Selon Brad Marchand (au centre) des Bruins, «l’expérience peut être bénéfique à bien des égards, mais la naïveté peut aider dans certaines situations aussi», a-t-il conclu.
Selon Brad Marchand (au centre) des Bruins, «l’expérience peut être bénéfique à bien des égards, mais la naïveté peut aider dans certaines situations aussi», a-t-il conclu.

Surévaluée, l’expérience en séries dans la LNH?

Joshua Clipperton
La Presse Canadienne
TORONTO — Brad Marchand réalise aujourd’hui qu’il n’avait pas la moindre idée de l’importance du moment.

Alors qu’il participait à son premier parcours éliminatoire avec les Bruins de Boston en 2011 à l’âge de 23 ans, il était conscient que les enjeux étaient élevés.

Et après avoir battu le Lightning de Tampa Bay en sept matchs pour accéder à la série finale de la Coupe Stanley, son équipe s’est rapidement retrouvée en déficit 0-2 contre les Canucks de Vancouver dans leur série au meilleur des sept rencontres.

«Je ne réalisais pas véritablement à quel point ces matchs étaient importants, a confié Marchand, aujourd’hui âgé de 32 ans. Je me contentais de sauter sur la patinoire et de jouer.»

Il a inscrit cinq buts et amassé deux mentions d’aide à ses cinq matchs suivants — dont une performance de trois points lors du match ultime — pour permettre aux Bruins de vaincre les Canucks et d’obtenir une première coupe Stanley depuis 1972.

«Si j’avais réalisé l’importance du moment, et sa signification, alors je n’aurais probablement pas eu la même approche de me contenter de sauter sur la patinoire et de jouer, a poursuivi Marchand. J’aurais été nerveux et préoccupé par l’issue de la série.»

L’importance de l’expérience pour une équipe est difficile à évaluer. Les dirigeants répètent sans cesse, après l’élimination de leur club, des phrases telles que : «il faut apprendre à gagner» ou encore «il faut être passé par là».

Mais quelle est la véritable valeur de l’expérience?

Alors que la deuxième ronde des séries éliminatoires de la LNH est en cours, seuls 21 joueurs parmi les clubs toujours actifs ont déjà remporté la coupe Stanley, et seuls 10 d’entre eux l’ont fait depuis 2015.

Les quatre derniers champions — les Penguins de Pittsburgh (2016-17), les Capitals de Washington (2018) et les Blues de St. Louis (2019) — sont déjà éliminés.

L’entraîneur-chef des Flyers de Philadelphie Alain Vigneault, a rappelé que tous les joueurs dans la LNH ont déjà pris part à des matchs déterminants.

Certes, plusieurs vétérans qui possèdent une longue feuille de route en séries éliminatoires sont encore actifs cet été, mais la ligue continue de se rajeunir, et plusieurs joueurs goûtent aux séries d’après-saison pour la première fois de leur carrière.

«C’est bien d’avoir de l’expérience, a dit l’entraîneur-chef des Canucks Travis Green, un ex-joueur qui écoule une troisième saison derrière le banc du club britanno-colombien. Et parfois ça aide d’être dans l’ignorance, de ne pas savoir ce qui t’attend. Ça dépend de chaque joueur, du talent de chaque joueur, de sa capacité à réagir.

«Certaines personnes peuvent être nerveuses de se retrouver dans une situation qui leur est inconnue. D’autres brillent dans ces moments-là», a ajouté Green.

«Il faut le vivre»

L’entraîneur-chef des Flyers de Philadelphie Alain Vigneault, dont l’équipe a éliminé le Canadien de Montréal en six matchs au premier tour dans l’Est grâce notamment au brio du gardien âgé de 22 ans Carter Hart, a rappelé que tous les joueurs dans la LNH ont déjà pris part à des matchs déterminants.

Ceux-ci sont simplement plus importants.

«Il ne fait aucun doute que l’expérience des séries éliminatoires, savoir ce que ça demande, tant au niveau mental que physique, avec la pression [c’est important]... mais il faut le vivre, a confié Vigneault. Nous comptons sur plusieurs jeunes joueurs qui n’ont jamais vécu ça.»

Pour sa part, Marchand a rappelé que les échecs qui ont suivi — dont les défaites en 2013 et 2019 — l’ont conscientisé à l’importance de chaque match en séries éliminatoires.

«Parfois, j’étais si nerveux que j’étais incapable de me contrôler, a admis Marchand, qui a précisé que la sensation était différence cette année puisque les matchs se déroulent à huis clos. J’avais l’impression que j’allais être malade. Les jeunes, parfois ils ne réalisent pas l’importance d’un match, ou encore d’un moment déterminant dans un match. Si vous menez ou que vous tirez de l’arrière par quelques matchs, et que vous laissez filer une rencontre, et que vous n’avez pas vécu ça auparavant, alors tu peux prendre ça pour acquis.

«L’expérience peut être bénéfique à bien des égards, mais la naïveté peut aider dans certaines situations aussi», a-t-il conclu.