Le professeur titulaire et directeur de l’Observatoire international en management du sport à la faculté des sciences administratives (FSA) à l’Université Laval, Frank Pons.
Le professeur titulaire et directeur de l’Observatoire international en management du sport à la faculté des sciences administratives (FSA) à l’Université Laval, Frank Pons.

Sports professionnels: modèles à revoir...si la crise perdure

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
Il ne possède pas de boule de cristal, mais depuis le temps qu’il observe le fonctionnement du sport professionnel, Frank Pons estime que les clubs sportifs nord-américains sortiront probablement mieux de la crise provoquée par la pandémie de la COVID-19 que certains de leurs homologues européens.

«Je suis plus inquiet pour les événements et les ligues qui dépendent majoritairement de la bulle médiatique et des droits de télévision, comme c’est le cas dans certains pays européens, par exemple. Si la crise perdure, ça pourrait aussi être dangereux pour des ligues mineures professionnelles», expliquait le professeur titulaire et directeur de l’Observatoire international en management du sport à la faculté des sciences administratives (FSA) à l’Université Laval.

Il participait, cette semaine, au webinaire organisé conjointement par la FSA de l’UL et Le Soleil ayant pour thème «De Roland-Garros à l’Impact de Montréal, qu’arrivera-t-il aux modèles d’affaires du sport professionnel dans l’après COVID-19» en compagnie de son collègue Lionel Maltese, professeur associé à la Kedge Business School, à Talence, en France, et membre du comité exécutif de la Fédération française de tennis, dont les revenus proviennent à 93 % des profits du célèbre tournoi de Roland-Garros, l’un des quatre faisant partie du Grand Chelem.

«Un changement de modèle plus équilibré en sources de revenus serait idéal, mais si la crise ne dure que six mois, je ne suis pas sûr qu’on va les changer parce que la gourmandise sera toujours présente», ajoutait le spécialiste qui étudie le milieu depuis 25 ans.

Ligues européennes

Il cite des ligues européennes de soccer qui reprennent du service, même sans spectateurs, afin de limiter leurs pertes puisqu’elles vivent aux crochets des droits de diffusion, comme la Bundesliga, en Allemagne. En France, par exemple, les pertes sont énormes puisque les clubs, qui fonctionnent de manière indépendante, vivent pour la plupart à crédit avec les droits saisonniers qu’ils reçoivent. Bref, l’argent prévu est déjà dépensé…

De ce côté de l’Atlantique, l’impact pourrait toutefois se faire sentir lorsque les différentes ligues professionnelles relanceront leurs activités d’ici la fin de l’été. Il risque d’y avoir beaucoup de monde à la ligne de départ.

«Les amateurs auront l’embarras du choix. Ils ne pourront pas regarder du sport de 14h à 23h, sans arrêt. Il y aura un effet entonnoir, sans oublier que les gens pourront eux-mêmes pratiquer le sport. Quelles seront les cotes d’écoute si tout le monde joue en même temps? Quelle sera la place de chacun?» se demandait-il.

Les associations ayant des assises financières plus faibles et délicates et fonctionnant en silo auront de la difficulté à traverser le désert sportif actuel. Par contre, les ligues qui s’entendent bien et travaillent en équipe, et dont les ressources sont bien regroupées, comme en Amérique du Nord, en sortiront plus fortes, soutenaient les deux experts.

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UNE LONGUE CRISE FERAIT MAL AUX CAPITALES

Près de nous, les Capitales de Québec se retrouvent dans une situation délicate parce la crise actuelle n’en est pas une sportive, mais sociale. Le club de baseball espère encore pouvoir disputer sa première saison dans la Ligue Frontier, d’où le report de la date butoir du 1er juin pour en arriver à une décision définitive.

«J’adore les Capitales, il s’agit d’un très beau succès au niveau marketing. Les gens ne vont pas au stade juste pour le baseball, mais pour l’expérience qu’ils peuvent y vivre, ils ont créé un beau tissu de relations entre eux, leurs partenaires et les spectateurs. Ils avaient le vent dans les voiles, mais il n’y a plus de momentum, présentement, et pour cette année, leur modèle est mort. Pour eux, qui misent sur les commandites, la billetterie et la relation avec les partisans pour fonctionner, une crise de deux ans serait beaucoup trop longue à soutenir», souligne Frank Pons, en entrevue avec Le Soleil en marge avec le webinaire tenu cette semaine.

Selon lui, seul un vaccin pourrait permettre une reprise rapide sans trop de dégâts, autant pour les Capitales, les autres clubs de la région et les ligues professionnelles à travers le monde.

«Le sport amène les gens ailleurs, ils en ont besoin, et le jour où ça reviendra sécuritaire, les arénas et les stades seront pleins, j’en suis certain. Par contre, j’espère que toutes les ligues et les équipes auront un plan de contingence en cas d’une nouvelle pandémie. Car pour celle-ci, personne n’était préparé à cela», ajoute le professeur à la faculté des sciences administratives de l’Université Laval.

À ses yeux, il est illusoire de croire à un retour de la LNH à Québec, à court terme, bien qu’un bémol s’impose. «Ce n’est pas réaliste, et si les activités reprennent comme avant dans six mois, on n’en parlera pas. Par contre, Québec pourrait être une bonne solution de remplacement si jamais la crise devait durer plus longtemps. On verra bien», ajoutait Frank Pons, sans vouloir créer d’espoir aux partisans qui rêvent de revoir les Nordiques dans la capitale. Carl Tardif