C’est sous le regard ému de Marian, Peter et Anton Stastny que l’œuvre Toucher la cible de Pierre & Marie a finalement été révélée au grand public, jeudi après-midi.

Statue des frères Statsny: «c'est la parfaite conclusion»

Chacun à leur manière, les frères Stastny ont marqué l’histoire des Nordiques de Québec. Ensemble et séparément. Mais c’est ensemble qu’ils voulaient être immortalisés. «C’est la parfaite conclusion», a estimé Peter Stastny, après le dévoilement de Toucher la cible, qui reforme à jamais leur célèbre trio à proximité de la Place Jean-Béliveau.

C’est sous un ciel aussi menaçant que la légendaire ligne des Stastny — et le regard ému des trois anciens hockeyeurs — que l’œuvre de Pierre & Marie a finalement été révélée au grand public, en marge du Pro-Am Gagné-Bergeron, jeudi après-midi.

«C’est plein de bonheur et c’est un honneur. Ce qui est arrivé, vous ne le projetez jamais dans votre vie. Même quand on a commencé à jouer, du tout début jusqu’au plus tard, on a connu une certaine réussite, mais vous ne projetez jamais une fin de carrière aussi magnifique, avec une [adoption] par toute la population. C’est juste grandiose», a fait savoir le résident de Lausanne Anton qui, en raison de la qualité de son français, a été désigné porte-parole de la famille pour la journée.

Arrivé à Québec en compagnie de Peter en 1980, les deux frères avaient été suivis par Marian, aujourd’hui diminué par la maladie de Parkinson, l’année suivante. Pendant quatre ans, les trois Slovaques ont évolué ensemble sous le ciel de Québec où, après avoir fait défection de l'ex-Tchécoslovaquie, ils se sont fait une nouvelle vie, apprenant même le français.

«Le Québec a adopté les Stastny et les Stastny ont adopté Québec. Une relation unique qui est née dans des circonstances très particulières. Elle évolue au fil du temps et continuera son chemin dans les années à venir. [...] Nos parents nous ont élevés dans la foi et l’amour. Ici, au Québec, on a retrouvé l’espoir», a raconté Anton, affirmant avoir découvert chez nous une «société libre».

Œuvre qui plaît

Ludique et colorée, la sculpture rappelant un jeu de hockey sur table plaît aux trois anciens Nordiques, qui jugent son message direct. Une œuvre qui «touche la cible», autant «au niveau de la forme que du contenu», selon Anton.

«On l’aime beaucoup plus que certains ont aimé l’œuvre de Jean Béliveau! a quant à lui lancé Peter, qui n’a jamais eu la langue dans sa poche.

«Quand on la regarde à distance, on peut voir ce que l’œuvre d’art veut exprimer. Ce sont trois joueurs de hockey, trois joueurs des Nordiques, ce sont trois frères. C’est clair. Souvent avec les statues de bronze, il faut aller lire la plaque pour savoir qui est là. Ici, c’est impossible. On reconnaît les faces, sinon il y a le logo sur le chandail», a poursuivi celui qui revendique le titre de meilleur marqueur de l’histoire des Nordiques, avec 1048 points entre 1980 et 1990.

D’abord élu seul comme figure marquante de l’ère fleurdelisée, Peter Stastny avait insisté pour que ses frères fassent également partie de l’hommage qui lui serait rendu.

«C’est parfait. Moi, je crois que le hockey sur glace est un sport collectif. Peter n’aurait jamais réussi sans ses coéquipiers. Les plus près, c’était nous. Cet hommage appartient aussi aux autres joueurs. Il y avait des défenseurs qui ont fourni des bonnes passes, parce que sinon Peter était toujours fâché!» a lancé en riant Anton, reconnu pour son grand sens de l’humour.

Plus stoïque, Peter n’a pu que se rallier à l’analyse de son cadet, ajoutant avoir longuement réfléchi aux raisons qui lui ont permis de connaître une carrière aussi fructueuse.

