Steve Turcotte
Le Nouvelliste
Steve Turcotte
Mikaël Zewski a dû refaire ses classes pour obtenir une autre chance de se faire valoir à Las Vegas.
Mikaël Zewski a dû refaire ses classes pour obtenir une autre chance de se faire valoir à Las Vegas.

1961 jours plus tard…

CHRONIQUE / Top Rank a peut-être choisi la mauvaise cible.

Pour relancer son poulain Egidigus Kavaliauskas, qui revient après un K.-O. face à Terrence Crawford, la puissante organisation américaine a choisi Mikaël Zewski comme appât.

Le Trifluvien est classé mondialement. Il arrive à Vegas avec une ceinture mineure autour de la taille. Malgré sa belle fiche, il n’a enregistré qu’un seul K.-O. à ses cinq dernières sorties. Dans le top 10, Top Rank doit calculer que c’est l’un des moins dangereux pour Kavaliauskas.

Faut dire que les grands patrons de Top Rank connaissent bien Zewski. Il boxait pour eux, dans sa première vie chez les pros. Une défaite face à Konstantin Ponomarev en mai 2015 dans la ville du vice l’a relégué dans la filière 13 de l’écurie. Ainsi va la boxe aux États-Unis: il y a probablement plus d’argent sur la table pour ceux qui se rendent au sommet de la pyramide. Mais si tu trébuches en cours de route, et que tu n’es pas Américain en plus, tu deviens aussitôt interchangeable.

Voilà pourquoi Zewski a choisi de faire un virage et de concentrer ses efforts pour faire carrière au Québec. Après sa défaite, il était convaincu qu’Yvon Michel était le mieux placé pour le ramener cogner à la porte de l’élite mondiale.

Le partenariat a résisté aux obstacles.

Zewski se voyait comme tête d’affiche, il a dû se contenter de meubler les sous-cartes de l’organisation jusqu’ici. Zewski rêvait de se battre dans son patelin, comme Simon Kean, mais GYM n’a pas encore réussi à réunir les conditions pour matérialiser le projet. Zewski a dû accepter des adversaires sans réputation, mais coriaces, sans avoir droit à l’erreur.

Il a tout livré ce qui était attendu de lui. Résultat, il a grimpé dans les classements. Michel a fini par lui dénicher le genre de combat qu’il demande depuis le jour 1.

Pas au Québec.

Encore moins à Trois-Rivières.

Mais au moins, le tremplin vers les combats payants est réel.

Affamé

Lorsqu’il montera sur le ring, ça fera donc 1961 jours qu’il attend cette opportunité. Top Rank va s’apercevoir dès le premier son de cloche qu’il a mis dans les pattes de Kavaliauskas un boxeur affamé.

C’est puissant, le désir. Il a permis à Zewski de garder le cap durant toutes ces années. Il a des comptes à régler avec Vegas. La planète boxe tout entière sera à l’écoute. Il va donner tout ce qu’il a dans le ventre.

Est-ce que ce sera suffisant pour causer une surprise?

On verra bien.

Zewski a toujours prétendu qu’il avait simplement connu une mauvaise soirée au bureau face à Ponomarev. Ça peut arriver à tout le monde. Contre la crème, la concentration doit être maximale. Si tu es un peu au-dessus de tes oignons, ça ne pardonne pas. Avec cette leçon, s’il s’évalue correctement, alors ce duel face à Kavaliauskas va lui permettre de remettre les pendules à l’heure.

Il a patienté pendant des lunes. Or, une victoire samedi et tout va s’accélérer joyeusement autour de lui. Voyez-vous, Zewski a la chance d’évoluer dans l’une des divisions les plus payantes de la boxe actuellement, où évolue notamment Crawford et un certain Manny Pacquiao. Il est à un statement de donner la légitimité à son promoteur de placer son nom dans la même phrase que ces grandes vedettes. À ce niveau, il y automatique six chiffres, en dollars américains, sur le chèque de paie. Qui sait, peut-être même sept!

Mais bon, ça ne donne rien de trop s’exciter pour l’instant. Pour sa neuvième présence à Vegas, il est pour la première fois dans la chaise du négligé. Il n’est pas là par hasard, il a été soigneusement choisi par Top Rank.

Quand la cloche va sonner, lui seul pourra modifier les plans à son avantage…

C’est sa deuxième chance dans la case payante. Cette fois, pas d’excuse, il ne peut la louper s’il veut s’installer parmi l’élite.