Chez les Gagné, rires et sports font très bon ménage comme le démontrent Christophe, maman Marie-Josée, Papa Richard et Benjamin.

Benjamin et Christophe Gagné: frères de sang, frères de sports

L’important, c’est de participer, pas vrai? Non, pas ici. Dans cette maison, tant qu’à jouer, on joue pour gagner. Toujours. À tout. Les frères Gagné portent bien leur nom. Christophe évolue comme secondeur du Rouge et Or football de l’Université Laval et Benjamin occupe un poste de défenseur chez les Remparts de Québec. Voici leur famille, leur histoire.

On roule dans un secteur très résidentiel, au bout de Saint-Augustin-de-Desmaures. Dans l’entrée de la maison, une motomarine. Au bord de la rue, un panier de basketball où ont été disputés un nombre incalculable de matchs épiques. Matchs au terme desquels les joueurs, souvent, se sont aussi disputés.

«Si on joue l’un contre l’autre aux jeux vidéo, celui qui perd va nécessairement finir fâché», constate Christophe, l’aîné, dans un élan de lucidité fraternelle. «Ça joue aux cartes, au Monopoly, n’importe quoi, ils pognent les nerfs!» résume maman Marie-Josée, qui a trop souvent vu un rejeton frustré de perdre contre l’autre pour ne pas en rire.

Christophe raconte : «On était à la maison avec nos blondes, je pense qu’on jouait à Jour de paye. Il ne faisait pas beau. La blonde à Ben fait quelque chose, je ne me souviens plus quoi. Et là Ben, dans son élan compétitif, se lève : “Non! J’arrête de jouer! Tu triches, ça n’a pas de sens! Moi, je ne joue pas avec des tricheurs!” Et il sacre son argent là et s’en va! Les trois, on se regardait et on n’avait aucune idée de ce qui venait de se passer.»

«Ou comme la fois à Noël», renchérit Benjamin. «On jouait à un jeu [Catch Phrase] où il faut faire deviner un mot ou une expression.» Tout le monde autour de la table, sauf le journaliste, sait immédiatement de quoi il parle. Ça rit déjà.

«Moi, je n’étais même pas là», enchaîne Christophe. «Mon frère me texte : “Tu as bien fait de ne pas venir avec nous, c’est de la câlique de marde! P’pa joue à son jeu de mots et il n’arrête pas de tricher!”» 

«C’était moi contre mon père et son équipe était bien plus forte que la mienne», poursuit Benjamin. «On se faisait rincer et je ne trouvais pas ça drôle, mais au moins, c’était dans les règles. Mais à un moment donné, il se met à inventer des règles pour avantager son équipe! Là, ça faisait plus. Je suis allé m’asseoir sur le divan et j’ai arrêté de jouer.»

À écouter ses fistons, papa Richard est celui qui se bidonne le plus. Loin de nier les faits, il en rajoute : «Je m’étais paqueté un club. Je ne veux pas perdre!» avoue-t-il, avant de rappeler que «c’était Noël!»

Christophe Gagné a débuté la troisième de sa cinquième année d'éligibilité dans les rangs universitaires.

«On a le nom de famille Gagné, mais on fait aussi tout pour gagner», indique Richard Gagné. Lui-même ancien hockeyeur ayant joué pour les Remparts, qui l’avaient acquis des Saguenéens en retour de l’ancien coach du Canadien Michel Therrien, le paternel a même obtenu un essai au camp présaison des Nordiques de Québec, en 1983.

Son renvoi d’abord dans la Ligue américaine, puis dans la Ligue internationale, l’a vite poussé vers le marché du travail. Après un retour à l’école accéléré, il décroche un stage auprès de la compagnie d’assurance La Capitale et y travaille toujours 32 ans plus tard, comme vice-président exécutif aux technologies de l’information.

Marie-Josée Hardy n’a pas le nom et dit ne pas entretenir cet esprit ultra compétitif. Mais tout part d’elle, allègue Christophe. «M’man dit quelque chose, p’pa ajoute de quoi, nous deux on embarque et c’est à qui aura le dernier mot dans les trois! Des fois, ça va loin!»

Chose sûre, elle apprécie tout autant les défis. Après une carrière de 29 ans comme coiffeuse au salon Marcel Pelchat, à Place Laurier, elle est devenue propriétaire de sa propre boutique, Lingerie Nathalie, en 2015. Magasin situé à Donnacona, juste en face de la polyvalente que fréquentait adolescente la native de Portneuf.

› «Moi aussi, je vais être bon au hockey»

Plus âgé et plus discret, Christophe, aujourd’hui 22 ans, a été le premier à jouer au hockey organisé. Benjamin, maintenant 19, aurait commencé en même temps s’il avait eu l’âge. «Dès que j’ai vu mon frère sur la patinoire, je voulais jouer. Je m’en souviens parce que je n’étais pas content de devoir attendre un an avant d’avoir l’âge minimum. Mon grand frère a toujours été un peu mon modèle et je voulais faire comme lui», avance le cadet.

Mais il y avait plus, assure la mère. «Depuis qu’il parle qu’il dit qu’il va jouer au hockey. C’était son rêve de ti-cul! Une partie que Chris jouait et que Ben était dans les estrades, il ne jouait pas encore, il a dit à ma mère : “Grand-maman, je vais être bon moi aussi un jour comme Christophe au hockey, hein?” Et aujourd’hui, c’est lui qui joue pour les Remparts.»

Benjamin a plus tard fait partie des petits Remparts, au Tournoi international pee-wee de Québec, qu’il a gagné, et Christophe a appris les rudiments du football au sein du mini-Rouge et Or. En fait, les deux ont pratiqué les deux sports fétiches pendant un bon bout.

