Après la découverte d’un vaste système de dopage en marge des Jeux d’hiver de Sotchi, en 2014, le CIO a imposé à tous les athlètes de Russie désirant participer aux JO de Pyeongchang de montrer patte blanche.

Russie: le boycott des Jeux de PyeongChang est de nouveau d’actualité

Plusieurs des espoirs de médailles de la Russie en vue des prochains Jeux d’hiver, dont le sextuple médaillé d’or en patinage de vitesse Viktor Ahn, ont été exclus des Olympiques de PyeongChang, conséquences du scandale de dopage qui a frappé le pays, si bien que le possible boycott de ces JO alimente de nouveau les discussions.

Déjà dépouillée en raison de diverses suspensions pour dopage et forcée de participer sous drapeau neutre, la délégation russe pourrait maintenant disputer les JO sans ses meilleurs skieurs, patineurs artistiques et glisseurs après que ces derniers n’eurent pas obtenu l’aval du Comité international olympique (CIO).

Cinq hockeyeurs ont également été écartés, dont les ex-joueurs de la LNH Sergei Plotnikov, Valeri Nichushkin et Anton Belov.

Ces exclusions ont ravivé les discussions au sujet d’un éventuel boycott des Jeux, bien que le ministre des Sports, Pavel Kolobkov, eut déclaré mardi que la décision de participer aux JO prise par les athlètes et dirigeants russes le mois dernier tenait toujours.

Le président de la commission sportive du Parlement russe a toutefois indiqué à l’Associated Press que le pays devait «défendre son honneur».

«On s’en est pris au drapeau russe, à son hymne. On a tenté de pousser la Russie à boycotter les Jeux. (...) Maintenant, il s’agit d’une deuxième tentative, d’une tyrannie. Une tentative de diviser les athlètes qui ont su conserver une réputation sans tache, a déclaré Mikhail Degtyarev. Je ne suis pas personnellement pour un boycott. Je trouve cela contre-productif. Mais nous devons défendre notre honneur.»

La Fédération russe de patinage artistique a affirmé que le CIO tente de provoquer un boycott de la part de la Russie. Elle s’est dite «grandement déçue de cette décision sans fondement du CIO, qui ressemble à une provocation ayant pour objectif de forcer les athlètes russes à décliner une invitation pour les JO à tout prix».

Le Comité olympique russe a indiqué mardi qu’en plus d’Ahn, le fondeur Sergei Ustyugov et le biathlonnien Anton Shipulin ont été jugés inadmissibles par le CIO. D’autres dirigeants ont ont indiqué que cinq hockeyeurs, la double médaillée en patinage artistique Ksenia Stolbova, ainsi que plusieurs autres patineurs de vitesse ont été exclus.

Après la découverte d’un vaste système de dopage en marge des Jeux d’hiver de Sotchi, en 2014, le CIO a imposé à tous les athlètes de Russie désirant participer aux JO de Pyeongchang de montrer patte blanche. Ils doivent être approuvés par une commission du CIO, qui examine leurs antécédents en matière d’antidopage avant de pouvoir être invités à rejoindre les athlètes olympiques de Russie.

Le vice-président du comité russe, Stanislav Pozdnyakov, a indiqué par communiqué qu’il n’avait pris connaissance de ces exclusions que lors de négociations avec le CIO, lundi. Il a alors prié le CIO de lui fournir des explications. Il a ajouté qu’Ahn, Ustyugov et Shipulin «n’ont jamais été impliqués dans des cas de dopage et que les nombreux échantillons qu’ils ont fourni au cours de leur carrière prouvent qu’ils sont propres».

Pozdnyakov dit souhaiter que la décision du CIO puisse être renversée

L’Union soviétique a boycotté les Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984, après que les États-Unis eurent fait de même lors des Jeux de Moscou, quatre ans plus tôt.

Le CIO a refusé de commenter les cas de façon individuelle, pas plus qu’il n’a précisé les raisons expliquant l’exclusion de ces athlètes.

«En étudiant attentivement toutes les preuves disponibles, nous souhaitions être absolument certains qu’il n’y aurait pas le moindre doute contre les athlètes invités», a expliqué Valérie Fourneyron, qui président la commission du CIO chargée de décider quels athlètes de Russie seront aux Jeux.

«Le fait de ne pas être inclu dans la liste ne veut pas nécessairement dire qu’un athlète est dopé. Cela ne devrait pas immédiatement remettre en doute son intégrité. Le CIO tient à préciser qu’il pourrait y avoir d’autres enquêtes ou d’autres mesures antidopage prises contre certains des athlètes dont le nom ne figure pas sur la liste des athlètes considérés pour invitation.»

