«L’histoire du programme est garnie de belles pages. Aujourd’hui, elle est moins belle», a philosophé l'entraîneur-chef du Rouge et Or, Glen Constantin, tout juste après le match.

La 10e Coupe Vanier attendra

HAMILTON — Avec sept minutes à faire à la finale canadienne du football universitaire, des hommes de la GRC en uniforme ont transporté la Coupe Vanier au son d’une musique solennelle, passant devant les partisans du Rouge et Or. Mais on savait déjà, à ce moment, que l’Université Laval ne soulèverait pas le précieux objet pour la 10e fois de son histoire.

Le Rouge et Or n’a jamais été dans le coup, samedi. Auteurs d’une performance colossale, les puissants Mustangs de Western Ontario ont triomphé sans appel, 39-17 au pointage, dominant dans toutes les facettes du jeu.

«L’histoire du programme est garnie de belles pages. Aujourd’hui, elle est moins belle. Mais ce n’est pas fini», a dit l’entraîneur-chef Glen Constantin, au son d’un crève-cœur We Are the Champions. «On avait une opportunité de faire mieux que ça. On n’a pas joué notre meilleur match, mais les Mustangs sont une très bonne équipe et on doit leur donner respect.»

«Nous avons vraiment été dominés aujourd’hui», a constaté le quart-arrière Hugo Richard, qui a vu plusieurs de ses receveurs échapper ses relais. «Ils sont sortis avec beaucoup d’énergie, beaucoup d’intensité. Ça nous a fait mal en partant.»

Car dès leur première possession, les Mustangs ont montré leurs couleurs en traversant le terrain sur 84 verges, séquence couronnée par la trotte de 13 verges du polyvalent quart Chris Merchant. Ils n’ont jamais tiré de l’arrière ensuite. Western a inscrit des points dès sa première possession à chacun de ses matchs cette saison.

Après un simple, ils ont remis ça avec une poussée de 82 verges. Cette fois-ci, le Montréalais Cédric Joseph a complété le tout avec une jolie course de 12 verges.

Pendant ce temps, l’attaque de Laval peinait. Elle est sortie de sa torpeur à la fin du deuxième quart avec une poussée de 78 verges. Benoît Gagnon-Brousseau a capté un relais de Richard dans la zone des buts, un jeu de 28 verges.

«Nous avons vraiment été dominés aujourd’hui», a constaté le quart-arrière Hugo Richard.

À 16-7 au retour de la mi-temps, tout était possible. Mais Joseph a asséné un dur coup avec une course de six verges pour son second touché du match. Après un touché de sûreté des Mustangs, le R et O a raté une glorieuse chance en fin de troisième quart lorsque Chadrick Henry n’a pu capter une belle passe de Richard dans la zone des buts. Laval a dû se contenter d’un placement, celui de David Côté sur 34 verges.

Deux autres touchés au quatrième quart ont cloué le cercueil du R et O. D’abord une passe de 32 verges de Merchant à Cole Majoros, puis une course de 10 verges du quart-arrière qui portait le pointage à 39-10. Vincent Alarie-Tardif a inscrit un majeur en toute fin de match pour les perdants.

«C’est incroyable, parce que je partage cette victoire avec les meilleurs joueurs», a lancé l’entraîneur-chef des Mustangs, Greg Marshall, parlant d’abord des qualités humaines de ses hommes. «J’ai eu des équipes talentueuses avant, mais celle-ci possède un caractère et un leadership incroyables.»

«J’ai eu des équipes talentueuses avant, mais celle-ci possède un caractère et un leadership incroyables», a lancé l'entraîneur-chef des Mustangs, Greg Marshall.

Duel rude

Les vainqueurs ont aussi fait mal au Rouge et Or au sens propre. Le duel a été rude, avec plusieurs plaqués dévastateurs, parfois illégaux. Marc-Antoine Pivin a quitté la rencontre après avoir été frappé à la tête par Jesse McNair; Alexandre Savard a aussi raté la deuxième demie, victime d’un contact similaire.

«On savait que c’était une bonne équipe, bien rodée. Le côté qu’on ne pouvait pas savoir, c’est vraiment l’aspect physique», a commenté l’entraîneur-chef Glen Constantin, qui aurait aimé un peu plus de sévérité sur les joueurs fautifs des Mustangs.

