Tetiana Kalachova et Christine Michelet, membres de l’équipe féminine composée de cyclistes amateures, complètent le Tour de France pour promouvoir le cyclisme féminin et le retour du Tour des femmes.

Rouler le Tour de France pour promouvoir le cyclisme féminin

LOURDES — Elles disputent toutes les étapes du Tour de France avant les hommes.

Elles gravissent les mêmes montagnes et empruntent le même parcours de 3351 kilomètres.

Sauf qu’il n’y aura pas de podium ou de bourses à leur arrivée sur les Champs-Élysées, samedi, un jour avant celle du maillot jaune à Paris.

Ce que ces 13 cyclistes amateures espèrent plutôt, c’est la reconnaissance, le respect et le retour du Tour des femmes.

«Nous voulons une course par étapes féminine avec la même couverture médiatique et la même attention que les hommes, a déclaré Tetiana Kalachova. Pas nécessairement les mêmes routes et pas nécessairement le même nombre de jours, mais avec la même appréciation.»

Kalachova et ses coéquipières se lèvent tôt tous les jours pour compléter cette épreuve de trois semaines qui représente tout un défi. Elles disputent la même étape que les hommes, un jour avant eux.

Elles ont ainsi roulé sur les pavés de Roubaix, gravi les montées intimidantes des Alpes, vu les contreforts du Massif Central, et pédalé cette semaine à travers les Pyrénées.

«Nous essayons de démontrer que les femmes, même les amateures, sans dopage ou d’aide spéciale, sont capables de ce genre d’effort», explique Kalachova.

Aucune membre de l’équipe, nommée «Donnons des elles au vélo» dans un joli jeu de mots, n’est payée.

Contrairement aux hommes, elles doivent composer avec la circulation normale sur les routes. Elles ont ainsi respiré l’air pollué des poids lourds lorsqu’elles ont quitté Carcassonne pour une étape de 218 kilomètres.

«Nous respectons les panneaux de signalisation, nous nous arrêtons aux feux rouges, nous respectons les règles», poursuit Kalachova.

Idéalement, l’équipe aimerait le retour du Tour de France féminin, couru en parallèle de l’épreuve masculine de 1984 à 1989, ou du moins une course par étapes féminine qui a la même importance que celle des hommes.

«Le cyclisme est l’un des sports inégaux», ajoute la cycliste.

Physiquement possible

Pour la vedette néerlandaise Marianne Vos, double championne olympique et triple gagnante du Giro d’Italie féminin, il ne fait aucun doute que les femmes sont physiquement capables de réaliser un Tour de France de 21 jours.

Mais Vos, qui a fait l’éloge du récent développement du cyclisme féminin, s’interroge également sur la faisabilité d’un Tour féminin, disant que cela aurait un impact sur le calendrier existant et qu’une course par étapes plus courte serait préférable.

«Bien sûr, ce serait génial d’avoir un Tour de France [féminin] pendant 21 jours. Mais je ne pense pas que ce soit la meilleure chose pour le cyclisme féminin en ce moment», a déclaré Vos.

Les organisateurs du Tour ont organisé une course féminine appelée La Course par Le Tour depuis 2014. On a eu droit cette année à une épreuve excitante d’une journée remportée à Annecy par la championne en titre Annemiek van Vleuten, mais c’est loin de satisfaire les attentes des membres de «Donnons des elles au vélo».

«Il y avait une demande pour cela à un moment donné, mais une course par étapes serait beaucoup plus intéressante», tranche Kalachova.

Le projet «Donnons des elles au vélo» a débuté avec seulement trois cyclistes féminines en 2015 et s’est développé chaque année. Cette année, des hommes se sont ajoutés à l’équipe, avec environ la moitié des cyclistes ayant déjà couru le Tour.

«Quand ça s’est concrétisé la première année, personne ne le savait. Les gens ont depuis commencé à reconnaître l’événement. L’année dernière, nous avions des mentions à la télévision française, précise Kalachova.

«Maintenant, quand nous arrivons, les gens crient et nous encouragent. Ils préparent de la nourriture pour les pauses ou à l’arrivée. Ils écrivent nos noms sur les côtes et c’est vraiment génial.»