Dix-huit des 22 nouveaux joueurs recrutés par l'entraîneur Glen Constantin proviennent de cégeps de Québec et de Chaudière-Appalaches, ce qui réjouit l'homme de football, qui impute toutefois ce fait à un heureux concours de circonstance.

Le Rouge et Or recrute dans sa cour

Alors que s’achève le recrutement 2018 au football universitaire, force est d’admettre que le Rouge et Or pige plus que jamais dans sa cour. L’ajout du porteur de ballon Gloire Muganda, fin mars, a porté à huit le nombre de joueurs issus du Campus Notre-Dame-de-Foy à avoir choisi le programme de Glen Constantin, cet hiver. Au total, c’est 18 des 22 nouvelles recrues qui proviennent de cégeps de Québec et de Chaudière-Appalaches. Le Soleil vous plonge dans cette cohorte à saveur locale.

«C’est plutôt circonstanciel. Ça a adonné que beaucoup de bons joueurs ont gradué dans les programmes de la région cette année», lance l’entraîneur-chef Glen Constantin à propos du recrutement des derniers mois. «Lorsque c’est le cas, comme ils sont dans notre cour, c’est normal que l’on ait plus de succès pour les recruter que d’autres programmes.»

Il faut également mentionner que de plus en plus de joueurs de l’extérieur viennent jouer dans des cégeps de Québec, souligne Constantin. Les joueurs recrutés dans les programmes collégiaux de la région ne sont donc pas toujours des produits locaux. Tous trois passés par le Notre-Dame du Campus Notre-Dame-de-Foy (CNDF), Vincent et Cédric Forbes-Mombleau, ainsi que Maxym Lavallée sont respectivement originaires des Laurentides et de l’Outaouais, donne en exemple l’entraîneur. 

Le facteur ontarien

N’empêche, le fait que le Rouge et Or n’a recruté aucun joueur dans les cégeps de la région de Montréal surprend. Les Carabins, et même les Stingers et les Redmen, ont évidemment un avantage géographique, mais y a-t-il un lien à faire avec le recrutement de plus en plus agressif des universités ontariennes dans la Belle Province? Après tout, les Gryphons de Guelph et les Ravens de Carleton ont tous deux recruté une dizaine de joueurs au Québec durant l’hiver. 

«On voit avec les embauches de Jean-François Joncas [Guelph] et Paul-Eddy Saint-Vilien [Carleton] que les universités ontariennes viennent chercher des entraîneurs québécois. Ça aide pour le recrutement», admet  Constantin, précisant tout de même que les universités ontariennes font surtout des percées dans les cégeps anglophones Vanier, John-Abbott et Champlain-Lennoxville. 

«Mais il n’y a pas vraiment de joueurs que l’on voulait qui ont choisi l’Ontario. On réussit encore à garder les meilleurs espoirs, les blue chips, au Québec», assure le pilote du Rouge et Or, qui dresse donc un bilan fort positif de son recrutement.

«Au début du processus, on avait ciblé quatre ou cinq joueurs que l’on voulait vraiment et on les a pas mal tous eus. Le seul que l’on aurait voulu rapatrier et qui nous a échappé, c’est Sean Côté. C’est un gars de Québec qui était admis en droit chez nous, mais il a préféré aller à l’Université de Montréal», conclut Constantin à propos de l’ex-secondeur du Blizzard du Séminaire Saint-François qui s’était exilé à Champlain-Lennoxville, au collégial.

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LE RECRUTEMENT EN CINQ NOMS

Les frères Forbes-Mombleau (Campus Notre-Dame-Foy)

«D’après moi, la génétique Forbes-Mombleau est bonne», lance sans détour Marc-André Dion, qui a dirigé ces dernières années les frères Vincent et Cédric au Campus Notre-Dame-de-Foy.  Vincent, un receveur, a capté en trois ans plus de ballons que quiconque dans l’histoire du circuit collégial. «Physiquement, il est hors norme. Dès sa première année universitaire, il risque d’être plus fort et plus vite que la plupart des gars de l’équipe.» L’athlète de 5’10’’ et de 190 livres, qui devrait être utilisé comme receveur inséré chez le R et O, est «déjà prêt à dominer» au niveau universitaire, croit Dion, qui ne lui trouve pratiquement aucun défaut. «Il n’est peut-être pas le plus grand, mais il est tellement explosif. Il fait des gros attrapés dans les moments importants et c’est aussi un gars super humble.» Son aîné Cédric n’est pas à oublier. Après deux ans loin du football où il se questionnait sur ses choix de carrière, le secondeur a effectué un retour fracassant cette saison, étant élu dans la première équipe d’étoiles du circuit. «Il est capable de jouer physique et de courir avec les porteurs de ballons adverses, mais sa plus grande force est sa compréhension du jeu. Il ne devrait pas avoir de difficulté avec la transition à un nouveau système de jeu», note Dion à propos du joueur originaire de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

Selon Marc-André Dion, entraîneur-chef à Notre-Dame-de-Foy, le receveur de passes Vincent Forbes-Mombleau est déjà prêt à dominer au niveau universitaire.

