Mikhail Sergachev n’aura qu’à en ajouter deux à sa fiche, dans la deuxième moitié de la saison, pour égaler le record absolu.

Sergachev a trouvé sa place à Tampa

TAMPA — Mikhail Sergachev sait fort bien qu’il pourrait inscrire son nom dans le grand livre des records de la LNH d’ici la fin de la saison. Il n’a pourtant pas l’air trop emballé par cette perspective.

«Ne vous méprenez pas. C’est cool d’y penser. Je ne saute quand même pas sur la patinoire, chaque soir, en me disant que je vais essayer de marquer le but de la victoire. Je veux juste jouer du mieux que je peux et marquer le plus de buts possible. J’ai été chanceux, jusqu’à maintenant. Souvent, mes buts ont fait la différence dans des matches que nous avons gagnés», raconte le jeune défenseur du Lightning.

Le prodige de 19 ans a inscrit, le 16 décembre dernier, son cinquième but victorieux de la saison.

Dans les 100 années d’histoire de la LNH, seulement deux défenseurs ont réussi à en marquer autant à leur première année.

Shayne Gostisbehere a réussi l’exploit, à Philadelphie, en 2016.

Gord Fraser, un gaillard originaire de Pembroke, dans la vallée de l’Outaouais, l’a fait en 1927. Il portait alors les couleurs des Black Hawks de Chicago.

Sergachev n’aura qu’à en ajouter deux à sa fiche, dans la deuxième moitié de la saison, pour égaler le record absolu.

Dion Phaneuf a inscrit sept buts décisifs, en 2005-06, quand il a donné ses premiers coups de patin dans l’uniforme des Flames de Calgary.

Sergachev ne fait pas grand cas de toute cette histoire.

Certains de ses coéquipiers, en revanche, trouvent que tout ça en dit long sur lui.

«Ça nous démontre, clairement, qu’il n’a peur de rien», estime Victor Hedman.

Le grand Suédois de 27 ans, qui s’est retrouvé parmi les trois finalistes pour l’obtention du trophée Norris l’an dernier, est en train de devenir un fan de son nouveau coéquipier.

Jeudi matin, dans le vestiaire du Lightning, Hedman a pris le temps de nous décrire, avec précision, un autre but marqué par Sergachev, tout récemment.

Trois forces

Le 9 décembre, dans une victoire à domicile contre les Jets de Winnipeg, le gamin a traversé la zone d’attaque d’un bout à l’autre avec un autre marchand de vitesse, Nikolaj Ehlers, à ses trousses. Il a réussi à se débarrasser de son couvreur en pivotant sur lui même, tout en conservant une seule main sur son bâton. Il a complété sa manœuvre en décochant un tir balayé qui n’a laissé aucune chance au gardien Connor Hellebuyck.

«Dans cette courte séquence, Mikhail nous a montré à peu près tout ce qu’il fait de mieux. Il ne panique jamais quand il contrôle la rondelle. Il protège très bien la rondelle. Il décoche de bons lancers qui surprennent la défensive adverse», raconte Hedman, une étincelle dans le regard.

«Je n’avais jamais vu Mikhail à l’œuvre avant le début du camp d’entraînement. Il n’a certainement pas mis trop de temps à nous convaincre de son immense talent. J’espère que nous serons coéquipiers pendant un long moment.»

Le fan club de Sergachev, dans le vestiaire du Lightning, n’est pas l’affaire d’un seul homme.

Le Québécois Yanni Gourde parle aussi avec beaucoup d’admiration du joueur qui est arrivé par voie de transaction l’été dernier.

«Il est incroyable. Vraiment, vraiment bon. Il voit des choses que personne d’autre ne voit quand il se trouve sur la patinoire», estime-t-il.

Sergachev n’a pas nécessairement trouvé un mentor à son arrivée en Floride. «Je dirais que tous les vétérans ont quelque chose à m’apporter», dit-il.

Gourde confirme que c’est bel et bien le cas.

«Il est clairement à l’aise. Il est à sa place, ici. Tous les gars l’aiment.»

Hedman sert quand même une mise en garde à la recrue. Tout ne sera pas toujours facile.

«Il vivra des hauts des bas, comme tout le monde. Il n’est vraiment pas facile de maintenir un haut niveau de jeu, dans la meilleure ligue au monde, pendant 82 parties.»

Hedman est bien placé pour parler. Il avait lui-même 19 ans, en 2009, quand il est arrivé à Tampa.