olympienne rêve d’animer les rues de sa ville natale en organisant un grand événement de course à pied, chaque année, en mai. La première édition de sa «Classique Outaouais» sera modeste. La réponse du public et l’engagement des commanditaires lui diront à quel point elle pourra se développer et grandir.

• À Sébastien Boucher, on souhaite la santé. La vraie. Puisque Hal Lanier n’est pas pressé de lui céder le fauteuil du gérant, on va espérer que son vieux corps tienne le coup pour qu’il puisse patrouiller le champ centre au parc RCGT durant une autre saison.

• Aux combatifs Olympiques de Gatineau, enfin, on va souhaiter encore un peu de magie. Toujours agréable de voir une équipe Cendrillon accumuler les victoires...

Sylvain St-Laurent

Un peu d’action à la date limite?

CHRONIQUE / Pierre Dorion a envoyé une petite onde de choc aux quatre coins de la Ligue nationale de hockey, ce week-end. Il aurait demandé à tous les joueurs qui jouissent de clauses de non-échanges partielles de soumettre le nom des villes où ils ne souhaitent pas déménager.

On affiche une pancarte « à vendre » à Ottawa ?

Si tôt ? À deux mois de la date limite des transactions ?

Ce n’est pas tout à fait ça.

Pas encore, du moins.

La vente de feu n’a pas encore débuté. En tant que directeur général, Dorion doit cependant se préparer. Si les Sénateurs s’avèrent incapables de renverser la vapeur en gagnant la vaste majorité de leurs matches d’ici la fin du temps des Fêtes, il devra se rendre à l’évidence. Il s’agira d’une saison gâchée.

On fera alors grand cas de cette organisation canadienne. Pour cause. Le plongeon, entre 2017 et 2018, aura été vertigineux.

Dorion risque de ne pas être tout seul dans son navire.

Les équipes de la LNH auront jusqu’au lundi 26 février, cet hiver, pour troquer des joueurs et des choix de repêchage. Tout porte à croire que les semaines qui précéderont ce jour seront fertiles en rebondissements.

Les émissions spéciales diffusées sur les chaînes sportives à la télévision ont été plutôt mornes, ces dernières années.

Deux facteurs majeurs tendent à l’expliquer.

D’abord, puisque la majorité des vedettes sont sous contrat à très long terme, le marché des joueurs de location a passablement refroidi.

Le commissaire Gary Bettman a eu ce qu’il voulait, aussi. Quand la parité est forte, les équipes moyennes et marginales restent dans la course plus tard. Leurs dirigeants hésitent à sacrifier des éléments qui pourraient les aider.

Cette année pourrait, toutefois, faire figure d’exception.

Une bonne demi-douzaine d’équipes commencent déjà à prendre du retard sur le peloton. Dans l’Association Est, les Sabres de Buffalo et les Panthers de la Floride sont un peu dans le même pétrin que les Sénateurs.

Dans l’ouest, les Coyotes étaient déjà morts et enterrés à la fin du mois d’octobre. Les Oilers d’Edmonton, que plusieurs voyaient en finale, n’ont jamais réussi à décoller. L’Avalanche du Colorado fait un peu mieux que l’an dernier, mais pas tant que ça.

Combien d’autres équipes se sortiront de la course dans les huit prochaines semaines ?

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Erik Karlsson fait partie des joueurs qui possèdent une clause de non-échange partielle à Ottawa. Il pourrait donc, au même titre que tous les autres, avoir à soumettre une liste des équipes pour lesquelles ils ne veulent pas jouer.

Le meilleur défenseur de la LNH ne risque toutefois pas d’être échangé cette année. Les Sénateurs ne se sépareront pas du meilleur défenseur de leur histoire avant d’y avoir sérieusement réfléchi. Qui plus est, le capitaine est sous contrat jusqu’en juillet 2019. Rien ne presse.

Mike Green pourrait être le meilleur défenseur disponible en février. Il touche un salaire annuel de six millions $ US, mais il sera libre comme l’air l’été prochain. Dans les premières étapes d’un long processus de reconstruction, ils ne risquent pas de s’associer à très long terme auprès d’un quart-arrière âgé dans la trentaine.

Sinon, Gabriel Landeskog pourrait être la plus grosse vedette sur le marché. Le plan de relance de Joe Sakic passe par le départ de deux piliers au Colorado. Matt Duchene parti, il reste le capitaine.

Sylvain St-Laurent

Choisir ses batailles... ou pas

CHRONIQUE / Vous n’apprendrez rien, ici, aujourd’hui, si je vous dis qu’Internet est le repère d’à peu près tout ce que l’humanité a de mauvais à offrir.

