René et William Forgues forment un rare duo père fils au Duc de Kent.
René et William Forgues forment un rare duo père fils au Duc de Kent.

René Forgues jouera le Duc de Kent avec son fils William

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
«Qui est lié par une promesse est tenu de l’honorer», dit un proverbe danois. À la naissance de son fils William, René Forgues lui avait promis qu’un jour, les deux participeraient à une même édition du prestigieux tournoi de golf Duc de Kent. Dix-huit ans plus tard, le grand jour est enfin arrivé puisqu’ils formeront l’un des rares duos père-fils de l’histoire à prendre le départ du célèbre rendez-vous amateur disputé au club Royal Québec.

Selon l’archiviste de ce joyau de la triple couronne québécoise de golf amateur, William et René Forgues deviendraient seulement le deuxième duo du genre à réussir cet exploit. Ils font partie d’un contingent de 120 golfeurs inscrits à la 86e présentation du Duc de Kent qui sera disputé pour la première fois de son histoire sur une seule journée, lundi, en raison de la pandémie de la COVID-19.

«Quand William est né, il y a 18 ans, je lui avais fait la promesse en sortant de l’hôpital qu’on participerait au Duc de Kent ensemble un jour, sans savoir s’il allait devenir un joueur de golf. Mais je ne lui en avais jamais parlé, jusqu’à ce que j’obtienne ma qualification pour le tournoi de cette année. Quand je lui ai dit que je réalisais ma promesse, il m’a répondu : “Ben voyons, je ne te crois pas!” Sa mère lui a dit que c’était vrai», raconte le paternel avec un trémolo dans la voix.

«Je suis très content pour mon père, je suis fier qu’il ait réussi à se qualifier et ce sera vraiment spécial pour lui parce qu’il réalise son rêve. Je ne le réalise pas encore tout à fait comme lui. Mon père va y penser plus que moi, c’est certain, mais de mon côté, je ne vais pas mettre l’accent là-dessus. Je vais essayer de faire comme si de rien n’était et ne pas me laisser distraire parce que je ne vais pas au Duc de Kent juste pour participer, j’aimerais aussi le gagner», glisse William, qui avait terminé à égalité au 15e rang, en 2019, à sa première participation au tournoi du club où la famille Forgues est membre.

Avant même d’élaborer sur le moment familial unique qu’ils vivront, René Forgues parlait du jeu de son fils, qui a égalé le record du club Lorette, en juillet, avec une ronde de 64. Il s’agissait de la cinquième fois en 100 ans qu’un joueur ramenait une telle carte. À l’entraînement au Royal Québec, le produit de l’Académie Fred Colgan et membre de l’équipe des Lions de St. Lawrence (collégial) dispute des rondes pouvant lui permettre de rêver à la victoire.

Le père, lui, n’a pas d’attente. «Ça allait très bien jusqu’en juillet, mais depuis, j’ai eu de petits problèmes de santé. Ma victoire, je l’ai déjà, et mon résultat n’a aucune importance. J’avoue que ce sera spécial, sur le départ du premier trou, mais je ne veux surtout pas porter ombrage à William, qui a une chance s’il joue bien», ajoute celui qui était le caddie de son fils, l’an passé.

Mais ce premier coup de départ, lundi, sera plus qu’un simple élan de golf. Le geste dépassera les limites du sport.

Une inspiration

«Mon emploi m’a toujours empêché de jouer en semaine et de prendre part à des tournois d’un jour [field day], mais chaque matin à 5h30 avant d’aller au bureau, j’allais frapper des balles dans le champ de pratique. Le monde pensait que j’étais fou, mais je le faisais dans un seul but, celui de pouvoir tenir ma promesse, un jour. Il est important d’avoir des objectifs dans la vie et de tout faire ce qu’on peut pour les atteindre. En même temps, je trouve que c’est aussi inspirant pour mes employés, ça démontre qu’il y a une vie à l’extérieur du bureau, où l’on peut vivre ses rêves et ses passions», explique sans prétention ce comptable agréé associé et leader de l’équipe de Québec chez Deloitte.

Afin d’obtenir sa place pour le Duc de Kent, René Forgues a obtenu l’un des trois laissez-passer offerts lors du tournoi de qualification André Gagné, en juin. Il avait terminé au quatrième rang, mais le vainqueur ayant déjà son billet en main, les trois suivants accédaient au Duc. Et ce vainqueur, c’était justement son fils, William.

«Dans le monde des affaires, William est mon fils, mais au golf, je suis le père de William. Je l’ai initié au golf lorsqu’il avait trois ans, il avait deux ou trois bâtons, on frappait des balles au club et on allait manger une crème glacée. Il évolue bien, maintenant, et il fait son chemin. Moi, ça fait 25 ans que je joue, c’était ma seule chance de faire le Duc. Ce sera mon premier, et peut-être aussi mon dernier», dit celui qui apprécie les rondes disputées avec son père et son fils, où trois générations de Forgues roulent sous la barre des 90.

Mais pour gagner le Duc, William sait qu’il devra jouer plusieurs coups sous la normale.

