Doté d’un toit, rétractable au début, mais fixe quand le premier a été remplacé, le Stade olympique peut accueillir des évènements peu importe la météo.

Stade de baseball: un toit ou pas pour Montréal?

MONTRÉAL — De toutes les questions sur l’éventuel retour du Baseball majeur à Montréal, aucune n’enflamme autant les débats que celle du toit. Qu’il soit rétractable, fixe, souple, dur ou carrément absent, tout le monde et son voisin ont une opinion bien arrêtée.

Les pro-toit font valoir que les caprices des printemps et des automnes montréalais rendent nécessaire l’inclusion d’une structure pour protéger les spectateurs et les joueurs des éléments dans les plans de construction.

Les pro-plein air rappellent que les marchés de Minneapolis, Chicago, Boston, Detroit, Cleveland et Denver, qui se trouvent dans des climats semblables à Montréal, ont tous des stades qui ne sont pas dotés de toit.

La firme d’architectes Populous a construit ou rénové 21 des 30 stades actuels du Baseball majeur, dont le Target Field de Minneapolis et le Coors Field de Denver. Le cabinet de Kansas City, au Missouri, est également responsable des importants travaux de rénovation effectués au Fenway Park de Boston et au Wrigley Field, à Chicago.

Que pense Populous de cette question?

«Nous dessinons toujours nos stades pour répondre au microclimat du marché où nous construisons. Mais je dirais qu’avant tout, notre philosophie est que le baseball se joue en plein air, a affirmé Earl Santee, cofondateur de la firme, qui a lui-même signé les plans de 15 stades de la MLB. Si on propose un toit rétractable, vous pouvez être assuré qu’il ne viendra pas nuire à cette prémisse de base.

«On doit sentir le gazon, pouvoir voir les alentours du stade quand vous regardez par-dessus la clôture du champ extérieur. Vous devez avoir une connection avec le quartier. Par une belle journée ensoleillée de juin, à Montréal, vous voulez ressentir tout cela. [...] Si nous construisions le stade de Montréal et que les propriétaires choisissaient d’y aller avec un toit rétractable, nous irions dans la transparence, le verre.»

Tous ne sont pas de cet avis. Un ex-haut dirigeant du Baseball majeur interviewé par La Presse canadienne estime au contraire que le Groupe de Montréal ne devrait pas dépenser les 200 à 300 millions $US — selon Populous — pour un toit si elle obtient une concession.

«La MLB parle en coulisses depuis près de cinq ans de disputer les deux premières semaines du calendrier dans le sud des États-Unis. Les équipes du nord n’ont pas de problème à commencer sur la route : ça veut dire qu’elles auront un séjour à domicile d’une dizaine de matchs plus tard en saison.

«L’autre solution, c’est que la MLB devra éventuellement raccourcir la saison.[...] Je sais que l’Association des joueurs ne veut pas en entendre parler, mais éventuellement, ils devront réduire à 148 ou 150 matchs et commencer plus tard. Dans 10 ans, je pense que la saison va commencer le 7 ou le 10 avril, dans le sud des États-Unis ou dans des stades qui ont un toit. C’est vrai qu’il pleut à la fin avril, mais c’est pour ça que nous avons des bâches et que les programmes doubles existent.»

Santee souligne qu’il y a d’autres options.

«À Minneapolis, il n’y a pas de toit, mais la portion supérieure des estrades est complètement recouverte d’une voûte et la majeure partie des coursives est chauffée, comme la surface de jeu d’ailleurs. Nous avons plusieurs sections intérieures chauffées d’où vous voyez la surface de jeu. Vous pouvez également mettre des sièges chauffants dans votre enceinte. Il y a plusieurs solutions au climat nordique.»

Minute Maid Park : le modèle

La plupart des intervenants interrogés par La Presse canadienne s’entendent sur un point : si Stephen Bronfman et son groupe décident d’y aller avec un toit rétractable, le modèle à suivre est le Minute Maid Park, domicile des Astros de Houston.

«C’est le meilleur, estime notre ex-dirigeant. Ils ouvrent le toit tous les jours, afin que le soleil active la photosynthèse du gazon, pendant qu’il est arrosé par l’équipe d’entretien. L’oxygène sort du sol et vers 17h, ils ferment le toit et règlent la climatisation à 27 degrés. Quand les portes ouvrent à 18h, les gens ont l’impression d’entrer dans une serre! La moitié du stade est constitué de panneaux de verre, alors le soleil entre. C’est LE modèle à suivre.»