«À 80-90 %, c’était Anton et Marian. Pour moi, quand j’ai fini ma carrière, de temps en temps, je me suis demandé : qu’est-ce que c’est? Je me suis posé la question : quel était le meilleur moment? Quelle était la meilleure réussite de ma carrière? Chaque fois, je me suis rendu à la même conclusion : la meilleure réussite, c’était jouer avec mes frères», a-t-il estimé.

C’est pour cette raison qu’il dit aimer l’œuvre de Pierre & Marie, où il reprend sa place à l’aile gauche du trio pivoté par Marian, au centre, et complété par Anton, à droite.

«C’était arrivé souvent quand on a commencé en Tchécoslovaquie, mais jouer ensemble en réussissant aussi bien au niveau mondial, champion du monde, olympique, Ligue nationale, la meilleure ligue au monde, les séries éliminatoires, [c’est spécial]. Pour moi, c’est la parfaite conclusion. Et aussi pour notre famille élargie qui est ici. Tous les enfants, tous les neveux, toutes les épouses et six des 11 petits-enfants… C’est extraordinaire.»

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«Je suis très touché, très heureux, d’être ici, comme ambassadeur de la Slovaquie au Canada. C’est un grand moment pour un Slovaque. C’est très difficile de parler juste après des légendes. Il n’y a rien de plus difficile au monde en ce moment», a commencé en français Vit Koziak

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VIT KOZIAK: LES STASTNY, DES «SYMBOLES DE LIBERTÉ»

Le hasard fait parfois bien les choses. L’ambassadeur de la Slovaquie au Canada, Vit Koziak, (photo) se trouvait en vacances à Québec lorsqu’il a appris qu’on s’apprêtait à faire la fête à trois de ses plus célèbres compatriotes. Heureux de se joindre à l’hommage rendu à ses idoles de jeunesse, le diplomate n’a pas caché son émoi, jeudi.

«Je suis très touché, très heureux, d’être ici, comme ambassadeur de la Slovaquie au Canada. C’est un grand moment pour un Slovaque. C’est très difficile de parler juste après des légendes. Il n’y a rien de plus difficile au monde en ce moment», a commencé en français Vit Koziak, au moment de s’adresser à la foule massée dans l’allée longeant du Pavillon de la jeunesse.

L’arrivée de l’ambassadeur de la Slovaquie au Canada à Québec n’aurait pu être plus opportune, lui qui a rallié la capitale avec sa famille, mercredi.

«Depuis, nous avons rencontré beaucoup de citoyens et je me suis rendu compte comment les frères Stastny, après toutes ces années, sont toujours aussi aimés par vous. C’est beaucoup aussi comme ils sont aimés en Slovaquie. Ce sont des légendes pour le Québec, pour le Canada et aussi pour la Slovaquie», a-t-il fait savoir.

Vit Koziak n’a pas manqué de rappeler l’impact qu’a eue la défection des frères Stastny dans son pays, n’hésitant pas à les qualifier de «symbole de liberté», ce qui a suscité une salve d’applaudissements.

«Je dois vous dire que lorsque j’étais un garçon, dans les années 80, c’était avant la chute du rideau de fer, j’écrivais aux frères Stastny. C’était mon contact avec le monde. Puis en septembre 1989, j’ai reçu une photo avec un autographe de Peter Stastny. Vous ne pouvez pas vous imaginer comment j’étais heureux! Et maintenant, je me retrouve ici comme un représentant du pays de la Slovaquie. C’est un pays qui a beaucoup de succès maintenant et qui peut être fier des frères Stastny.»

L’hommage rendu aux Stastny à Québec rejaillit sur la Slovaquie, estime son ambassadeur au Canada.

«C’est une grande journée pour Québec, c’est une grande journée pour le Canada et c’est aussi une grande journée pour la Slovaquie. Et je suis sûr que cette œuvre sera dans le futur un symbole d’amitié entre le Québec, le Canada et la Slovaquie», a-t-il conclu. Kathleen Lavoie