«Le tournoi pourrait se gagner entre 66 et 68. Ma meilleure ronde au Royal est de 67, je sais que je suis capable de jouer ça. Cette année, mon jeu est meilleur que l’an passé, je suis plus en confiance», dit le collégien en sciences de la nature qui n’envisage pas une carrière dans le monde du golf, mais qui aimerait bien s’aligner avec l’équipe de golf Rouge et Or lors de ses études universitaires.

Le père pourra suivre son fils pendant la ronde de celui-ci puisqu’il aura terminé la sienne lorsque fiston s’élancera. Et peu importe le résultat, une belle page de l’histoire de la famille Forgues s’écrira!

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MÉNARD À LA DÉFENSE D'UN TITRE COMME LES AUTRES

Rien ne sera comme par les années passées. En raison de la pandémie de la COVID-19, le tournoi de golf amateur Duc de Kent se déroulera sur une seule journée, lundi, au club Royal Québec de Boischatel. Mais ça n’empêchera pas Émile Ménard de défendre son titre et de tenter de devenir le quatrième joueur de l’histoire à réussir un triplé.

Champion en 2017 et 2019, le golfeur de 25 ans du club Pinegrove aimerait bien enfiler à nouveau le fameux veston vert à carreaux remis au vainqueur. «Je ne pense pas au troisième titre, mais j’y vais pour gagner. Il n’y a jamais eu de doute à l’effet que je voulais défendre mon titre, je suis juste très heureux qu’il y ait un tournoi, cette année», indique le double champion du Duc de Kent.

Le golfeur Émile Menard lors de la première ronde du tournoi Duc de Kent en 2018.

Avec deux victoires, il en compte le même nombre que son frère, Raoul. La prochaine fois qu’il l’emportera, Émile rejoindra un groupe sélect composé de Graham Cooke (5), André Gagné (3) et Mickey Batten (3) qui ont tous triomphé trois fois et plus. Le Duc compte aussi une pléthore de doubles champions.

«En 2018, je m’étais présenté pour défendre mon titre sans avoir trop joué de la saison, j’avais pris la décision de prendre une petite pause du golf après l’université. Je n’avais même pas fait la coupure après la première journée. L’an dernier, j’avais été motivé par la victoire de Tiger Woods au Tournoi des Maîtres, ça m’avait montré qu’il était possible de revenir en force. Cette année, je dirais que mon jeu est encore à son meilleur. J’aime jouer au Royal Québec, je connais le terrain, mais lors d’un tournoi d’un jour, tout peut arriver», ajoutait Ménard.

Plusieurs jeunes loups peuvent espérer l’emporter. Pour un, Loïck Laramée, du Royal Québec, a savouré la victoire au récent championnat amateur par trou. Mais des golfeurs plus expérimentés seront aussi de la partie, notamment Jean-Guy Garnier et Danny Turbide, eux aussi du club hôte. Turbide est d’ailleurs le récent champion québécois senior par trou.

«Un tournoi d’un jour peut avantager n’importe qui. Si tu es en feu et dans ta zone, tu as des chances de l’emporter, que tu sois jeune ou vieux. C’est sûr que les jeunes prennent quasiment des trous à normale 4 en un coup, alors pour nous qui sommes plus âgés, il faut à la fois frapper des dards et réussir nos coups roulés», explique celui qui a repris goût à la compétition après un début de saison où son intérêt était plus bas qu’à l’habitude.

Il pense que le tournoi se gagnera à 66, 67 ou 68.

«Jouer moins 6, c’est faisable en masse pour quelqu’un qui frappe long et qui est solide sur les verts. Il faudra aussi se méfier de la noirceur, car j’ai fini de jouer à 18h30, cette semaine, et il commençait à faire noir. Le gazon ne répond pas comme en juillet [le tournoi est habituellement disputé à ce moment], il pousse moins et ça roule plus vite…»

Mesures sanitaires

Les mesures sanitaires imposées par la pandémie font désormais partie du paysage des tournois de golf. Ainsi, les joueurs ne pourront pas avoir de «caddies» et ne pourront pas être accompagnés par plus de deux personnes sur le terrain. Le nombre de spectateurs ne pourra pas dépasser 250. Dès la fin de leur ronde, les joueurs seront invités à quitter le club, même l’éventuel vainqueur.

«Comme on l’a fait à l’Alexandre de Tunis [autre tournoi de la triple couronne], on prend en photo avec le trophée les joueurs ayant des chances de l’emporter selon leur carte de pointage, comme ça, on s’assure d’avoir celle du vainqueur», explique Éric Couture, directeur des tournois à Golf Québec. Au Tunis, le vainqueur avait d’ailleurs été le premier joueur de la journée à s’élancer et personne n’avait ramené une meilleure carte celle de Thomas Westfall, un membre du club hôte (Camelot).

«Il y aura un astérisque pour le tournoi de 2020, mais on ne pourra quand même rien enlever à celui qui l’emportera», ajoutait Turbide. Carl Tardif