Contrairement à l’an dernier, il y avait une belle foule au Stade Tim Hortons, 10 754 personnes officiellement. Plusieurs partisans du Rouge et Or, certes, mais ceux vêtus de mauve étaient encore plus nombreux. L’Université Western Ontario est située à London, à un peu plus d’une heure de route de Hamilton.

Jesse McNair n’a pas ménagé les joueurs du Rouge et Or, notamment sur cette course de Vincent Alarie-Tardif.

***

VISAGES LONGS ET YEUX ROUGIS

Même la meilleure blague au monde n’aurait pu arracher un sourire aux joueurs du Rouge et Or, samedi, après leur défaite à la 53e Coupe Vanier. Du moins le présume-t-on, car personne n’a osé essayer de dérider la compagnie.

Les visages longs et les yeux rougis étaient légion. Difficile, en pleine déception, de voir tout le positif d’une saison pourtant excellente. «On travaille à partir du 1er janvier. C’est 11 mois de sacrifices», a commenté le finissant plaqueur Edward Godin, inconsolable sur le terrain après la rencontre. «De se faire enlever ce qu’on veut au dernier match, ça fait mal.»

«Quand tu perds, c’est comme si tu avais fait tout ce travail pour rien», a affirmé le quart Hugo Richard. «Mais comme mes parents m’ont dit : ce qui ne tue pas rend plus fort. Je pense que c’est la mentalité qu’on devra garder tout au long de l’année prochaine.»

Pour le Rouge et Or, il s’agit seulement d’une deuxième défaite en finale de la Coupe Vanier depuis ses débuts officiels, en 1996. Glen Constantin et un groupe de joueurs complètement différent avaient perdu 41-38 en prolongation contre McMaster, en 2011. Les neuf autres présences de Laval en finale s’étaient soldées par une victoire.

Jusqu’à samedi. Dans sa défaite de 39-17 devant Western Ontario, la formation de Québec n’a gagné que 277 verges contre 578 pour la meilleure offensive au pays. Le Rouge et Or n’a pas été l’ombre de lui-même.

«Je pense que tout le monde aujourd’hui va se regarder et dire qu’ils auraient pu faire mieux», a indiqué le coordonnateur offensif Justin Ethier. «Tout le monde a fourni un bon effort, mais il y avait tout le temps une petite erreur qui faisait en sorte qu’on ne prenait pas de rythme.»

«On s’est tirés dans le pied»

À la source des ennuis de Laval, la polyvalence de l’attaque de Western. Le quart Chris Merchant n’a complété que 13 de ses 20 passes, mais pour des gains de 276 verges, dont 115 à Harry McMaster. Il s’est surtout montré très mobile avec le ballon dans les mains (89 verges), sachant échapper à Mathieu Betts et compagnie. Il a été nommé joueur du match.

Mathieu Betts a peut-être eu le dessus sur ce jeu, mais le quart-arrière des Mustangs Chris Merchant a tout de même parcouru 89 verges au sol durant la partie, menant les siens vers la victoire.

De son côté, Richard a subi la pression de la défensive adverse tout l’après-midi. Victime de quatre sacs du quart, il a complété 21 passes sur 35 pour 235 verges. Avec 18 courses et seulement 70 verges, l’attaque au sol du Rouge et Or n’a pas été un facteur.

«Ils nous ont surpris, mais on s’est tirés dans le pied à plusieurs reprises avec des erreurs d’exécution. On n’a pas joué à la hauteur de notre talent», a dit le receveur de passes Jonathan Breton-Robert, auteur de sept attrapés, le plus haut total des siens.

«On n’a juste pas joué aujourd’hui. C’est bizarre un peu. On n’a pas exécuté comme on aurait dû le faire et comme on le faisait depuis le début de la saison», a commenté un autre finissant, le retourneur de bottés Antony Dufour.

***

CE QU'ILS ONT DIT

«La dernière chose que je voudrais, c’est donner des excuses. Il n’y a pas d’excuses aujourd’hui»

— Justin Ethier, coordonnateur offensif

«On aurait eu besoin d’un break un moment donné. Un échappé, un revirement, ça aurait fait du bien»

— Marc Fortier, coordonnateur défensif

«Finir comme ça, tu ne souhaites jamais ça. […] J’étais en taba…!»

— Vincent Alarie-Tardif, sur les sentiments vécus sur le terrain après son dernier match avec le Rouge et Or