Stéphanie Pakenham en 2015
Stéphanie Pakenham en 2015

Stéphanie Pakenham: une très courte séparation

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Une toute petite année. C’est le temps qu’a durée la séparation de Stéphanie Pakenham avec le badminton. Étant incapable de composer avec un horaire du temps beaucoup moins chargé au lendemain de l’obtention de sa maîtrise et de sa retraite sportive, elle ne se fit pas prier pour accepter un poste d’entraîneure-adjointe avec les Élans du cégep Garneau.  

«L’année qui a suivi ma retraite fut difficile», avoue l’ex-porte-couleurs de l’équipe de badminton du Rouge et Or. «J’avais tellement été occupée. Ma carrière et mes études étaient exigeantes. J’y mettais tout mon temps. J’avais toujours quelque chose à faire. Mais là, ce n’était plus le cas même si j’avais un travail à temps plein. Et quand j’avais du temps libre, je trouvais ça angoissant. J’avais plein de possibilités, mais je ne savais pas quelle choisir. Alors quand on m’a approchée pour m’offrir de coacher, ma décision a été facile à prendre.

«Ça fait maintenant un an que je suis entraîneure-adjointe avec les Élans. C’est vraiment un grand plaisir pour moi de m’impliquer dans le badminton et de redonner aux jeunes.»

Stéphanie indique que comme sa transition de sa vie d’étudiante-athlète à celle de gestionnaire, son passage de sa carrière de joueuse à celle d’entraîneure lui demanda une adaptation certaine. Ayant passé plusieurs années au sein d’une bulle où tous les gens avaient le même niveau élevé de badminton, tant au niveau de la compréhension du jeu que de sa pratique, et qui se comprenaient dans ce qu’ils vivaient parce qu’ils étaient tous des étudiants universitaires, la Québécoise a dû apprendre à composer avec un environnement où les joueurs n’étaient pas tous au même niveau.

«Il a fallu que je revienne à la manière dont j’avais appris le badminton quand j’avais l’âge de mes athlètes. Aujourd’hui, quand je pense aux jeunes que je coach, je ne me dis plus : «ils doivent tous être bons, ils doivent tous avoir des performances». Ce qui me rend heureuse, c’est de les voir s’améliorer et progresser, de les voir essayer et donner le meilleur d’eux-mêmes.»

Une fin mémorable

Initiée au badminton alors qu’elle avait autour de six ans, Stéphanie se fit remarquer à l’école secondaire avec de bonnes performances lors des Tournois Black Knight. La jeune raquette connut ensuite une progression fulgurante alors qu’elle était au cégep ce qui lui permit de prendre part à ses premières compétitions internationales. Et c’est à ce moment qu’elle commença à réaliser qu’elle avait le potentiel pour caresser de grands rêves en badminton, elle qui à cause de sa nature s’était toujours fixé jusque-là des objectifs à court terme.

«Même si j’avais confiance en mes capacités quand je suis arrivée au cégep, je ne pensais jamais pouvoir faire autant de compétitions de haut niveau. C’est en comparant le niveau de mes compétitions à celui des aux autres joueurs qui m’entouraient sur le circuit collégial et en voyant mes performances que j’ai réalisé tout ce que je pouvais faire».

Dominante dans son sport au Québec, Stéphanie fut pendant plusieurs années la joueuse à battre sur un court sur le circuit provincial où elle connut des saisons parfaites. Étienne Couture, son coach avec le Rouge et Or, avait dit de sa protégée qu’elle était «l’athlète qui avait le plus beau potentiel de toutes les joueuses qu’il avait dirigées jusque là».

«À l’époque, je ne sentais pas vraiment de pression même si c’est clair que je devais en avoir beaucoup. Je pense tout simplement que je vivais bien avec la pression de vouloir et de devoir performer. Et je n’avais pas peur de perdre. Quand ça arrivait, je regardais ça du côté positif. Ça me permettait de m’améliorer.

«C’est dans mes dernières années que j’ai commencé craindre à la défaite. À cause de mes études, j’avais moins de temps pour m’entraîner. J’étais donc moins confiante quand j’étais sur le court. C’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis concentrée sur ma carrière en double où j’ai réalisé de très belles performances. Mais j’étais rendue là. C’était correct. Le badminton, c’était une passion mais je savais que je ne gagnerais pas ma vie avec ça. Il fallait que je prépare mon après-carrière.»

C’est en 2018, après avoir pris part à la Uber Cup disputé à Bangkok, en Thaïlande, le tournoi le plus prestigieux de sa carrière, que Stéphanie accrocha sa raquette.

«Prendre part à un tournoi de cette envergure, c’était vraiment gratifiant et valorisant. Et je l’ai fait avec ma partenaire de double Anne-Julie Beaulieu. On avait commencé à jouer au badminton ensemble, au même club. De plus, on a disputé notre dernier match contre les Japonaises et la rencontre a été présentée à la télévision.

«J’ai donc terminé ma carrière en beauté même s’il y a eu beaucoup d’émotions après notre match. Quand ça fait 20 ans que tu pratiques le même sport, c’est difficile de tout arrêter du jour au lendemain. Mais au moins je peux dire que j’ai fini ma carrière sur une bonne note, avec un beau tournoi et non pas avec une petite compétition ordinaire que j’aurais fait souvent. Et j’ai profité de chaque instant passé en Thaïlande. Je suis vraiment heureuse.»

La carrière de Stéphanie fut bien remplie. La Québécoise prit part à de prestigieux tournois présentés aux quatre coins de la planète comme les Universiades où elle alla trois fois, les championnats panaméricains et même la Uber Cup.