Philippe Robitaille (Lévis-Lauzon)

Les blessures ont par moment mis la profondeur de la ligne offensive du R et O à l’épreuve, l’automne dernier. L’entraîneur Carl Brennan a pris les grands moyens pour que cela ne se reproduise pas cette saison. Des quatre talentueux joueurs de ligne offensive qui se greffent à son unité, le garde Philippe Robitaille est le plus gros morceau… et pas seulement en raison de son gabarit.  Un protégé de l’ex-Rouge et Or Carl Gourgues chez les Corsaires de Pointe-Lévy, au secondaire, Robitaille a dominé du début à la fin de sa carrière collégiale chez les Faucons. Nommé trois fois en trois ans dans l’équipe étoile de la ligue, joueur de ligne offensive par excellence en 2017, le colosse de 6’4’’ et de 310 livres a les outils pour faire sa place rapidement à Laval. D’autant plus que depuis qu’il s’est engagé à joindre les rangs du R et O, avant même sa dernière saison chez les Faucons, son sérieux a monté d’un cran. C’est du moins ce qu’affirme Pierre-Alain Bouffard.  «C’était déjà un gars extrêmement imposant qui se déplace bien, mais il a énormément pris en maturité dans la dernière année. Il s’est mis à travailler beaucoup plus fort au gym et à l’entraînement. Il est à son meilleur quand il va vers l’avant et ouvre des corridors de course, mais il a aussi travaillé son jeu de pieds en protection de passe.»

Joanik Masse (Lévis-Lauzon)

Joueur par excellence en division 1 l’automne dernier et l’un des porteurs de ballon les plus productifs de l’histoire du football collégial québécois, Masse a songé à disputer une quatrième saison avec les Faucons avant de choisir l’Université Laval. Il faut dire qu’il a déjà porté les couleurs du R et O durant son enfance… comme plongeur dans l’équipe civile. C’est que Joanik Masse était parmi l’élite provinciale en plongeon avant de se mettre au football, en secondaire 3, avec les Corsaires de Pointe-Lévy. Porteur de ballon «très physique» tout au long de sa carrière malgré un gabarit plutôt modeste, aux dires de Pierre-Alain Bouffard, son entraîneur chez les Faucons, Masse a ajouté quelques livres de muscles à sa charpente durant la dernière année. L’athlète de Saint-Agapit a également légèrement modifié son style, travaillant sur ses feintes et mouvements latéraux plutôt que de baisser l’épaule à chaque occasion. Les résultats, cet automne, ont été terrifiants pour les défensives adverses. Également «très bon en protection de passe» et «très, très travaillant», celui qui a été capitaine à chacune de ses trois saisons à Lévis--Lauzon est un joueur complet, assure Bouffard.

Le porteur de ballon Joanik Masse est l'un des porteurs de ballon les plus productifs de l'histoire du football collégial québécois.

Loïc Sapart, le Belge sorti «du champ gauche»

«Il est arrivé du champ gauche pour nous», avoue Glen Constantin à propos de l’ailier défensif belge Loïc Sapart. Le colosse de 6’6’’ et de 240 livres a profité d’un échange scolaire pour jouer au junior college de West Hills, en Californie, la saison dernière. Incapable de décrocher une bourse dans la NCAA, Sapart, 20 ans, a plutôt été repéré sur internet par les entraîneurs du R et O, qui l’ont convaincu de s’amener à Québec. «Il a beaucoup de potentiel physique, mais il n’a pas beaucoup de football dans le corps», lance Constantin à propos de celui qui a porté les couleurs de l’équipe mondiale à l’International Bowl 2015, à Dallas, et de l’équipe nationale belge. «C’est un projet pour nous, mais l’on sait déjà que c’est un joueur physique et intense», poursuit l’entraîneur, qui a pu évaluer le Belge francophone lors du camp de printemps du R et O en Floride. Il faut dire qu’avec le départ d’Edward Godin, le R et O n’a pas énormément de profondeur à la position d’ailier défensif derrière le dominant Mathieu Betts. Une rare position où Constantin admet qu’il aurait aimé recruter quelques recrues supplémentaires.

Maxym Lavallée (Campus Notre-Dame-de-Foy)

Un des meilleurs demis défensifs du circuit collégial depuis quelques années, Lavallée se distingue surtout par son intelligence sur le terrain, croit Marc-André Dion. «Athlétiquement, il est capable de suivre pas mal n’importe qui», précise tout de même l’entraîneur-chef du CNDF, avant de revenir sur la compréhension du jeu hors norme de son ex-protégé. «Je pense qu’il risque de voir du terrain rapidement avec le Rouge et Or, parce que pendant que plusieurs autres jeunes gars vont faire des erreurs, il n’en fera pas.» L’athlète de 5’10’’ et de 182 livres a été nommé dans la première équipe d’étoiles en division 1, l’automne dernier. Il retrouvera bon nombre de ses coéquipiers à Laval puisque plus d’une quinzaine de joueurs du CNDF ont choisi de se joindre au R et O uniquement ces deux dernières années. Dion pense que l’ADN de vainqueurs de ses joueurs, tous champions du Bol d’or, en 2016, y est pour quelque chose. «Je crois qu’ils sont attirés par les gagnants et si tu vas à Laval, tu risques de gagner au moins une Coupe Vanier.»