Simon Yates a terminé l'épreuve de samedi en troisième place, à 23 secondes du gagnant Enric Mas (Quick Step), pour concrétiser sa victoire à la Vuelta.

Simon Yates, l'héritier en rouge de la couronne britannique

LA RABASSA — Lauréat sauf accident de son premier Tour d’Espagne, Simon Yates s’apprête à confirmer dimanche la mainmise britannique sur les Grands Tours de trois semaines, des épreuves d’endurance où l’Anglais et son jumeau Adam font figure d’héritiers des trentenaires Chris Froome et Geraint Thomas.

Les cinq dernières éditions de ces grandes courses de trois semaines (Tours de France, d’Italie et d’Espagne) ont toutes été confisquées par des Britanniques: Froome sur la Grande Boucle 2017, la Vuelta 2017 et le Giro 2018, Thomas sur le Tour 2018 et désormais Simon Yates, impérial sur les routes espagnoles où il s'est approprié le maillot rouge de meneur.

Simon Yates s'est assuré le titre 2018 à l'issue de la 20e étape arrivant au col de la Gallina, où le jeune Espagnol Enric Mas a pris date: victoire d'étape et deuxième place finale. Yates, porteur du maillot rouge pendant 10 jours, a parfaitement géré son effort dans cette étape reine comportant six ascensions répertoriées et placée à la veille de l'arrivée à Madrid. L'Anglais a terminé à la 3e place de la journée derrière Mas (Quick Step) et le Colombien Miguel Angel Lopez (Astana), qui l'accompagneront dans cet ordre sur le podium final dimanche.

«Le cyclisme britannique a parcouru un long chemin sur les 10 dernières années. J’espère perpétuer cette tendance», avait commenté Yates jeudi, avant d’assurer sa victoire finale avec maîtrise samedi en Andorre.

Petite nuance, la Vuelta 2018 n’a pas été décrochée par la toute-puissante équipe britannique Sky, mais par la formation australienne Mitchelton-Scott, où les frères Yates (26 ans) évoluent depuis 2014.

Il n’empêche que Simon Yates reste un produit de la très volontariste formation mise en place par la fédération britannique (British Cycling) et il a d’abord brillé sur la piste chez les jeunes... comme un certain Geraint Thomas.

Ressemblance

Venus au cyclisme en suivant l’exemple de leur père John, les jumeaux Yates cultivent leur ressemblance physique sur le vélo, même si Adam, jugé plus extraverti, porte parfois la barbe de trois jours. Quant à leur parcours, il a longtemps divergé.

Alors qu’Adam, recalé des filières fédérales britanniques, a rebondi en France à Troyes puis au CC Etupes, Simon a rapidement brillé en cyclisme sur piste: champion du monde juniors du madison en 2010, champion du monde de la course aux points en 2013...

Un contrôle positif en 2016 à la Terbutaline, une substance utilisée pour traiter l’asthme dont son équipe avait omis de déclarer l’usage médical, lui a toutefois valu quatre mois de suspension pour dopage «non-intentionnel».

Cela n’a pas entravé sa progression puisqu’en 2017, un an après le maillot blanc de meilleur jeune du Tour de France conquis par son frère Adam, ce grimpeur de poche (1,72 m, 58 kg) a à son tour remporté la prometteuse tunique.

Installé en Andorre depuis 2015, le natif de Bury, près de Manchester, semble taillé pour les Grands Tours: grimpeur endurant, puncheur capable de semer ses adversaires et rouleur honorable qui a signé mardi le très bon 13e temps d’un contre-la-montre pour grosses cylindrées.

«J’ai toujours eu confiance dans mes capacités. Je crois que j’ai une grande capacité à rouler contre-la-montre, et même si tout le monde pense le contraire, je m’améliore peu à peu», a résumé Yates, qui a fait preuve d’un fort caractère sur les routes ibériques.

«I’ll be back»

Ainsi, il n’avait pas hésité à répliquer vertement à l’équipe espagnole Movistar qui l’accusait de ne pas assumer son rôle de leader du classement général dans la poursuite des échappés.

«Nous avons contrôlé la course pendant 100 km, Movistar seulement pendant 80 km, faites le calcul», avait grincé le Britannique un soir d’étape. 

«S’ils (les Movistar) ont un problème, ils n’avaient qu’à prendre le maillot lors d’un sprint de bonification.»

L’Anglais, qui vient de prolonger avec l’équipe Mitchelton-Scott jusqu’en 2020, estime que sa nette domination sur la Vuelta 2018 est le fruit d’une maturation constante: 6e de la Vuelta 2016, 7e du Tour 2017, longtemps maillot rose du Giro 2018 avant de s’effondrer en dernière semaine...

«J’ai toujours été dans le coup. Avec l’âge, je progresse, voilà tout», a-t-il expliqué vendredi.

Sa désillusion finale sur le Tour d’Italie en mai aurait pu le faire douter de ses chances de gagner un jour un Grand Tour. Mais il avait aussitôt prévenu: «I’ll be back» («Je reviendrai»). Et le voilà récompensé en ajoutant à la couronne britannique un nouveau joyau, la Vuelta, où il succède au palmarès à Chris Froome.

«C’est l’une des plus grandes courses qui existe, c’est presque l’apogée de ce sport», a-t-il savouré.