Les réseaux sociaux sont peuplés de peureux qui se donnent le droit de dire toutes les obscénités qui leur passent par la tête.

Les journalistes, un peu comme les athlètes, reçoivent leur lot d’insultes chaque semaine.

En Outaouais, on s’en tire plutôt bien. Règle générale, les lecteurs du Droit sont d’une belle politesse.

À Montréal, c’est une autre histoire.

Le collègue Enrico Ciccone, qui co-anime l’émission matinale sur les ondes de la station de radio 100 % sportive de la métropole, a récemment atteint son point de saturation. Il a reçu, il y a une dizaine de jours, le courriel de trop.

Inutile de reproduire ici ce que l’auditeur a écrit. Pensez à tous les stéréotypes dégradants qui sont parfois associés aux femmes d’origine italienne.

L’homme qui se cachait derrière un pseudonyme (of course) ne s’en prenait pas à l’homme, à l’animateur, à l’ancien joueur. Il s’attaquait à ses racines. Il visait sa mère.

« En plus, ma mère est Québécoise ! Il aurait pu, au moins, faire ses devoirs », s’est esclaffé Ciccone, jeudi après-midi, quand j’ai passé une petite demi-heure en sa compagnie.

« Ce n’est pas grave. J’ai pensé à mes tantes, à mes cousines », s’est-il repris.

Ciccone a décidé qu’il n’allait pas laisser passer. Il a d’abord partagé le courriel en question avec ses « amis » de Facebook et ses « abonnés » sur Twitter.

Il a surtout remarqué des similitudes avec un autre courriel reçu qu’avait reçu son partenaire de travail Michel Langevin quelques semaines auparavant. Le pseudonyme n’était pas le même, mais la structure du message était semblable. On retrouvait les mêmes fautes de français aux mêmes endroits.

La différence majeure, c’est que Langevin a reçu des menaces directes. Le troll jurait qu’il allait s’en prendre physiquement à lui, si jamais il avait la chance de tomber sur lui, dans la rue.

Une plainte a été déposée. Une enquête policière a été déclenchée.

« J’espère qu’il va se faire prendre », lance-t-il.

« Tu sais, moi, je ne me laisserai pas affecter par un courriel de bêtises. Ça ne changera pas ma vie. Mais je sais que c’est un véritable fléau et que ça empoisonne la vie de bien des gens. »

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Ciccone est ainsi fait.

Ça ne date pas d’hier. Il s’est toujours donné le mandat d’aider les plus petits. Il a réussi à faire sa place dans la LNH et à y passer une décennie complète, à l’époque où chaque équipe se devait d’aligner au moins un « spécialiste » qui devait assurer la sécurité des autres.

« Ma femme me répète souvent que je devrais choisir mes batailles », m’a-t-il dit lors de notre rencontre.

« Des fois, c’est pas toi qui choisis les batailles. Ce sont les batailles qui te choisissent », a-t-il conclu, dans un texto, quelques minutes après mon départ.

Ciccone passe la semaine à Gatineau, justement, dans le but d’aider son prochain.

Avec deux autres anciens pros, Patrice Brisebois et Maxime Ouellet, il dirige une formation d’étoiles de calibre midget espoir au Challenge Midget AAA CCM 2017.

Essentiellement, on a rassemblé des joueurs de talent qui proviennent d’un peu partout au Québec. Ils sont âgés de 15 ans et ont un point en commun : ils n’ont pas réussi à décrocher un poste au sein du circuit de développement midget AAA. Ils ont donc beaucoup à prouver, aux dépisteurs comme aux dirigeants des équipes qui les ont retranchés.

« Tsé, coacher, c’est un grand mot... Je suis plus là pour accompagner les jeunes, pour leur permettre de vivre une belle expérience. Nous n’avons pas le temps d’établir un système de jeu. »

« Au fond, gagne ou perds, je m’en fous. Si un petit gars peut retourner à son équipe avec un nouvel outil à mettre dans son coffre, je serai content. »

Sylvain St-Laurent

Le «road trip» d’une vie

CHRONIQUE / Tous les amateurs de sports jurent qu’ils finiront par faire ce voyage un jour. Pas tout de suite, par contre. Dans un an ou deux. Peut-être.

Ce voyage, les amateurs de sports y rêvent pendant des années et finissent presque toujours par y renoncer.

Marc-André Cardinal et Benoît Marleau constituent l’exception à la règle. Eux, ils l’ont fait. Ils ont assisté à sept matches de hockey en sept jours, dans sept amphithéâtres de la LNH différents.

