À midi dix, mercredi, un convoi de deux autocars s’est ébranlé du PEPS de l’Université Laval. Cinquante-cinq joueurs du Rouge et Or et 18 entraîneurs et membres du personnel sont arrivés dans la capitale de l’acier en soirée. Les footballeurs de l’Université Laval disputeront la Coupe Vanier aux Mustangs de l’Université Western Ontario samedi après-midi, au stade des Tiger-Cats. Conférence de presse conjointe en matinée et remises des prix majeurs sur la scène canadienne en soirée occuperont la majeure partie de la journée de jeudi, tandis que les entraînements de révision et analyses vidéo prendront la journée de vendredi. L’alignement de chaque équipe comptera 48 joueurs en uniforme.

Rouge et Or: rappelez-vous 2008

On parle beaucoup de la puissante attaque de Western. Une production moyenne de 55 points et près de 600 verges nettes par match ne saurait mentir. Le jeu au sol s’avère leur grande force. Mais attention : rappelez-vous 2008.

L’expérience, ça ne s’achète pas. Marc Fortier est membre du Rouge et Or depuis 1996. Celui qui occupe le poste de coordonnateur à l’Université Laval depuis 2007 évite toujours de se tenir trop près de l’arbre pour éviter de ne pas voir la forêt.

«Ils ont plus couru en séries, mais ils sont aussi capables de passer le ballon», a prévenu Fortier, à la veille de partir pour Hamilton en autocar avec toute l’équipe. «En saison, ils ont été assez équilibrés, environ 55 % de course et 45 % de passe.» Au cours des trois dernières semaines éliminatoires, les Mustangs ont beaucoup plus penché vers l’attaque terrestre avec 70 % de jeux de course.

«Mais Greg Marshall n’est pas le dernier venu et leur quart-arrière [Chris Merchant] a joué à l'Université de Buffalo, il a un bon bras. Je me souviens de 2008 avec Michael Faulds, justement à la Coupe Vanier. Toute la saison, ils nous montraient des jeux au sol, au sol, au sol. Mais contre nous, ils ont passé le ballon. Jusqu’à établir un record de passes captées pour la Coupe Vanier!»

De fait, cet après-midi du 22 novembre 2008, aussi à Hamilton, Faulds avait tenté pas moins de 65 passes, le deuxième plus haut total dans l’histoire du match de championnat canadien. Pour 37 ballons captés par ses receveurs, un record qui tient encore, et 403 verges de gains aériens.

Western n’avait couru que 11 fois dans cette rencontre, dont trois portées du quart Faulds. Dans une défaite de 44-21 face au Rouge et Or. D’ailleurs, la plus forte production offensive au pointage pour le club de l’UL dans ses 10 présences à la Coupe Vanier.

Ajoutons que Marshall, l’actuel entraîneur-chef de Western, était alors aussi à la barre de l’équipe, la deuxième année de son retour chez les Mustangs.

«Avec les points qu’ils marquent et le nombre de verges, c’est assez incroyable!» concède Fortier. «Ce qu’ils font n’est pas super compliqué, mais ils le font très bien. J’ai hâte de voir comment on va se comparer, comment on va être capable de tenir devant leur front offensif.»

De l’expérience

Le Rouge et Or a affronté des lignes à l’attaque plus costaudes en cours de route, comme Concordia et Calgary, pas plus tard que la semaine passée. Concordia est justement l’adversaire qui a le plus couru cette année contre le Rouge et Or avec 30 et 34 portées dans les deux affrontements. Western se tient à 48 courses en moyenne par match depuis le début des séries.

Fortier est loin d’être désarmé avec une unité qui n’accorde que 113 verges au sol par rencontre. Et un ailier défensif étoile en Mathieu Betts qui semble décupler ses pouvoirs en rondes éliminatoires avec déjà six sacs en trois matchs, soit davantage que ses 5,5 sacs enregistrés en huit parties régulières.

«Les gars sont focus», insiste Fortier. «Ils sont habitués, on est allés l’an passé, à la Coupe Vanier. C’est sûr que ça aide! Les gars sont en mission. Ils savent ce qu’il faut faire et sont prêts à faire les sacrifices pour y arriver.»

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LES VIEUX CHUMS SE RETROUVENT

Vincent Alarie-Tardif retrouvera son ami du secondaire, Grégoire Bouchard, à Hamilton, à l’occasion de la Coupe Vanier.  Mais ils seront des ennemis lors du match le plus important de la saison.

On n’oublie jamais nos amis du secondaire. Même sept ans plus tard et à 1000 km de distance. Vincent Alarie-Tardif et Grégoire Bouchard ont joué ensemble à Chicoutimi, des bons chums de foot. Ils se retrouvent samedi comme adversaires à la Coupe Vanier.

Les Mustangs de l’Université Western Ontario ont saisi l’avantage de recruter au Québec. Les espoirs sortent des cégeps québécois plus vieux, donc plus matures physiquement et stratégiquement que ceux des high schools ontariens. Ils sont 11 joueurs de la Belle Province à porter le mauve cette saison.

Du côté du Rouge et Or de l’Université Laval, le recrutement se fait bien sûr aux quatre coins du Québec. Ce qui fait que sur le terrain du Tim Hortons Field de Hamilton, samedi, on aura droit à certaines retrouvailles.

«Vincent et moi avons joué deux ou trois ans ensemble à l’école Dominique-Racine. Deux Saguenéens qui se retrouvent en finale de la Coupe Vanier, c’est quand même particulier! Mais on va faire chacun notre travail et on va se parler après la partie», indique Bouchard, garde partant de Western qui en est à sa quatrième année d’admissibilité.