«Il y a eu beaucoup de compétitions marquantes, de beaux voyages et d’expériences enrichissantes. Mais ce que je retiens aussi de ma carrière, c’est mon beau parcours universitaire avec le Rouge et Or, mes coéquipiers et coéquipières et l’esprit d’équipe que l’on avait. Mes années en badminton furent vraiment très belles.

«C’est certain que la compétition de haut niveau me manque aujourd’hui tout comme le sentiment d’être complètement vidée que j’avais après un entraînement ou un match. Mais je suis la même personne et j’ai les mêmes valeurs. Je continue de me donner à 100 % sauf que c’est dans mon travail et dans les sports que je pratique, le golf et le ski de fond, que je le fais.»

Fière de son parcours sportif, Stéphanie l’est tout autant de son parcours scolaire qu’elle a fait en parallèle à sa carrière en badminton. Après des études en architectures au cégep de Lévis-Lauzon, elle a fait un bac multidisciplinaire (certificat en gestion urbaine et immobilière et certificat management, profil développement durable) à l’Université Laval puis une maîtrise en gestion des projets à l’Université du Québec à Rimouski. Aujourd’hui, elle travaille pour Planifika Inc., une firme de consultation spécialisé en gestion d’actifs. «Ça n’a pas été facile. Ma technique en architecture me demandait vraiment beaucoup de temps. On avait pas mal d’heures de cours et beaucoup de travaux à faire. Et elle se donnait au cégep de Lévis-Lauzon. Comme j’habitais Québec et que je m’entraînais au PEPS. Ça faisait pas mal de voyagement.

«Je suis aussi très heureuse d’avoir fait ma maîtrise en gestion de projets». C’est quelque chose qui m’apporte beaucoup dans mon travail de professionnelle en gestion d’actifs.»

De retour avec les Élans pour une deuxième année où elle retrouvera Julien Déry et Amélie Boyer, Stéphanie garde aussi la forme en jouant au badminton une fois par semaine dans une ligue qui regroupe d’anciens joueurs du Rouge et Or. Non seulement elle se voit œuvrer au niveau du coaching pendant encore longtemps, mais elle ne rejette pas l’idée de retourner un jour à la compétition en jouant chez les seniors. Son mariage avec le badminton risque donc de durer pendant encore plusieurs années.

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QUESTIONS/RÉPONSES

C’est en 2020, après avoir pris part à la Uber Cup disputé à Bangkok, en Thaïlande, le tournoi le plus prestigieux de sa carrière, que Stéphanie Pakenham accrocha sa raquette. Aujourd'hui, elle travaille chez Planifika Inc. comme professionnelle en gestion d'actifs.

Q Fait marquant

Ma médaille d’or en simple aux Championnats canadiens universitaire (2010). À ce moment-là, j’étudiais encore au cégep. Mais j’avais pu prendre part aux Championnats canadiens universitaires. C’était au PEPE et j’avais pu jouer devant ma famille qui était là pour me supporter. Et j’étais vraiment fière d’être devenue pour la première fois de ma carrière championne canadienne universitaire alors que j’étais toujours au cégep.

Compétitions internationales la plus marquante

R Mes premières Universiades, quand je suis allée à Kazan (2013), en Russie. Ça été vraiment un beau tournoi. Puis le Championnat panaméricain à Campinhas, au Brésil (2016). On avait gagné une médaille d’or en équipe alors que la compétition était vraiment difficile et que l’on ne faisait pas partie des équipes favorites pour finir premiers. J’avais même gagné la médaille d’argent en simple. Et la Uber Cup en 2018 à Bangkok en Thaïlande. Ce fut la crème de la crème dans le sens que ce fut un des plus beaux tournois auquel j’ai participé.

Des regrets

Non. C’est arrivé quelques fois que je ne performe pas bien à un tournoi et que je rate une sélection pour un événement important. Mais je suis contente de ce que j’ai accompli. Je suis allée à trois Universiades, à des Championnats pan-américains, etc. Je suis vraiment fière de mon parcours.

Ce dont tu t’ennuies le plus

R D’être fatiguée après avoir terminé un entraînement ou une compétition, d’avoir le sentiment d’avoir tout donné là.

Q De quoi tu ne t’ennuies pas

R Avoir plusieurs examens après une fin de semaine de tournoi. Et de devoir voyager par mauvais temps ou que des vols soient annulés. Ça, c’était un peu moins plaisant.

Q Entraîneur marquant

R Étienne Couture parce qu’il a été mon coach pendant plus d’une dizaine d’années. C’était un bon entraîneur, il était très technique et passionné. Il voulait non seulement que l’on s’améliore, mais il cherchait toujours, lui aussi à s’améliorer comme coach. Et Jean-Claude Laprise. Il a dédié sa vie au badminton. Il a été mon entraîneur au tout début, quand j’ai commencé à jouer au badminton à six-sept ans. Et il m’a amenée à vouloir aller plus loin et ce qui m’a poussé à faire de la compétition.

Q Dans 10 ans

R Je ne sais pas ce que la vie me réserve. Je souhaite pouvoir continuer à faire du sport et avoir une vie équilibrée. Je ne pense cependant pas que je serai pas différente de qui je suis aujourd’hui. Je vais continuer à avoir mes valeurs,  à être déterminée et à vouloir me dépasser.

Rêve

J’aimerais pouvoir continuer encore très longtemps à passer du temps avec ma famille et à la voir en santé. Je souhaiterais aussi que notre équipe à Garneau remporte un championnat provincial.