« Il y a un an, on jouait devant une foule record de 19 000 spectateurs dans notre stade », rappelle ­l’entraîneur-chef du Rouge et Or, Glen Constantin.
« Il y a un an, on jouait devant une foule record de 19 000 spectateurs dans notre stade », rappelle ­l’entraîneur-chef du Rouge et Or, Glen Constantin.

L’unique automne de Glen Constantin

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
Le ciel était lourd, il tombait des cordes sur le Stade ­Telus-Université Laval. Dans son bureau, Glen Constantin vaque à ses occupations, s’affaire sur le recrutement des joueurs à distance.

Dans une vie normale, le Rouge et Or sortirait de son deuxième match de la saison contre les Carabins de Montréal et affronterait Concordia ce samedi en sachant déjà qui finirait au premier rang. Mais voilà, la normalité n’existe pas en ce temps de pandémie.

«On est juste en octobre, mais on se croirait en novembre, le mois des morts», illustre le réputé ­entraîneur-chef du Rouge et Or. Car le coach est en deuil de ce qui aurait été la 25e saison officielle du programme de football universitaire, tout comme le chef de famille, d’ailleurs.

Ces derniers jours, King a rendu l’âme au bout d’une vie heureuse de 10 ans. Il était le chien «boxer» du fils de sa blonde. Il l’a eu à huit ans, et depuis, King rapprochait tout le clan, les amis et les membres de l’équipe.

«Tout le monde connaissait King, c’était la colle de la famille. Il était souvent là aussi à nos pratiques. C’est fou le nombre de messages qu’on a reçus lorsque le monde près de nous l’a su. J’espère qu’il y en aura autant qui penseront à moi le jour où je partirai», dit-il avec une touche de sensibilité et d’humour.

Le Soleil a jasé pendant une heure avec Glen Constantin, cette semaine. Il a parlé de football, de ses projets, de sa vie de tous les jours en l’absence du sport qui l’habite depuis toujours.

«Ça doit être la première fois de ma vie que je ne fais pas de football à l’automne. J’ai pris quelques jours de congé dans les dernières années lors des semaines de «bye», mais je n’ai jamais eu autant de temps libre pour faire des choses que je n’ai jamais pu faire. J’ai toujours tout donné à contrat, chez nous, mais là, je peux en faire un peu plus», raconte-t-il en cette journée bien différente de celle ensoleillée du lendemain où on l’a photographié.

Étrangement, il n’y a que la pluie qui l’empêche de sortir pour ramasser des feuilles ou faire autre chose à l’extérieur. Cette même pluie qui n’a pourtant jamais pu le ralentir en pleine saison de football.

«Moi, ça ne m’a jamais dérangé de passer un après-midi dehors sous la pluie battante ou dans le froid pour un match et des pratiques. Mais ramasser des feuilles dans ces conditions, non… Chaque fois qu’il pleut dans une saison, [le coordonnateur défensif] Marc Fortier me regarde en souriant. Tant que c’est sécuritaire et constructif, on y va», ajoute celui dont les collègues font une partie de leurs tâches en télétravail.

Il n’est cependant pas masochiste au point de se tourner lui-même le fer dans la plaie. Ainsi, il consomme un peu de football à la télévision, mais beaucoup moins qu’il l’aurait pensé.

«Je ne regarde pas trois matchs de la NFL, le dimanche. Je me limite à un et à un autre de football collégial américain. Je pensais en écouter plus, mais ça me frustre quasiment de les voir jouer alors que nous, on ne peut pas. Mais je ne remets pas en question les décisions qui ont été prises, je comprends les répercussions que la pandémie peut avoir.»

Tournoi

Constantin avait encerclé certaines dates sur son calendrier. La ronde éliminatoire aurait commencé le 7 novembre, la Coupe Vanier aurait eu lieu le 28 du même mois. Tout cela a été effacé d’un trait, coronavirus oblige.

«Il y a un an, on jouait devant une foule record de 19 000 spectateurs dans notre stade. Je suis assez humble pour comprendre qu’ils ne viennent pas tous pour le match comme tel, qu’ils seraient rassasiés même en ne participant qu’au tailgate, mais le happening du football nous manque», dit celui dont le cœur bat au rythme du ballon ovale.

Il n’y a pas une journée où ses joueurs ne sont pas dans ses pensées. Certains le croisent à l’occasion, d’autres l’appellent. Les gymnases du PEPS étant fermés, quelques-uns utilisent une partie du stationnement couvert non chauffé du PEPS pour bouger.

«J’ai souvent souligné à quel point j’admirais leur motivation de s’entraîner tout l’été comme s’il allait y avoir une saison. Ils y ont cru à 100% jusqu’à la fin. Et encore aujourd’hui, ils ne veulent pas perdre ce qu’ils ont fait. Je suis vraiment fier d’eux. Le succès ne vient pas seulement par le talent, l’attitude y est aussi pour beaucoup. Peu importe ce qu’on peut faire, on doit le faire du mieux qu’on peut», dit celui qui s’était fait taper sur les doigts, en juin, pour avoir supervisé un entraînement. On ne l’y reprendra pas, même si l’encadrement sécuritaire devrait avoir préséance, pense-t-il.

Ça ne l’empêche pas de travailler pour le bien des joueurs. Les siens comme les autres. Son projet de tournoi canadien au mois de mai s’inscrit dans ce sens. Il regrouperait des équipes de pointe, comme Calgary, Laval, McMaster, Mont­réal, Saskatchewan et Western Ontario. Si la réponse de Montréal est toujours attendue, les autres adorent l’idée.

«Il faut se nourrir d’espoir et de rêve. Les gens pensaient que je voulais faire une super ligue [canadienne], mais on a les droits pour un an seulement. L’heure n’est pas à la compétition, mais à la participation des athlètes pour éviter qu’ils soient privés de leur sport pendant 21 mois. Le but est d’offrir un produit différent et intéressant pour relancer le football. On ferait un festival sur une dizaine de jours avec un match collégial ou scolaire à travers cela. Et rien n’empêcherait l’Ontario, l’Ouest et les Maritimes d’en faire autant, en même temps. Après, peut-être que ça pourrait se tenir chaque année, ou aux deux ans, ce serait notre Mondial, comme au soccer.»

Il s’agirait d’un événement historique et unique. Un peu comme l’automne qu’il vit présentement!