Le 25 novembre, ils ont quitté l’Outaouais vers l’ouest à bord de leur voiture. Ils ont visité Toronto, Pittsburgh, Détroit, Boston, Chicago et Saint-Louis avant de finir ça sur un point d’exclamation dans la ville favorite de tous les chroniqueurs sportifs d’Amérique, Nashville.

« Ce fut notre endroit préféré. Notre coup de cœur », m’a révélé Marc-André, mercredi.

Je n’étais pas surpris. Du tout.

« Notre meilleur match fut quand même celui que nous avons vu à Pittsburgh. Nous avons vu Sidney Crosby marquer un but en prolongation contre les Flyers. Nous étions assis directement derrière le filet. Nous avons visité de très beaux arénas neufs à Pittsburgh, mais aussi à Détroit. »

Ils ont bien mangé, mais ils n’ont pas beaucoup dormi. Ils ont rencontré l’ancien entraîneur du Canadien et des Sénateurs Jacques Martin par hasard. Ils sont devenus des vedettes virales du web quand NHL.com a commencé à publier des photos de leur périple. Le défenseur Anthony Bitetto, des Predators, les a reconnus. Il est venu les saluer durant sa période d’échauffement au Bridgestone Arena.

En fait, les périodes d’échauffement ont été fort utiles pour les voyageurs qui s’étaient donné comme objectif d’amasser le plus de rondelles possible. « Zdeno Chara nous en a donné une ! Patrick Kane, Patrick Sharp, Anthony Mantha et Scottie Upshall aussi. C’est quand même spécial quand un joueur comme Kane te regarde à travers la baie vitrée », raconte Benoît.

Je leur ai parlé pendant une demi-heure. La conversation aurait pu s’étirer.

Ils m’ont dit qu’ils repartiraient demain matin.

C’est drôle. Je n’étais pas vraiment surpris d’entendre ça, non plus.

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Les deux amis aiment raconter leur histoire parce qu’ils aimeraient inspirer d’autres fans.

Premier conseil : soyez patients. Planifier un voyage du genre peut s’avérer périlleux. 

Marc-André a passé « une bonne trentaine d’heures » en ligne, à étudier les calendriers de toutes les équipes, à magasiner des billets, à chercher des chambres d’hôtel et à calculer des itinéraires...

« Trouver sept matches consécutifs n’était pas évident », souligne celui qui a fait le gros du travail.

Il faut dire que les deux hommes s’étaient donné un défi supplémentaire. Ils ne voulaient pas retourner là où ils étaient déjà allés.

Ils offrent d’ailleurs un petit conseil aux néophytes. La façon la plus simple de visiter un grand nombre d’amphithéâtres consiste se diriger dans la région de New York, où on compte plusieurs équipes.

Les deux Gatinois ont déboursé entre 2500 et 3000 $ chacun dans leur périple. Ils sont convaincus qu’on peut faire plus économique.

D’ailleurs, Marc-André s’est découvert une passion. Il se dit prêt à donner un coup de pouce à quiconque voudrait organiser un voyage du genre à son tour.

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Les deux copains rêvent de faire un autre voyage de hockey, d’ici quelques années.

Je suis un grand privilégié. J’ai eu la chance de faire le tour de la LNH plus d’une fois. J’ai envie de leur suggérer la côte ouest américaine.

San Jose. Los Angeles. Anaheim. Phoenix. À ce temps-ci de l’année, le temps est superbe.

En plus, on peut maintenant finir cette virée à Las Vegas.

Tant qu’à y être, je prendrais quelques jours de plus à Vegas. Juste pour se... reposer un peu.

Sylvain St-Laurent

Une patinoire de qualité pour la Place TD

CHRONIQUE / Derek King a déjà complété sa liste de souhaits à l’approche du temps des Fêtes. Il espère du temps froid, mais pas trop, pour les 10 prochains jours dans la région d’Ottawa.

Du temps froid... et pas trop de précipitations.

« Les conditions idéales sont celles que nous connaissons en ce moment. Si ça pouvait être la même chose chaque jour, jusqu’au match, ce serait parfait », a confié l’homme, lundi.

M. King occupe le poste de directeur principal des opérations hockey et aux opérations des installations de la LNH. Il est débarqué dans la capitale dimanche. Il supervise, depuis, l’installation de la patinoire qui servira lors de la Classique LNH 100, qui opposera les Sénateurs au Canadien, le 16 décembre prochain.

M. King connaît son affaire. Il a été responsable de la surface glacée dans 10 des 15 derniers matches présentés dans des stades par la LNH.