Christophe a fait les deux jusqu’à son entrée à l’Université Laval, en 2015, après des années à se partager au Séminaire Saint-François, à Québec, et à Kent School, dans le Connecticut. Il croit même avoir été le premier, sinon le seul, à évoluer pour le Blizzard autant dans le football compétitif que dans le midget espoir au hockey.

Quant à son expérience américaine, il jouait bien sûr au football, la raison première de sa présence là-bas, et au sein de la deuxième équipe de hockey, en plus d’ajouter le baseball au printemps.

Benjamin aussi a fait le doublé, délaissant le ballon ovale après le secondaire. Il a toutefois failli y retourner à l’été 2016. Une écœurite aiguë du hockey, alors qu’il appartenait aux Voltigeurs de Drummondville, l’a fait dévier vers la pelouse lignée. Il a participé aux camps du Campus Notre-Dame-de-Foy et du Cégep Garneau, rivaux régionaux de la première division collégiale. On l’aurait enrôlé, s’il n’avait pas préféré retourner sur la glace.

«Je voyais aussi la possibilité d’un jour jouer avec mon frère au foot. J’ai toujours voulu faire ça, jouer avec mon frère dans un sport. Je voyais Félix et Christophe Boivin ensemble à Bathurst [hockey junior], Félix est un de mes bons chums. Jouer avec ton frère, ce n’est pas rien», exprime Benjamin.

Benjamin Gagné, dont la carrière junior tire à sa fin, rêve ensuite d'une carrière professionnelle.

Ce sera finalement un match de... hockey, avec son père, au Centre Vidéotron, un match de séries entre les Remparts et Gatineau, qui le convaincra de rester au hockey. Il réalise alors à quel point il aime le hockey, que c’est «son» sport. Huit mois plus tard, les Voltigeurs l’échangeaient aux Remparts et il trouvait un casier à son nom au Centre Vidéotron.

«C’est au Tournoi pee-wee que j’ai vu le nom de mon père pour la première fois dans la chambre des Remparts. Il y a au plafond des plaques de toutes les éditions, son nom est là. Puis quand je suis revenu aux Fêtes 2016, ça m’a plus frappé. Mon nom va être là moi aussi. Celui de mon père et le mien», indique le no 9 des Diables rouges, à l’aube de sa cinquième et dernière campagne junior majeur.

› Pour les meilleurs, avec les meilleurs

Si, par la force des choses du hockey — repêchage, échanges —, Benjamin n’a pas choisi de jouer pour les Remparts, il en va tout autrement pour Christophe chez le R et O. Oui, l’objectif d’aller à Kent School était de s’ouvrir les portes des universités américaines. Darmouth, membre de l’académiquement réputée Ivy League, s’est montrée intéressée. Son résultat à l’examen d’admission standardisé (SAT) n’atteignait toutefois pas leurs standards élevés.

Celui qui évoluait alors à la fois comme centre-arrière et secondeur est donc rentré au Canada avec quelques offres sur la table, dont Carleton, à Ottawa, et Sherbrooke. Il a pourtant contacté son coach de l’école secondaire, Luc Savoie, qui n’a pas hésité à le pistonner auprès du Rouge et Or. «Luc m’a dit : “N’oublie pas que les meilleurs jouent avec les meilleurs.” Tout de suite dans ma tête, ç’a fait : OK, je m’en vais jouer à Laval.»

Après trois ans et deux saisons à l’UL, il possède une bague de la Coupe Vanier (2016) pour lui rappeler qu’il a fait le bon choix. Le but premier de chaque saison demeure toujours le titre canadien et la défaite en grande finale l’automne dernier passe encore mal.

Son frère est aussi rentré à la maison, à Québec, bien que dans le contexte tout à fait différent d’une transaction survenue aux Fêtes 2016. Lui qui était proche de l’ancien entraîneur-chef des Remparts, Philippe Boucher, et surtout de son fils et capitaine de l’équipe la saison dernière, Matthew, se retrouve maintenant avec Patrick Roy comme nouveau patron.

Roy qui a justement grandi dans les mêmes ruelles du quartier Saint-Sacrement que l’entraîneur-chef du Rouge et Or, Glen Constantin. Deux hommes de sport qui, sans en porter le nom, mettent aussi tout en œuvre pour gagner.

«Patrick a joué la game et sait comment les joueurs peuvent se sentir. C’est quelqu’un qui en demande beaucoup et c’est normal, il est un gagnant. Moi aussi et en quatre ans dans le junior, je n’ai pas passé la première ronde éliminatoire. Alors je commence à avoir hâte», conclut Benjamin, un peu jaloux des succès et championnats remportés par son frangin.

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LEUR AVENIR DANS LE SPORT

- Christophe Gagné, à sa troisième saison de football universitaire sur cinq

«J’adorerais jouer dans la Ligue canadienne, je rêve d’être un athlète professionnel. Mais ça va dépendre de ma saison cette année, si je vais être invité au Défi Est-Ouest l’an prochain, puis au camp d’évaluation en vue du repêchage l’année suivante. Autrement, j’ose croire qu’avec mon bagage en foot et mon bac en kinésiologie, je vais me trouver quelque chose dans le domaine du football, en préparation physique ou dans le sport en général.»

- Benjamin Gagné, à sa cinquième et dernière campagne de hockey junior majeur

«Je veux faire carrière dans le hockey et je suis persuadé que j’en suis capable, je ne sais juste pas où ça va se réaliser. J’aimerais que ce soit en Amérique du Nord, dans la Ligue américaine ou la Ligue nationale. C’est mon rêve, mon plan A. Sinon, j’ai le talent pour avoir une belle carrière en Europe. Je pourrais aussi commencer des études universitaires et ensuite aller jouer en Europe, ou encore suivre des cours à distance.»