Seize ans : c’est le temps qu’a mis Barbora Strycova pour atteindre une demi-finale de Grand Chelem.

Strycova, l’éloge de la patience

LONDRES — La Tchèque Barbora Strycova a pris son temps. Seize ans exactement. Seize ans pour atteindre une demi-finale de Grand Chelem, à Wimbledon, et devenir, à 33 ans, la joueuse la plus âgée à atteindre pour la première fois ces hauteurs.

«Il suffit d’attendre, mais ça vaut le coup» : ce tweet de Barbora Strycova, qui affrontera Serena Williams jeudi en demi-finale de Wimbledon, n’est pas récent. Il date du mois d’août 2016, à quelques jours de son entrée en lice aux Internationaux des États-Unis.

Ce mantra semble habiter la 54e joueuse mondiale depuis toujours, elle qui a dû attendre quasiment une adolescence pour toucher du doigt son rêve.

Ancienne championne du monde juniors en 2002, elle intègre le circuit pro l’année suivante en 2003 et va mettre huit ans à remporter son premier titre sur le circuit, à Québec. Elle attendra ensuite six ans de plus pour en remporter un autre, en Autriche en 2017. Son deuxième et jusqu’ici dernier trophée.

Deux titres, et une 16e place mondiale en 2016... 13 ans après ses débuts chez les grands, le bilan est forcément en deçà de que l’on espère pour une ancienne numéro 1 mondiale juniors.

Coup d’éclat

Il y a bien sur son CV ces 22 titres en double, et une Fed Cup, acquise lors de la victoire de la République tchèque face à la France en 2016. Mais il y aussi ce point noir : un contrôle antidopage positif à un stimulant lors du tournoi de Luxembourg en octobre 2013. Six mois de suspension pour cet écart, que la joueuse avait justifié par la prise de compléments alimentaires.

Il manquait donc à cette carrière pas vraiment linéaire un coup d’éclat à raconter plus tard. Un coup plus étincelant que son quart de finale à Wimbledon en 2014, le point culminant de son parcours en Majeurs avant cette édition.

Strycova avait coché le rendez-vous londonien sur son agenda en début d’année. Sans doute l’a-t-elle fait pour préparer une sortie sans regret, ce qu’elle a sous-entendu avant la quinzaine.

«J’ai dit que je pourrais [prendre ma retraite], pas que je le ferai...», a-t-elle rectifié avec le sourire mardi après sa victoire face à la Britannique Johanna Konta en quart de finale.

«Un rêve» 

Il semble en tout cas logique que Londres, une ville qu’elle «adore», soit le théâtre de sa plus belle épopée. À deux ans seulement, elle était venue à Wimbledon visiter le musée avec ses grands-parents qui habitaient la capitale anglaise. La vue du trophée lui donne envie de revenir y jouer. Et 31 ans plus tard, elle n’est plus qu’à deux victoires de le ramener.

«Ça a toujours été un rêve de bien jouer ici. Ça arrive maintenant, à mon âge. C’est incroyable. Cela montre que si vous y croyez, ça arrive», s’est-elle émerveillée.

Son âge va lui permettre de rester quelque temps au moins dans les tablettes du tennis : à 33 ans, elle a détrôné l’Italienne Roberta Vinci, qui s’était hissée pour la première fois dans un dernier carré à 32 ans, en demi-finale des Internationaux des États-Unis 2015.

Évidemment la tâche face à Serena Williams, sept fois titrée sur le gazon londonien, s’annonce immense pour cette adepte du service-volée, qui confie avec assurance que «le filet est son territoire».

«Je ne sais pas si c’est mon dernier Wimbledon, c’est possible», a-t-elle avoué. «Quand je suis arrivée cette année je me suis dit : “C’est ton 17Wimbledon, essaye de profiter de chaque moment”. Chaque jour, même si c’est un jour off, je me promène sur le site, je retourne sur les lieux où j’ai joué en juniors», a-t-elle raconté. Histoire de se rappeler la numéro 1 mondiale qu’elle a un jour été.