« Nous avons une marche à suivre. Nous suivons une routine assez rigide, quand nous arrivons dans une nouvelle ville », explique-t-il.

Une unité de réfrigération mobile, aménagée dans un camion de 16,15 mètres, s’est stationnée sur le terrain de la Place TD ce week-end.

Lundi matin, lors de notre passage, des employés avaient commencé à recouvrir le terrain de football de tuiles de caoutchouc blanches. Dans les prochaines heures, un système de tuyaux qui reliera le camion à la patinoire sera installé.

Les rampes et les baies vitrées feront leur apparition mercredi et jeudi. Par la suite, plus de 11 000 litres de liquide de refroidissement au glycol circuleront dans les tuyaux de façon à maintenir le sol à la température idéale de moins six degrés Celcius.

M. King est débarqué à Ottawa avec une quinzaine de collègues. Quelques dizaines de collaborateurs recrutés localement – dont l’équipe qui travaille à l’entretien de la patinoire au Centre Canadian Tire – se joindront au groupe dans les prochains jours.

« Nous allons travailler entre 12 et 14 heures par jour d’ici jeudi. Quand nous allons commencer à fabriquer de la glace, nous allons nous diviser en deux groupes de travail. Nous ne pourrons pas travailler beaucoup, durant la journée, par temps ensoleillé. Nous allons surtout œuvrer en soirée », explique M. King.

Sylvain St-Laurent

Le seul regret de Chris Kelly

CHRONIQUE / J’ai appris un truc ou deux, au cours des 15 dernières années, au contact des joueurs de la Ligue nationale.

J’ai vite compris, par exemple, que la retraite fait partie des sujets les plus délicats à aborder dans une entrevue.

Plus elle approche, moins les gars ont envie d’en parler.

J’avais Chris Kelly au bout du fil, vers la fin de la semaine dernière. Le valeureux vétéran se trouvait à Belleville. Il avait signé un contrat d’essai de la Ligue américaine, dans le but de prouver qu’il est encore capable de jouer dans la LNH.

Un pari audacieux... avec des chances de réussite bien relatives.

Je cherchais les bons mots pour ne pas le froisser. J’étais en train d’enfiler ma troisième paire de gants blancs quand je l’ai entendu pouffer de rire.

Il se foutait de ma gueule.

Il ne m’a pas laissé finir ma question.

« Tu veux savoir ce que je pense ? Je me considère très chanceux. Ma carrière tire à sa fin et je n’ai qu’un regret. Un seul. Quand nous avons remporté la coupe Stanley dans le match numéro sept de la finale, en 2011, j’étais tout seul à Vancouver. Quand j’y repense, je me dis que j’aurais dû inviter mes proches pour vivre ce moment avec eux. »

« Si jamais ma tentative de retour échoue, je ne serai pas abattu. J’aime toujours autant le hockey et je serais très heureux de poursuivre ma carrière, mais je sais que ma carrière ne durera pas toujours. Elle va prendre fin prochainement. Je dois faire face à cette réalité. »

Ça pourrait aller vite, à partir de maintenant.

Le contrat d’essai que Kelly a paraphé lui permet de jouer jusqu’à 25 parties dans les mineures. Il n’a pas l’intention de se rendre jusque-là.

Quand je lui ai parlé, son plan était clair. Il voulait jouer cinq bonnes parties pour ensuite prendre le temps d’évaluer ses propres performances.

Ce plateau a été atteint samedi. En cinq parties, le bon vétéran n’a pas inscrit un seul point. Il a été limité à trois tirs au but. Il a commis quatre infractions qui lui ont valu de passer huit minutes au banc des pénalités.

Si jamais il décide que c’est fini, le compteur s’arrêtera à 833 matches, pour lui.

« Personne ne s’attendait à ce que j’évolue dans la LNH aussi longtemps », m’a-t-il dit.

C’est vrai... et c’est pas vrai.

Kelly, possiblement le joueur le plus humble qu’on ait pu croiser à Kanata depuis le début des années 2000, ne s’est jamais trouvé particulièrement bon.

Pourtant, partout où il est passé, des gens lui ont trouvé des tas de belles qualités.

Son ami Jason Spezza a trouvé, à mon sens, la meilleure façon de le décrire. 