«Même quand le toit est fermé, vous voyez la ville, confirme Santee au sujet du mur de verre de plus de 50 000 pieds carrés. C’est pour être en accord avec notre philosophie, que le baseball se joue en plein air. La forme du toit imite quant à elle la trajectoire d’une balle lors d’un coup de circuit, c’est unique. Ses sections s’entassent à l’extrémité nord de la bâtisse, alors c’est un site impressionnant. Même quand le toit est fermé, vous vous sentez comme à l’extérieur.»

Une structure comme celle-là a toutefois ses inconvénients : elle demande un terrain d’une plus grande taille.

«La dimension du terrain n’est pas la même : ça prend un rectangle au lieu d’un carré pour y placer le toit ouvert, explique Santee. Si vous avez un toit qui se replie sur lui-même comme le Rogers Center, ça n’a pas une grande incidence, mais si vous avez un toit qui s’entrepose à côté du stade, ça prend plus d’espace. Autre contrainte : on doit avoir un espace de 210 pieds [64 mètres] au-dessus du deuxième-but afin d’éviter que le toit n’interfère avec les balles frappées.»

Combien ça coûte?

Construire un stade coûte cher, évidemment. D’y ajouter un toit fait rapidement grimper la facture.

«Un toit de type parapluie, comme celui du T-Mobile Park [anciennement le Safeco Field, à Seattle], coûterait 200 millions $ aujourd’hui, note Santee. La structure pour relier ce toit au stade coûte 50 millions $. Si vous ajoutez du chauffage, c’est un autre 50 millions $.»

Quant au stade comme tel, le coût de construction actuel est d’environ 600 $ du pied carré.

«Sans toit, précise Santee. En prenant ce chiffre, un stade de 600 millions $ équivaudrait à un stade d’un million de pieds carrés. Un million de pieds carrés, c’est un peu plus gros que ce nous avons fait au Marlins Park [Miami], au PNC Park [Pittsburgh] et au Oracle Park [San Francisco]. Pas de beaucoup : ils sont tous au-delà de 900 000 pieds carrés.»

Mais Santee ajoute qu’on peut bâtir plus petit.

«On pourrait bâtir un stade d’environ 550 000 pieds carrés. Au Target Field, le stade occupe environ 415 000 pieds carrés, mais nous avons construit par-dessus une autoroute, une voie ferrée. Quand on calcule toutes les sections du stade, on arrive à environ 590 000 pieds carrés. Une surface d’environ 600 000 pieds carrés est un bon point de départ.»

À Montréal, le terrain visé par Bronfman fait près d’un million de pieds carrés, ce qui est donc amplement suffisant.

«Il faut y aller avec un projet simple comme Target Field, Oracle Park, ou [Oriole Park at] Camden Yards : une bâtisse en vieilles briques industrielles, du gazon naturel, un design simple, old school, estime notre ex-dirigeant de la MLB, qui connaît bien la ville. C’est ce qui va vendre à Montréal : de l’authentique. Montréal a une grande histoire, une grande histoire de baseball et une superbe architecture. Il faut tabler là-dessus.»

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Que voudraient voir les partisans?

Les experts ont beau connaître les tendances et expliquer les pour et les contre d’un toit rétractable, ce sont les partisans qui font vibrer les stades.

Que voudraient les Montréalais dans leur stade? Que recherchent les partisans qui voyagent à travers l’Amérique pour voir du baseball? La Presse canadienne a sondé deux d’entre eux, dont un qui a vu 32 stades des Ligues majeures!

Nicolas Cyr, qui a notamment connu l’expérience du Stade olympique et du vieux Yankee Stadium comme amateur, a commencé par hasard à visiter les stades lors d’un voyage à Boston en 1998.

«Les Red Sox étaient en ville et Pedro [Martinez] lançait le vendredi soir. [L’ancien Expos en était à sa première campagne à Boston.] Je ne pouvais pas manquer ça», a raconté Cyr, qui a aussi fréquenté régulièrement le SkyDome [maintenant le Rogers Centre] pendant un séjour prolongé à Toronto pendant l’été 2002.

Par la suite, il a souvent pris l’habitude d’organiser ses vacances de façon à y inclure un maximum de matchs de baseball.

