L'entraîneur-chef de l'équipe féminine du Rouge et Or de l'Université Laval, Helder Duarte

Mort de Helder Duarte, un «nounours» parti trop vite

Helder Duarte souriait toujours. Il adorait blaguer. Son humour est revenu constamment dans les nombreux hommages rendus jeudi. Alors que sa famille et ses proches étaient réunis à l’hôpital, quelqu’un a même lancé : «O.K., Helder. Arrête de niaiser et lève-toi!»

L’homme de soccer est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi, dans sa maison de Lac-Beauport. Crise cardiaque, 56 ans. Il était fondateur et entraîneur-chef de l’équipe féminine du Rouge et Or de l’Université Laval et directeur technique de l’Association régionale de soccer de Québec. Figure de proue du ballon rond dans la capitale depuis plus de 25 ans.

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Helder Duarte, le baveux devenu gentilhomme - Portrait

«Cet automne, comme chaque année, je lui ai demandé quand il allait moins travailler. Et pour la première fois, il m’a répondu : “Encore une année ou deux et je vais me concentrer seulement sur le Rouge et Or”», se rappelle Marie-Pier Bilodeau, ancienne gardienne étoile devenue son adjointe avec la formation de l’UL.

Bilodeau faisait partie de la garde très rapprochée de Duarte sur la pelouse, avec entre autres Samir Ghrib, qui s’occupe de l’équipe masculine du Rouge et Or, et Nabil Haned, entraîneur spécialiste des gardiens de but.

«J’ai perdu un grand ami de 30 ans, un complice. On tripait soccer du matin au soir», confie Ghrib, de son côté. «On a perdu un gros nounours, un gars apprécié de tous. Helder était un rassembleur qui n’aimait pas la chicane», dit-il encore, à propos de celui qui était l’entraîneur-cadre le plus ancien dans la région.

Gardien et mascotte

Duarte est lui-même un ex-gardien de but, position qu’il a été forcé d’adopter à 16 ans après avoir blessé... le gardien de sa propre équipe. Nouvelle affectation qui collait bien à l’époque à son aversion pour la course.

Né aux Açores, îles portugaises situées dans l’Atlantique, Duarte a déménagé à Sept-Îles avec ses parents alors qu’il avait six mois. Au début des années 1980, un tournoi de soccer à Sainte-Foy, où il reviendra s’installer plus tard, lui permettra de se faire remarquer en marquant un but comme gardien.

De là, il est recruté par les Aigles Bleus de l’Université de Moncton, où il passera sept ans, comme joueur, entraîneur et même mascotte. Il viendra ensuite s’établir à Québec en 1989 et démarrera l’équipe féminine de soccer du Rouge et Or en 1995, grâce à 2000 $ investis de sa poche.

«Dans le vestiaire, sa phrase préférée inscrite au mur était : “Tu ne sais jamais à quel point tu es fort, jusqu’au jour où être fort demeure la seule option.” Je m’en suis inspirée souvent sur le terrain, mais je ne pensais jamais l’utiliser dans ces circonstances-ci», a poursuivi Bilodeau, dans sa discussion avec Le Soleil.

Un «deuxième père»

Il a marqué plus d’une génération de joueurs et surtout de joueuses, qui le voyaient souvent comme un «deuxième père», peut-on lire et entendre un peu partout.

Comme plusieurs des meilleurs éléments de la région, Bilodeau l’a d’abord connu aux sélections régionales, puis au sein du programme soccer-études de l’école secondaire Cardinal-Roy.

Même chose pour l’analyste de soccer à la télé et à la radio Olivier Brett, originaire de Québec, qui a aussi travaillé avec Duarte comme entraîneur.

«La première fois que je l’ai vu, c’est à mon premier camp espoir, à 11 ans, au Séminaire Saint-François. J’en ai un souvenir très clair, parce que Helder portait une casquette bleue de Manchester United et j’étais un grand admirateur de cette équipe.»