La semaine dernière, Bouchard a expliqué au collègue Serge Émond du Quotidien de Saguenay «depuis le début de la saison, il n’y a pas vraiment une défensive qui nous a arrêtés au sol et on continue à miser là-dessus. Nous sommes assez polyvalents, mais l’attaque au sol a été notre grosse force cette année».

Le gros 52 des Mustangs, membre de la deuxième équipe d’étoiles de sa conférence, a poursuivi mercredi en admettant au Soleil que Western avait été «pas mal toute seule en Ontario cette année». Le Rouge et Or sera ainsi «la meilleure équipe qu’on a affrontée à date. Ils ont beaucoup d’histoire, beaucoup de bagues. Ce sera un gros défi».

Au bout de sa course

Dans l’autre camp, Alarie-Tardif se réjouit de retrouver son vieux pote. Mais il est très conscient que les Mustangs roulent au rythme offensif de 55 points marqués par rencontre. «Va falloir arrêter ça», tranche le porteur de ballon finissant.

Depuis la polyvalente, il a recroisé Bouchard sur son chemin sportif. Au Bol d’or de première division collégiale de 2012. Le Collège Champlain-Lennox et Alarie-
Tardif s’étaient inclinés 25-19 contre le Collège Vanier et Bouchard. «Il a eu raison de nous cette fois-là, mais cette année, ça devrait être différent. Ça devrait bien aller», avance le demi à l’attaque du Rouge et Or.

Le numéro 5 disputera son dernier match universitaire, samedi. Blessé le 7 octobre, il endure depuis une cheville endolorie. D’aucuns l’on vu boiter une bonne part du match de la Coupe Mitchell, samedi dernier, à Calgary. «C’est de même à tous les matchs. Ma cheville est sensible, mais elle va tougher», assure celui qui a amassé 76 des 110 verges au sol des vainqueurs, en plus d’un touché.

«Je suis content que mon dernier match soit à la Coupe Vanier. Ce n’est pas tous les anciens qui ont eu cette chance. À mes deux premières années, j’en ai vu plusieurs finir à la Dunsmore [finale québécoise], ce qui n’est pas souhaitable. Il me reste seulement une grosse semaine de préparation et un dernier très gros match.»  Olivier Bossé

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UN DERNIER ESSAI POUR LOU

Arrivé avec le Rouge et Or en 2013, Louis-Gabriel Beaudet a attendu sa troisième campagne avant de voir du terrain.

«Ça fait 15 ans de ma vie que je donne au football et c’est ma dernière game. C’est un deuil.»

À 6’3”, 290 livres et arborant une nouvelle coiffure Mohawk, tradition qui se répète chez le Rouge et Or en cette semaine de Coupe Vanier, Louis-Gabriel Beaudet affiche une devanture d’endurci, imperturbable. Mais après le match de samedi, fort probable que le gros garçon fonde en larmes.

«Avec toutes les émotions, je ne sais pas comment je vais réagir», a admis le centre partant de l’Université Laval, avant de quitter Québec pour Hamilton. «J’aime tellement le football! J’ai commencé en cinquième année, à neuf ans, j’ai fait un camp des mini-Alouettes. Puis j’ai joué cinq ans au Séminaire Saint-François, trois au Campus Notre-Dame-de-Foy et je termine ma cinquième saison à Laval. Ça fait un bout.»

Arrivé avec le Rouge et Or en 2013, le natif de Québec a attendu sa troisième campagne avant de voir du terrain. Mais une blessure au genou a coupé court à sa saison 2015 après cinq matchs. Le joueur de ligne offensive a ainsi dû patienter à l’an dernier pour reprendre l’action et décrocher un poste de partant.

Un triplé en vue

Il pourrait conclure sa carrière avec une troisième bague de la Coupe Vanier, une rareté avec l’admissibilité universitaire limitée à cinq saisons. Beaudet et l’ailier défensif Edward Godin contemplent le triplé, en fin de semaine.

«Western possède un très bon front défensif. Leurs trois secondeurs, dont deux viennent du Québec, sont très impressionnants. J’ai joué avec Jean-Gabriel Poulin au secondaire, il est très physique et rapide à jouer le ballon. C’est probablement le meilleur groupe qu’on a affronté cette année», analyse Beaudet, néanmoins persuadé de voir son quintette tenir le mur.

Gagne ou perd, samedi soir, Beaudet sera à la retraite. Les équipes de la LCF ne se sont pas montrées intéressées. Il achève son baccalauréat en géographie. Se voit ensuite en urbanisme ou prof de géo pour allier enseignement et coaching de foot dans une école secondaire.  Olivier Bossé

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UNE SOIRÉE ROUGE ET OR?

Le Rouge et Or pourrait faire bonne figure au gala récompensant l’élite du football universitaire canadien, jeudi soir à Hamilton. Quatre hommes de l’Université Laval sont en nomination. Tout d’abord Hugo Richard, en lice pour le titre de joueur par excellence après son triomphe dans la conférence RSEQ. Ses rivaux pour l’obtention du prestigieux trophée Hec Crighton sont le receveur de passes Kurleigh Gittens Jr (Laurier), ainsi que les porteurs de ballon Dale Wright (Acadia) et Ed Ilnicki (Alberta). Dans toute la glorieuse histoire du Rouge et Or, seul Benoît Groulx a remporté cet honneur, en 2008. Les 10 dernières années ont été l’affaire des quarts-arrière, séquence qui sera stoppée si Richard fait chou blanc.

Le numéro 4 de Laval pourrait être accompagné dans l’histoire par son patron Glen Constantin, en lutte comme entraîneur de l’année. Mathieu Betts, risque quant à lui de remporter pour une deuxième année consécutive le trophée J.P.-Metras, remis au meilleur joueur de ligne. Finalement, Kean Harelimana détient une chance sur quatre d’être nommé recrue de l’année au pays. Jean-Nicolas Patoine