«Je n’ai pas vu le Target Field ni le SunTrust Park, car c’étaient encore le Metrodome et Turner Field quand je suis passé à Minneapolis et Atlanta. C’est dans mes plans d’y retourner dans les prochaines années.»

Une dizaine de stades

Michel Corbeil est quant à lui directeur de vol pour une compagnie aérienne canadienne. Il a suffisamment d’ancienneté pour pouvoir choisir ses segments de vol. Il s’assure ainsi d’assister au plus de matchs possible.

«J’ai fait une dizaine de stades. La plus belle expérience c’est à San Francisco. C’est au centre-ville, sur le bord de l’eau, facilement accessible et à l’intérieur, c’est super beau! C’est au goût du jour : l’offre de services, la proximité du terrain, les aires ouvertes, la baie à l’arrière. C’est un beau stade. C’est certain que San Francisco, c’est une ville où le coût de la vie est très élevé et ce n’est pas à la portée de tous, mais c’est un super stade.

«Camden Yards, j’avais beaucoup aimé aussi. C’est aussi au centre-ville. Ce qui est surprenant, c’est que comme le stade est creusé dans le sol, quand tu y arrives, tu es au-dessus de la surface de jeu. Encore là, tu es très près des joueurs. C’est ce que tu veux : tu veux être dans l’ambiance.»

Ces deux mordus ne recherchent pas nécessairement l’éblouissement à chaque coup d’œil. Oui, l’architecture et le look sont importants. Mais ils souhaitent davantage que les clubs pensent au confort de leurs partisans.

«Dans le fond, ce qu’il faut, c’est un stade qui est fait pour le baseball, dans lequel tu es près de l’action, souligne Cyr. Les Montréalais n’ont jamais eu ça. Jarry a été construit à la hâte et le Stade olympique était pour les Jeux. Il suffit de mettre les pieds au Wrigley Field ou au Oracle Park pour voir la différence.»

«Le plus important, c’est l’accessibilité, note quant à lui Corbeil. Ce n’est pas nécessaire d’avoir un grand stationnement. Ce qu’il faut, c’est du transport en commun, des navettes vers le métro, etc. Il faut aussi qu’il y ait de la vie autour.»

Quant à ce qu’ils retrouvent dans les stades, les deux hommes ont des attentes très terre-à-terre.

«Des abreuvoirs un peu partout dans le stade : on ne veut pas toujours payer un prix de fou pour une bouteille d’eau, ou une boisson gazeuse, fait remarquer Cyr. Et des toilettes en grande quantité.»

«Quand tu dois y aller, tu ne veux pas rater deux manches!» confirme Corbeil.

En plus de coursives à aires ouvertes afin de voir le jeu en tout temps, l’offre de services est importante.

«Nous ne sommes plus à l’ère où on mangeait uniquement des hot dogs et buvions de la bière, raconte Corbeil. Les gens veulent avoir une offre de nourriture diversifiée, et même une offre de bières et de cocktails diversifiée. Comme à San Francisco, par exemple, où on a installé un pub irlandais à l’intérieur. Certains stades sont équipés de salles d’activités pour les enfants. Il faut que ça devienne un événement, pas juste une game de baseball. Il faut que les gens arrivent tôt, qu’ils puissent avoir accès aux entraînements au bâton.»

Finalement, les environs des stades jouent pour beaucoup dans l’atmosphère qui règne dans ceux-ci.

«Autour du Stade olympique, il n’y a rien à faire! Il faut que tu ailles sur la rue Ontario si tu veux quelque chose, indique Corbeil. Il faut que le Groupe de Montréal soit prêt à développer tout le quartier, pas juste planter un stade de baseball au milieu de nulle part. [...] Il faut que ce soit une expérience d’aller au stade. Comme ils ont fait avec l’Ice District à Edmonton. Le centre-ville a été complètement refait autour du nouvel aréna des Oilers, le casino y a été réaménagé, ils ont installé un secteur de restaurants et de bars : ils ont complètement revitalisé le secteur et c’est maintenant très achalandé, comparativement à il y a 10 ou 15 ans. [...] C’est ce qu’on veut : que les gens y aillent.»

Ça prend un toit?

«Rétractable sans aucun doute, affirme Cyr. Mais pas nécessairement un dôme comme à Houston ou Phoenix. J’ai adoré à Seattle où c’est comme un parapluie indépendant à la structure du stade. Ce n’est pas fermé hermétiquement.»