Marc Bergevin (à droite) devrait y penser à deux fois avant d’envoyer Claude Julien à la guerre avec les effectifs en place au début octobre.

Beaucoup de bruit pour rien

CHRONIQUE / Claude Julien est un sacré farceur.

Il avait excité bien des gens il y a une dizaine de jours en refusant de commenter la prochaine saison du Canadien, invoquant que des choses pouvaient se passer d’ici au tournoi de golf de l’équipe.

Une petite phrase de rien du tout, mais qui émoustillait avec tous ces jeunes surdoués joueurs autonomes avec restriction toujours sans contrat. Des rumeurs lient le Canadien aux Jets dans le dossier Patrick Laine depuis le début de l’été… À la limite, on se disait qu’il y avait encore quelques vétérans comme Jason Pominville libres comme l’air, avec 6 M$ à dépenser sous le plafond salarial.

Oubliez ça. Le tournoi de golf, qui se veut toujours le point de départ de la nouvelle campagne, c’était lundi matin. Tout était en place. Imaginez, RDS avait programmé une émission spéciale dès 7 h!

Beaucoup de bruit pour rien, finalement. Contrairement à l’an passé alors que Bergevin venait de sortir son capitaine Max Pacioretty de la ville, le directeur-gérant n’avait rien de nouveau dans ses cartons. À voir son non verbal, ça ne faisait pas tellement son affaire. Le patron hockey des Glorieux n’affichait pas sa confiance habituelle devant les médias. Il s’est impatienté un brin devant les questions, pourtant fort légitimes. Surtout, il a tenté de planter le débat non pas uniquement sur la prochaine saison, mais bien sur l’avenir à moyen terme de l’organisation.

C’est malin. Il y a effectivement de bons espoirs dans le système. Dans le lot, certains vont finir par aider l’équipe. Mais à très court terme, c’est loin d’être une assurance. Et comme Bergevin n’a ajouté que Ben Chiarot, Nick Cousins et Keith Kinkaid à un groupe qui a perdu Jordie Benn et Andrew Shaw durant l’été, vaut mieux beurrer sur l’avenir plutôt que le présent, hein?

Le présent, lui, est rempli d’interrogations. Il manque encore un vrai défenseur gaucher numéro deux pour épauler Shea Weber sur le premier duo, il manque un ailier droit pour compléter le top 6. Quant à la ligne du centre de l’équipe, l’épine dorsale, elle est l’une des plus faibles du plateau. Bien beau compter sur le meilleur gardien de la ligue pour éteindre les feux, ce ne fut pas suffisant l’an dernier pour faire les séries.

Or les principaux rivaux du Canadien pour une place en éliminatoires ont pour la plupart connu un été faste. Les Panthers, les Devils et les Rangers vont pousser fort…

Molson durcit le ton

Geoff Molson s’est pour sa part dit satisfait des 15-16 derniers mois. Il achète le bout du discours de Bergevin sur ses jeunes loups. Le propriétaire a par contre été assez clair merci sur l’urgence de gagner. Il a beau parler à son directeur général tous les jours, il n’a pas voulu trop s’avancer sur son avenir. «Je ne pense pas trop à long terme, on verra au cours de la saison.»

Tiens tiens, le propriétaire commence à s’impatienter. Avec trois exclusions des éliminatoires en quatre ans, il était temps! Il n’est pas le seul, Brendan Gallagher a reconnu que la dernière saison avait représenté un pas en avant, mais «que ce n’était pas assez».

Carey Price a quant à lui répété qu’il ne voulait pas être «un de ces joueurs qui n’ont jamais eu la chance de gagner la Coupe Stanley», rappelant qu’il avait plus de saisons derrière lui que devant.

Tout ça fait en sorte que Bergevin devrait y penser à deux fois avant d’envoyer Claude Julien à la guerre avec les effectifs en place au début octobre. Ça semble être le plan. La pression s’accentue autour de lui. Probablement pour la première fois depuis le début de son règne il y a sept ans. Les Caufield, Romanov, Poehling et autres Suzuki ne pourront rien pour lui s’il perd son emploi cet hiver.