Mikaël Kingsbury

S'inspirant du Big Air et du slopestyle, Kingsbury repousse les limites

MONTRÉAL — Un champion sait qu'il doit constamment se réinventer afin de se maintenir au sommet. Mikaël Kingsbury l'a compris depuis longtemps et c'est pour cette raison qu'il est récemment allé piger son inspiration dans d'autres disciplines.

Après avoir modifié son entraînement estival l'année dernière afin de réduire sa masse musculaire - et de ménager ses articulations, dont ses genoux -, le 'King des bosses' réserve une autre surprise à ses adversaires cette saison. Depuis un an, il travaille avec le skieur canadien Dean Bercovitch, qui a fait sa marque dans les épreuves de Big Air et de slopestyle.

«Nous étions des adversaires plus jeunes - nous avons le même âge -, à l'époque où il faisait encore du ski de bosses. J'ai discuté avec mes entraîneurs, et nous savions très bien que c'était l'un des gars qui comprenait très bien notre sport et l'orientation spatiale. Avec le recul, ç'a été une très bonne décision.»

L'expertise qu'a développée Bercovitch au fil de sa carrière dans ces deux disciplines acrobatiques a été mise à bon escient. D'ailleurs, il ne serait pas étonnant que ce partenariat inusité ait permis à l'athlète de Deux-Montagnes de repousser, une fois de plus, les limites de son sport.

«C'est très rare, mais parfois il y a des choses que je ne comprends pas lorsque je suis dans les airs, ou des sensations qui m'échappent, alors lui (Bercovitch) peut l'essayer et me dire ensuite si ça fonctionne ou non. Ça fait environ un an que je travaille avec lui, et nous avons développé certains nouveaux petits trucs, qui vont rester dans ma poche arrière jusqu'à ce que j'en aie besoin (pendant une compétition)», a récemment expliqué Kingsbury.

Le principal intéressé a souligné qu'il avait peaufiné au cours de l'été son fameux saut 'Cork 1440'. Le Québécois a été le premier à le réussir en compétition officielle de la Coupe du monde l'hiver dernier à Tazawako, au Japon.

«J'ai beaucoup plus de sauts avec des 'grabs' - c'est surtout là-dessus que j'ai travaillé cet été -, et je suis maintenant beaucoup plus à l'aise lorsque je dois 'graber' mes skis, a-t-il assuré. C'est 'cool', parce que je crois que cette année, ils (ces sauts) vont payer un peu plus.

«Je ne veux pas arriver en retard; je ne veux pas que les autres se mettent à faire des sauts avec des 'grabs' et que je doive faire du rattrapage. Je préfère travailler ça immédiatement, et d'ailleurs ça ne m'étonnerait pas que j'en sorte un (saut avec des 'grabs') dès la première Coupe du monde», a-t-il poursuivi.

Celle-ci aura lieu le 7 décembre à Ruka, en Finlande, l'un des endroits où il a connu le plus de succès en carrière. Le médaillé d'or des bosses aux Jeux olympiques de Pyeongchang vivra une autre étape importante cette saison au moment de s'élancer sur cette piste qu'il affectionne tant.

«Ç'a toujours été spécial pour moi, en Finlande. J'ai obtenu mon premier podium à Ruka, j'ai porté mon premier maillot jaune, j'ai battu le record d'Edgar Grospiron là-bas et j'y ai signé ma 50e victoire en carrière, a-t-il énuméré. C'est une piste qui convient parfaitement à mon style de ski, donc j'ai vraiment hâte à mon 100e départ en carrière.»

L'auteur de 56 victoires en carrière sur le circuit de la Coupe du monde a d'ailleurs assuré qu'il a pris toutes les précautions nécessaires afin d'en garder un bon souvenir.

«Je suis prêt à 100 pour cent. Ça pourrait commencer demain que je serais déjà prêt à gagner», a-t-il conclu.

Qui sera le successeur de Kingsbury?

Les bosseurs canadiens ont toujours fait partie de l'élite de leur sport, et encore davantage au cours de la dernière décennie - qui a été dominée successivement par Alexandre Bilodeau et Kingsbury. Mais qui sera le digne successeur du détenteur de huit globes de cristal au cours de la prochaine décennie?

«Gabriel Dufresne est très solide, Elliot Vaillancourt, Laurent Dumais et Kerrian Chunlaud; tous ces gars-là sont prêts à faire le saut, a énuméré Kingsbury. Ils ne seront peut-être pas tout de suite dominants sur le circuit de la Coupe du monde, mais ils ont le niveau de ski pour être en finale. C'est maintenant à eux de le prouver.»

Kingsbury concède cependant que l'équipe masculine n'est pas encore arrivée à maturité, et qu'il faudra donc être encore un peu patient avec elle.

«L'équipe est encore très jeune; selon moi plusieurs des gars sont sur le point de se faire un nom sur le circuit de la Coupe du monde, a noté Kingsbury. Évidemment, il n'y a pas encore de gars qui sont régulièrement en super-finale, mais il suffit qu'ils réussissent de bonnes performances sur une base régulière pour qu'ils se fassent un nom auprès des juges.»

Pour sa part, l'ex-bosseur Jean-Luc Brassard, qui est maintenant chroniqueur à la radio de Radio-Canada, reconnaît qu'il y a un potentiel intéressant au sein de l'équipe masculine, mais croit que le temps est venu pour certains espoirs d'éclore.

«Il commence à être temps que quelqu'un accomplisse des résultats derrière Mikaël; parce qu'il ne sera pas là éternellement, a dit Brassard. Ça prend une relève derrière lui, pour recréer le même dynamisme, la même roue qui a propulsé l'équipe canadienne de bosses depuis nombreuses années.»

Brassard, qui suit toujours attentivement les activités en ski acrobatique, a ajouté qu'il surveillera particulièrement la progression de Maia Schwinghammer, du côté féminin, car «beaucoup d'espoirs sont fondés sur elle».