«Ce que je retiens de lui, c’est sa constance. Il était toujours là. Difficile de s’imaginer le monde du soccer à Québec sans Helder», résume Brett.

Le pilote du club de football du Rouge et Or, lui, souligne que Duarte ne défendait jamais seulement son équipe ou son sport. «Les matins de Coupe Vanier, Helder m’appelait pour nous souhaiter bonne chance. Pour lui, ce n’était pas juste son équipe ou le soccer qui importait, c’était tout le programme Rouge et Or», explique Glen Constantin, arrivé à l’UL un an après Duarte, en 1996.

Gagnant de deux championnats canadiens universitaires et de plus de 300 victoires en saison extérieure, Duarte était d’ailleurs le deuxième entraîneur le plus ancien chez le Rouge et Or, après Pascal Clément (1992, volleyball masculin).

Brassard noir

En ce moment en pleine saison intérieure, ses joueuses ont décidé de quand même disputer leur match prévu dimanche après-midi, à Trois-Rivières. Elles porteront pour l’occasion un brassard noir et comptent lui rendre un hommage plus élaboré lors de leur prochain match local, le 10 mars.

«J’ai dit aux filles que si elles ne voulaient pas jouer le match de dimanche, on ne le jouerait pas. Qu’on pouvait même ne pas jouer le reste de la saison du tout! Mais elles ont décidé de continuer. C’est ce que Helder aurait voulu. C’est une façon de lui rendre hommage», ajoute Bilodeau, qui s’attend à devoir gérer «un down important» pour elle-même et les joueuses lors du retour à l’entraînement régulier, la semaine prochaine.

Et puisqu’il préférait la rigolade au silence, on a fait une minute d’applaudissement avant un match disputé jeudi après-midi, au stade intérieur de l’UL. Lui qui ne manquait jamais de promouvoir son sport, Duarte avait mercredi invité quelques journalistes à cette rencontre impliquant une équipe de Genève.

Plus que la communauté du soccer et du sport, il laisse surtout dans le deuil sa femme, France Gauthier, et leurs filles de 24 et 17 ans, Amélie et Emanuelle.

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DE NOMBREUX TÉMOIGNAGES

Comme entraîneur, Helder Duarte guidait les meilleures joueuses de soccer de la grande région de Québec depuis 25 ans. Des centaines d’athlètes d’élite sont sous le choc d’apprendre son départ si précipité. Réactions et hommages se sont multipliés de la part de ses protégées, actuelles et anciennes. En voici des extraits.

Gabrielle Carle

Helder était un homme passionné et généreux de son temps. Quand j’avais 12 ans, il m’a fait faire le tour des installations sportives de l’Université Laval et m’avait dit qu’un jour, il espérait que j’enfile le maillot du Rouge et Or. Il a toujours cru en moi, comme il a toujours cru en chacune des joueuses qu’il a entraînées.

Marie-Joëlle Vandal

Il a toujours été là pour moi quand j’ai eu des embûches. J’ai fait une dépression cet automne et même si j’étais la gardienne numéro un, il ne m’a jamais mis de pression pour que je joue au championnat canadien. Il n’a jamais semé de doute, a toujours dit que ma santé primait.

Mélissa Roy

C’est grâce à Helder si j’évolue au poste de défenseure latérale gauche. À l’âge de 12 ans, avec Chaudière-Appalaches, il est le premier à m’avoir mise à cette position, car j’étais la seule gauchère de l’équipe. Avec le Rouge et Or, il nous racontait toujours des histoires qui s’étaient passées avec les premières équipes féminines de l’Université Laval. C’était toujours drôle quand il commençait ses discours par : “En 1996...”

Rachel Collard

J’ai le cœur fracassé en 173816482 morceaux. J’aimerais reculer à mardi dernier, quand on mangeait ensemble toute la gang au stade Telus, pour te serrer fort dans mes bras et te dire bon voyage. Un privilège de t’avoir eu comme entraîneur, comme patron et comme ami. Un deuxième père. Le vide que tu laisses est immense, mais rempli de beaux moments, de rires, de jokes pas possibles et de souvenirs incroyables. Je suis à jamais reconnaissante. Un grand homme, une vraie légende.

