Même s’il a pris sa retraite du vélo il y a plus de 25 ans, René Fortin demeure toujours passionné et impliqué dans le sport qu’il a pratiqué pendant une dizaine d’années. En 2009, il a fondé le Club cycliste de Lévis, club dont il est toujours le président.

René Fortin: donner l’étincelle

René Fortin le reconnaît sans broncher. Il n’est pas allé au bout de son rêve dans sa carrière de cycliste. De retour à Québec après avoir passé quelques années à Montréal pour des raisons professionnelles, il s’est demandé de quelle manière il pourrait s’impliquer dans le vélo afin d’encourager les jeunes coureurs à vivre leur passion au maximum. Après avoir évalué quelques options, il a fondé le Club cycliste de Lévis en 2009.

«Je l’ai fait pour redonner», explique l’ex-coureur. «Avec le travail, j’avais développé un talent de communicateur. Et les gens que je rencontrais à ma boutique de vélo me répétaient sans cesse : ‘’René quand tu parles de vélo, c’est incroyable, tes yeux pétillent’’. Je me suis dit que cette étincelle, je pourrais la donner à des jeunes que je pourrais influencer et aider. Et j’ai mis sur pied le Club de Lévis. 

«On profite aujourd’hui de moyens très intéressants pour faire de l’initiation et du développement et pour former des candidats à l’excellence. C’est merveilleux de voir performer des jeunes comme Anne Genest, qui est allée au Jeux du Commonwealth où elle a fini quatrième au sprint, et Pier-André Côté, un des premiers coureurs que l’on a recrutés, qui est champion canadien du critérium et qui court dans l’équipe Silber Pro Cycling. Mais au-delà de l’excellence, on créé de bons citoyens, des gens avec des valeurs qu’ils auront toute leur vie.»

S’il devenait indépendant de fortune et qu’il n’avait plus besoin de gagner sa vie, Fortin fonderait son équipe pro. «J’irais me chercher des coureurs et on s’amuserait.»

Carrière brève, mais marquante

La carrière de Fortin fut brève, mais marquante. S’étant initié au cyclisme après avoir assisté à une course organisée par Jean-Yves Labonté à Loretteville, l’ex-cycliste s’est d’abord imposé en 1986 au Championnat canadien junior avec une quatrième place. «Si la course avait été plus longue, je pense que j’aurais pu faire un podium», confie-t-il.

Talentueux et passionné, Fortin a convaincu ses parents de le laisser aller courir en France au printemps de 1989. Il s’est cependant dit que s’il ne pas à rivaliser avec les meilleurs, il mettrait ses énergies ailleurs que dans le vélo. «Mes chances de succès étaient minces. Et j’ai eu des performances décevantes. C’était donc clair qu’à l’automne suivant, j’entrais à l’université.»

Fortin termina la campagne 1989 en force en gagnant une médaille d’or au Jeux du Canada. L’année suivante avec l’équipe Varisco, il a aligné les victoires, il a aidé l’équipe canadienne à mériter le bronze au contre-la-montre par équipe du Championnat canadien et à l’automne 1990, il avait été invité par Martin Barras à prendre part au camp de sélection pour l’équipe canadienne qui irait aux Jeux du Commonwealth. Mais il refusa parce qu’il aurait été obligé de mettre ses études sur la glace afin d’aller s’entraîner en Californie. «J’ai dit à Martin : je ne suis plus là, je suis rendu un gars sérieux, je m’en vais à l’école. Je n’aurais pas dû faire ça.

«Je viens d’une famille d’universitaires ou dans la vie, il fallait faire quelque chose de sérieux. Et le vélo ne l’était pas pour eux. Je n’en veux pas à mes parents d’avoir tout mis en œuvre pour que je poursuive des études universitaires. Mais si je pouvais parler au petit René de l’époque, je lui dirais d’avoir le courage d’affronter ses parents un peu plus afin de défendre ses passions.»

Fortin avait 23 ans quand il a pris sa retraite. Parce qu’il s’entraînait moins, ses performances ont commencé à décliner à compter de 1991. «En 1992, c’était dur de me motiver. Mentalement, je n’étais plus là. Et je commençais à abandonner les courses. J’ai pris ma retraite en 1992 et j’ai vécu des moments difficiles jusqu’en 1996, le moment où le processus de guérison et d’acceptation s’est finalement fait.»

Étudiant pour devenir ingénieur en géologie, Fortin n’a jamais travaillé dans son champ d’expertise. C’est en informatique qu’il a trouvé sa voie après avoir décroché un stage au Bureau de recherche géologique de France. Par la suite, ses talents de communicateur, de rassembleur et son leadership lui ont permis de devenir conseiller municipal dans l’équipe du maire Gilles Lehouillier, à Lévis, en 2013. Il ne s’est cependant pas représenté aux élections de 2017. Il a aussi vendu son commerce. «J’en avais trop pris. J’étais fatigué. Mon emploi de gestionnaire de projet en TI, le club cycliste et ma famille, c’est suffisant pour le moment.»

Fier de son parcours sportif et professionnel, Fortin se dit heureux d’avoir pu faire autant de choses dans la vie. Et même s’il approche la cinquantaine, il roule toujours. «Je suis quand même assez fort. J’ai un bon moteur et je l’ai bien entretenu. Mais je n’aime plus souffrir. Et je ne suis pas nostalgique du vélo. Il m’est arrivé, à cause d’obligations professionnelles, d’être trois semaines sans faire de vélo. Et ça ne m’a pas manqué. Sauf qu’en revenant à la maison après avoir finalement pu rouler, je me demande toujours comment j’ai pu faire pour me passer de ça aussi longtemps.»

QUESTIONS/RÉPONSES 

Q Faits marquants

R Ma médaille d’or aux Jeux du Canada en 1989. Et la saison 1990, alors que je gagnais course après course.

Q Personnalités marquantes

R Martin Barras et Pierre Pelletier. Deux sources d’inspirations. Les deux ont été mes entraîneurs. Pierre était un ex-athlète et Martin commençait dans le coaching à l’époque. Il est devenu un des meilleurs entraîneurs au monde. Ils m’ont appris à aller au combat et à attaquer, attaquer, attaquer.

Q Ce qui te manque le moins

R Rien. J’aimais tout. Des fois j’entendais des gens dire : ‘’René c’est quand même quelque chose tous les sacrifices que tu fais.’’ Et je me disais : ‘’mais de quoi ils parlent? Je ne fais aucun sacrifice, je fais ce que j’aime’’. En cyclisme, si j’allais m’entraîner et que je faisais tous les entraînements, c’était par passion.

Q Rêve ou défi

R J’aimerais faire un défi physique avant d’être trop vieux. Des fois, je me dis que je pourrais partir sur l’Appalachian Trail et sortir au bout, au Tennessee, la barbe longue, expliquant aux gens qui me verraient que je ne suis pas le Big Foot. 

Q Ce qui te manque le plus

R Je ne sais pas si c’est la carrière comme telle ou l’insouciance rattachée à celle-ci.