Vendredi, le CIO a retranché 111 athlètes à la liste initiale de 500 noms soumis par la Russie, sans divulguer les athlètes ainsi écartés. Les dirigeants russes souhaitent envoyer une délégation de 200 athlètes en Corée du Sud. Il s’agirait d’un groupe moins important que celui qui a pris part aux JO de Sotchi, mais plus imposant que celui de Vancouver 2010.

Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a indiqué mardi que Moscou attendait des éclaircissements du CIO avant de commenter.

«Nous avons vu ces rapports déplorables dans les médias, a-t-il dit. Si de telles décisions ont été prises, nous le regrettons amèrement. Nous sommes en contact avec le CIO. Nous souhaitons que ces contacts aideront à clarifier la situation autour des athlètes de premier plan dont les noms ont été mentionnés.»

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L'ABSENCE DU FONDEUR SERGEY USTIUGOV ÉTONNE HARVEY

Alex Harvey s’étonne de l’absence annoncée de l’un de ses plus redoutables adversaires, Sergey Ustiugov, aux Jeux olympiques de PyeongChang. 

Les noms de certains athlètes russes exclus des JO ont commencé à être révélés, mardi, mais il plane malgré tout une aura de mystère sur toute l’histoire.

Plusieurs grands noms du sport russe feraient partie des exclus, dont le vice-champion du monde de biathlon Anton Shipulin et le sextuple médaillé d’or olympique sur courte piste Viktor Ahn. 

Ustiugov y figure aussi. Le champion du Tour de ski 2017 n’a pourtant jamais échoué à un test pour produits dopants, rappelle Harvey. Du moins officiellement.

«S’il est sur la liste des 111 qui ne peuvent pas y aller, [le CIO] a dû avoir des preuves contre lui. Mais il y a des gens qui disent qu’il n’y a aucune preuve. Si c’est le cas, je me sens vraiment mal pour lui. Mais je ne peux pas croire qu’ils font juste décider de ne pas l’inviter», a affirmé Harvey au Soleil, mardi.

Plusieurs fondeurs russes ont subi des tests positifs pour dopage dans la foulée des JO de Sotchi. Ustiugov n’a toutefois jamais été éclaboussé. «Si c’est juste parce qu’il était à Sotchi qu’il ne peut pas aller à PyeongChang, je trouve ça plate pour lui», a ajouté le Québécois, qui donnait «le bénéfice du doute» à son adversaire dans les dernières années, malgré les cas de dopage se multipliant chez les athlètes russes, en particulier en ski de fond.

Le dévoilement de quelques noms, mardi, a créé des remous en Russie, en particulier du côté du COR. «Ahn, Ustiugov et Shipulin […] n’ont jamais été impliqués dans une quelconque histoire de dopage, et tous les échantillons qu’ils ont fournis pendant leur carrière témoignent du fait que ce sont des sportifs propres», a déclaré dans un communiqué le vice-président du COR, Stanislav Pozdniakov, selon qui les décisions ne sont toutefois pas définitives.

Harvey aimerait entendre le CIO expliquer les raisons pour lesquelles ces 111 athlètes se retrouvent sur la liste des exclus.

La Russie est plongée dans l’embarras depuis la parution du rapport McLaren, en juillet 2016, qui démontrait l’existence d’un dopage institutionnalisé dans le pays, de 2011 à 2015.

Comeau, une demi-surprise

La nomination à venir d’Anne-Marie Comeau dans l’équipe olympique canadienne de ski de fond n’est qu’une demi-surprise aux yeux d’Alex Harvey. La fondeuse de 21 ans, rappelle-t-il, était une athlète très prometteuse, à l’adolescence. «À sa première année aux Mondiaux juniors, à 16 ans, elle avait fait un top 20 [18e]. Moi, à 16 ans, je finissais 44e!» illustre le champion du monde. «Elle a vraiment un super talent en ski. En ce sens-là, ce n’est pas surprenant.»

Mais Comeau s’est concentrée sur l’athlétisme dans les dernières années, délaissant le ski de fond. D’où l’effet de surprise causé par ses performances lors des sélections nationales au mont Sainte-Anne, au début du mois, où elle a décroché deux podiums. «L’athlétisme est un sport d’endurance, oui. Mais tu n’utilises pas tes bras, ce n’est pas la même chose. Ça n’arrivait pas de nulle part, mais ça reste surprenant. Je suis très content pour elle», indique Harvey, un résident de Saint-Ferréol-les-Neiges, comme Comeau.

Ski de fond Canada doit dévoiler la liste de ses athlètes olympiques le 29 janvier. Comeau rencontrera les médias de Québec mercredi.  Jean-Nicolas Patoine