Maroua Chebbi

Tu m’avais pris dans tes bras, il y a deux mois. Je t’avais remercié pour que ce que tu as fait pour moi. Heureusement, sinon je l’aurais regretté toute ma vie. Tu étais la première personne à contacter en cas d’urgence à mon arrivée au Québec. Nos discussions seront gravées dans ma mémoire. Tu m’as amenée au Québec, tu m’as aidée à m’installer ici... Je ne te remercierai jamais assez. Un homme aussi passionné que toi, je n’en ai jamais vu.

Evelyne Audet

Coacher du sport féminin, c’est un art. Une approche complètement différente, que peu d’entraîneurs de qualité peuvent se vanter de maîtriser. Je vais toujours garder en tête l’intensité des moments vécus avec Helder, autant dans la victoire que dans la défaite. Ses leçons de vie, sa douceur et son écoute vont me manquer.

Caroline Vaillancourt,

Un des premiers articles de moi dans le journal était écrit par Helder : «Caroline Vaillancourt, du feu». J’avais 12 ans et je participais au Jeux du Québec à Montréal, en 1997. J’étais tellement heureuse et excitée qu’il me remarque sur le terrain de soccer durant la compétition. Helder, un homme tellement reconnu dans le soccer québécois. Wow, quel privilège! J’ai ensuite eu la chance de jouer pour Helder cinq ans avec le Rouge et Or. Il savait toujours trouver les mots pour que ses joueuses donnent le meilleur sur le terrain.

Amélie Brown

Coach, tu faisais partie de ces personnes que je croyais éternelles. Pendant près de 10 ans, nous nous sommes côtoyés pratiquement tous les jours. Tu as marqué le cœur de chaque joueuse qui a croisé ton chemin. Tu nous as fait confiance, tu nous as vues grandir, devenir des femmes, des athlètes. J’ai tellement ri en ta présence. Je te serai éternellement reconnaissante pour tout ce que tu as fait pour moi et mes sœurs, mes amies.

Sabrina C.-Gravel

Tu fais partie de la personne que je suis aujourd’hui. Merci pour le temps accordé à nous faire évoluer, dépasser nos limites, voyager. J’en serai éternellement reconnaissante.

Mélissa Faguy

Merci de m’avoir permis de réaliser de grandes choses grâce au soccer et de m’avoir fait réaliser le rêve d’être une Rouge et Or. Plus jamais tu ne me diras : “Hey! Salut MelFag!!!” Merci pour tout ce que tu as fait pour moi et pour tes nombreux sourires contagieux.

Arielle Roy-Petitclerc

Merci pour tout le bonheur que tu m’as apporté. Tu vas me manquer.

Éloïse St-Maurice

Un coach, un mentor et un humain extraordinaire qui a su marquer ma vie et celles de tellement d’autres personnes… Merci de nous avoir fait croire en nos rêves. Tu nous as fait grandir dans le sport non seulement en tant qu’athlète, mais aussi en tant qu’humain. Ton souvenir restera gravé dans nos mémoires à tout jamais.

Allison Normand

Repose en paix! Merci pour tout ce que tu as fait pour l’équipe et surtout pour moi. Tu m’en as appris beaucoup sur le soccer pendant ces quatre dernières années et je ne n’oublierai jamais ces moments. Les matchs, les pratiques, le Portugal et plein d’autres souvenirs me rappellent comment tu étais un coach de soccer exceptionnel. Merci d’avoir été le meilleur coach de soccer que je n’ai jamais eu!

Estelle Rondeau

Tu m’as permis d’évoluer en tant que joueuse. Tu as été un coach formidable, mais aussi une personne incroyable qui a toujours su nous motiver quand nous l’étions moins.