Sébastien Turgeon est un homme d’affaires accompli dans la région de Mont-Tremblant où, en plus d’être copropriétaire du bar Le Petit Caribou, une institution, il est courtier immobilier.

Sébastien Turgeon: une nouvelle renommée

Installé dans la région de Mont-Tremblant depuis presque un quart de siècle, Sébastien Turgeon y est une figure aussi connue qu’il l’était au Relais et au mont Sainte-Anne du temps où il portait les couleurs de l’équipe du Québec de ski alpin et qu’il brûlait les pistes grâce à ses performances. Aujourd’hui, cependant, ce n’est plus le skieur que l’on reconnaît. L’athlète a été éclipsé par l’homme d’affaires prospère qu’il est devenu.

«Ce n’est pas toutes les personnes que je croise qui savent que j’ai atteint un certain niveau dans le monde du ski, confie l’ex-athlète. Et certains sont très surpris quand ils l’apprennent. Si je suis très connu à Tremblant, c’est à cause de mon travail de courtier immobilier et de mon implication dans le bar Le P'tit Caribou où, à une époque, j’étais là sept jours sur sept.

«C’est drôle parce plus jeune, j’étais le frère de Mélanie. Quand elle s’est installée à Tremblant après sa retraite, ça faisait déjà quelques années que j’y étais. Et tout le monde me connaissait. Et elle se faisait demander si elle était ma sœur. Encore aujourd’hui, à Tremblant, Mélanie, c’est la sœur à Sébastien [rires]! Et même si ma carrière de skieur tombe de plus en plus dans l’oubli, je n’ai pas de regrets car c’est elle qui m’a permis de devenir la personne que je suis.»

C’est à la fin de l’année 1995 que Turgeon, à l’invitation de son ami Robert Séguin qui lui offrait un emploi dans sa boutique d’équipements de ski, s’est installé à Tremblant. Informé que le bar Le P'tit Caribou avait besoin d’une personne afin de prendre charge des affaires de l’établissement, il a proposé ses services. Quelques mois plus tard, il en devenait copropriétaire.

«Je me suis beaucoup impliqué. Les chiffres d’affaires ont augmenté. Le P'tit Caribou, c’est une institution à Tremblant. Au fil des années, on a été nommé le bar après-ski par excellence en Amérique du Nord à plusieurs reprises. Forbes Magazine nous a cotés quatrième meilleur bar après-ski, etc. En 2015, après une restructuration, nous sommes restés trois copropriétaires. On en a profité pour revamper le bar.»

Parallèlement, Turgeon a obtenu sa licence de courtier immobilier en 2010 où il a profité de la notoriété qu’il avait acquise au P'tit Caribou. «Comme les gens me connaissaient, plusieurs n’ont pas hésité à me faire confiance. Ils m’ont aidé et ils ont travaillé avec moi.»

Recrue de l’année au Québec chez Royal Lepage, Turgeon n’a jamais cessé de s’imposer depuis. Dernièrement, il a quitté Royal Lepage et s’est s’associé avec les Versants mont Tremblant.

«Une entreprise familiale. On a une belle petite équipe. Et l’économie est bonne à Tremblant. Ça va vraiment très bien. Même si je suis toujours copropriétaire du P'tit Caribou, ma job principale, c’est celle de courtier. Ce n’est pas moi qui gère le bar. Je me contente d’aller y faire un tour avec des amis ou des clients.»

Belles récompenses

Dominant au niveau provincial et promis à un bel avenir, Sébastien n’aura jamais réalisé son rêve de faire l’équipe nationale. Victime de blessures sérieuses qui ont ralenti sa progression, il a dû se résigner à demeurer dans l’équipe du Québec qu’il a quittée dans les années 90.

«Au début, j’ai ressenti beaucoup de frustration. Quand tu es un athlète, tu veux toujours performer et accéder à un plus haut niveau. Mais avec le recul, j’ai accepté ce qui m’était arrivé. L’équipe nationale, c’est une business dans un sens. Elle ne pouvait pas prendre un athlète qui avait de bons résultats, mais qui était hypothéqué au niveau de sa santé comme je l’étais à cause de toutes les blessures que j’avais eues. Des blessures faisant en sorte que les skieurs sur l’équipe avaient une coche de plus que moi.

«Il fallait que je regarde la réalité en face. Skier, ça coûtait très cher. Et ce n’était pas facile financièrement pour mon père. J’avais moins de plaisir. Le temps état venu de passer à autre chose.»

Le ski ne fut pas que cruel pour Turgeon. Il lui a permis, même à la retraite, de vivre des expériences inoubliables. Trois fois il a eu l’occasion d’aller au Japon toutes dépenses payées où il a travaillé notamment sur les pistes comme bénévole lors des Jeux olympiques de Nagano où il fut aux premières loges des courses de Mélanie. Et deux fois il a représenté le Canada à des compétitions en Corée.

Les années ont passé et Turgeon a toujours autant de plaisir sur ses planches, même s’il choisit ses journées pour skier. Pas question d’aller dans les pentes quand il fait -20 oC ou quand c’est trop venteux.

«Quand je sais que mes skis sont bien aiguisés et bien cirés et que je suis dans une piste qui me donne du challenge, je vais faire des virages de géant ou de super géant à haute vitesse et je vais m’amuser à me faire peur. Et c’est agréable. Et quand j’ai la chance d’aller en Europe avec des amis, on demande au guide de nous emmener en hors piste.

«Skier, pour moi, c’est cependant plus qu’un sport. Quand j’attends en ligne pour prendre la remontée, c’est aussi une occasion exceptionnelle de faire des relations publiques pour Le P'tit Caribou ou l’immobilier. C’est génial.»

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Faits marquants

R  Quand Mélanie et moi on a gagné les championnats canadiens (Tremblant 1993). Encore à ce jour, nous sommes le seul duo frère-sœur à avoir réalisé cet exploit. Et la course que j’ai remportée à un championnat junior américain. Ça n’était jamais arrivé qu’un Canadien obtienne une victoire à ces championnats.

Q  Ce dont tu t’ennuies le plus

R  L’adrénaline que l’on ressent juste avant un départ. Quand, par exemple, tu es à deux minutes de ton départ, que tu sens l’adrénaline commencer à grimper et que, finalement, tu embarques dans la porte de départ, que tu entends : «Are you ready? Go!» et que tu t’élances en piste. Ce flot-là d’énergie qui te passe dans le cœur, dans la tête, dans les orteils... Ça, je m’ennuie de ça.

Q  Ce dont tu ne t’ennuies pas

R  Avoir les orteils gelés parce qu’il fait -35.

Q  Idoles de jeunesse

R  Alberto Tomba, Marc Girardelli et tous les Norvégiens, les Pirmin Zurbriggen de ce monde.

Q  Dans 10 ans

R  Dans 10 ans, je me vois encore bien établi à Tremblant. J’adore ma job, j’adore la région. J’espère pouvoir continuer à voyager comme je le fais et pouvoir découvrir d’autres montagnes de ski que je n’ai pas eu la chance de voir encore.