Les gens qui sont âgés de 35 ans et plus se souviendront sans doute du mythique jeu vidéo Ice Hockey, produit vers la fin des années 1980 pour le Nintendo Entertainment System. Dans ce jeu, il fallait former une équipe en pigeant parmi trois types de joueurs. Il y avait des grands maigres, qui étaient rapides, mais qu’on pouvait facilement mettre en échec. Il y avait des colosses aux tirs frappés foudroyants qui n’avançaient pratiquement pas. Il y avait, enfin, des joueurs de taille moyenne. Ils ne faisaient rien de façon exceptionnelle, mais ils n’avaient, en revanche, pas vraiment de faiblesses.

Kelly, dans ses belles années, incarnait parfaitement ce personnage.

Parce qu’il était un homme très honnête, sur la patinoire comme à l’extérieur, Kelly s’est fait des tas d’amis partout où il est passé.

L’amitié, dans le sport, ça peut vous mener loin.

D’ailleurs, Kelly ne sait pas ce qu’il fera de sa vie dans les prochaines années, mais il me dit qu’il aime trop le hockey pour le quitter complètement. On va laisser cette dernière déclaration traîner, ici. Si jamais ça peut tomber dans les oreilles de quelqu’un qui a du travail à offrir...

Si Kelly accroche officiellement ses patins, il restera le cas de Chris Neil à régler. Il n’aborde peut-être pas cette situation avec la même sérénité...

Sylvain St-Laurent

Est-ce que ça va si mal à Pittsburgh ?

CHRONIQUE / Les partisans les plus critiques dans la LNH ne sont peut-être pas à Montréal, cet automne. Ce titre revient possiblement aux fans de la belle et grande région de Pittsburgh.

Il paraît que les Penguins connaissent un difficile début de saison. Du moins, c’est ce qu’on dit à leur sujet.

Pourtant, si les séries éliminatoires débutaient ce matin, ils y participeraient.

Dans la presse locale, ce week-end, Sidney Crosby et ses coéquipiers ont été crucifiés.

Ils n’ont pas été à la hauteur, a-t-on écrit, après un revers de 2-1 contre les Blackhawks de Chicago.

Les Hawks sont quand même des adversaires redoutables.

Il s’agissait, de surcroît, de la première défaite subie en temps réglementaire au PPG Paints Arena, cette saison.

Les fans n’étaient pas satisfaits. Ils le sont rarement depuis le début de la saison.

En remportant la coupe Stanley lors des deux dernières années, les Penguins ont peut-être créé un monstre.

L’entraîneur-chef Mike Sullivan a passé une partie de la dernière semaine à protéger ses joueurs.

Les statistiques ne sont pas terribles. Particulièrement celles qui font état de la performance de l’équipe en défensive.

« Il suffit de suivre notre équipe de très près pour comprendre que ces chiffres ne sont pas entièrement représentatifs », intervient-il.

« Nous avons encaissé quelques dégelées, en début de saison, dans des situations où nous devions jouer deux matches en autant de soirs. Ces matches ont faussé les données. Les gens qui ne suivent pas notre équipe de très près ne peuvent pas nécessairement comprendre à quel point ces matches ont affecté notre fiche de manière négative. »

Sullivan n’a pas tort.

Les Penguins ont effectivement eu du mal à composer avec leur calendrier chargé du début de la saison.

Sullivan, à l’instar de plusieurs entraîneurs, aime utiliser son gardien de but numéro deux quand son équipe doit jouer deux fois en deux soirs.

En début de saison, Antti Niemi a souvent été d’office dans les matches où les Penguins ont été malmenés.

Le directeur général Jim Rutherford a visiblement mal choisi le successeur de Marc-André Fleury.

Les problèmes des Penguins n’ont pas tous été réglés comme par magie lorsque Niemi a quitté.

Les Penguins continuent de connaître beaucoup de difficultés lors des unités spéciales. Le taux de succès en infériorité numérique s’élève de peine et de misère au-dessus du seul des 75 %. C’est insuffisant.

Rutherford a eu besoin de faire des choix, l’été dernier. Il a laissé partir deux attaquants d’expérience qui brillaient dans les missions défensives, Nick Bonino et Matt Cullen.

Une autre gaffe ?

« Il faut s’améliorer à ce niveau, convient Sullivan. Nous avons alloué quelques buts de trop en infériorité numérique dans nos dernières parties. À cinq contre cinq, les choses se replacent lentement. Les unités spéciales fonctionnaient bien en début de saison. Elles nous ont un peu laissé tomber, dernièrement. »

Il reste le cas de Crosby à régler.

Le meilleur joueur au monde s’est sortit d’une longue séquence de 11 parties sans but, la semaine dernière.

« Il s’en va dans la bonne direction, croit son entraîneur. Il travaille fort. Il fréquente les bons endroits, sur la patinoire. En somme, il contrôle ce qu’il peut contrôler. »