Abolition des bagarres dans la LHJMQ: pas de consensus chez les dirigeants

Voici, en vrac, l’opinion de divers intervenants sur la planète LHJMQ.

Ronald Thibault, président du Phoenix

«On veut protéger davantage nos joueurs. On punit sévèrement les coups à la tête et une bagarre implique forcément des coups à la tête. On doit punir, pour protéger les jeunes. Une bagarre, ça vient toujours me chercher. Depuis le début de la concession du Phoenix, j’ai toujours prôné pour qu’on soit plus sévère. Et c’est une opinion partagée par mes partenaires chez le Phoenix. Une punition plus sévère, comme une suspension automatique, contribuerait à empêcher, ou du moins, à retirer la motivation à se battre. Mettre une sanction plus sévère, ce sera mon argument, jeudi.»

«Ce qui est proposé, essentiellement, c’est qu’il ait une punition plus sévère qu’un cinq minutes à purger lors du même match qu’à lieu la bagarre. Par exemple, une suspension automatique. Est-ce que ça va terminer comme ça, je ne sais pas. Ce n’est pas la première fois qu’on en discute. J’ai été étonné, souvent surpris, par les propos de certains dirigeants.

Le pouls que j’en ai, c’est qu’il y a plusieurs personnes qui veulent faire quelque chose. Trois ou quatre sont plus volubiles, mais est-ce le sentiment généralisé?»

«Il faudrait sévir davantage (contre l’intimidation et les coups salauds). Les arbitres savent ce qui se passe sur la glace, et ils entendent les joueurs parler. S’il y a des abus, et qu’on donne un 10 minutes de mauvaise conduite à un joueur, ça pourrait ralentir les ardeurs de plusieurs. S’il y a de l’exagération, ou même de l’acharnement, ce serait un moyen dissuasif fort.»

Martin Mondou, directeur-gérant et actionnaire des Cataractes

«La ligue a déjà fait beaucoup pour s’assurer que le nombre de bagarres chute. Il n’y a plus de joueurs unidimensionnels sur le quatrième trio, les agresseurs sont punis sévèrement. On voulait éliminer ce type de joueur, on l’a fait.»

«Maintenant on ne rendrait pas service à nos joueurs si on allait encore plus loin, parce que la LNH et les autres ligues professionnelles en Amérique du Nord tolèrent toujours les bagarres. Il y a une raison pour laquelle on suit toujours la réglementation de la LNH, et c’est parce qu’on veut outiller au maximum nos joueurs afin de les aider à passer au niveau suivant. Nous sommes une ligue de développement, ne l’oublions pas.

«Il faut aussi faire attention à l’ADN de notre sport. On veut que ça reste un sport d’émotion, de passion. Le rendre le plus sécuritaire possible, c’est évidemment un objectif de tous autour de la table. Mais il faut travailler de façon à ne pas le dénaturer non plus. Un dossier comme celui-là, il faut l’analyser avec soin avant de changer la réglementation. La pire chose qui pourrait arriver, c’est de statuer sur de nouvelles règles et s’apercevoir dans deux ans que nous étions dans le champ…»

Patrick Roy, entraîneur-chef et directeur général des Remparts

«Je suis pour le nouveau règlement parce que les bagarres ont de moins en moins leur place dans le hockey. En 2020, a-t-on besoin des bagarres? Répondre à la question c’est comme la poser. Je pense que les bagarres sont en voie de disparition. Elles n’ont plus leur place. Mais il va toujours y en avoir. Il y en a au baseball, il y en a au basketball, il y en a au football. Il va toujours y avoir des gestes malheureux qui vont arriver.»

«Un gars qui donne un coup de casque au quart-arrière... La différence c’est que — comme dans tous les autres sports — quand il va y avoir une bagarre, les joueurs vont être expulsés du match. La seule chose qui fait peur à des gens ce sont des bagarres organisées où ça permettrait de faire sortir du match un joueur qui n’a absolument rien à voir, un joueur impliqué dans une bagarre quand c’est l’autre qui a instigué cette bagarre.»

«C’est peut-être là qu’est la zone grise qui devra être vérifiée et bien pensée. Comment on va nettoyer cette partie-là. Ça va être intéressant à voir. Mais je ne suis pas inquiet. Je suis convaincu que les bonnes décisions vont être prises.»

Serge Beausoleil, entraîneur-chef et directeur-gérant de l’Océanic

«Est-ce qu’on devrait chasser un gars après une bagarre? Je pense qu’on est rendus là. C’est juste un pas de plus avant l’éradication des batailles. Je siège sur le comité hockey et on a discuté amplement de ça. On est rendus à 0,26 bataille par match, ce qui veut dire que ça prend quatre matchs pour avoir une bagarre. Quand je suis entré dans le circuit, c’était au-delà d’une par match. On fait des progrès. Il n’y a personne qui veut voir quelqu’un se faire faire mal. Je pense qu’on est rendus là et on sera peut-être même des précurseurs, avant la Ligue nationale, en allant dans ce sens-là.»

«Je pense que c’est une bonne chose pour la sécurité de nos joueurs. On l’a vu, au cours des dernières années, comment il y a moins de bagarres, comment la confrérie est très, très sentie chez les joueurs eux-mêmes, comme ça fraternise avant les matchs, pendant les warm up. Les millénariaux en sont là. Le règlement est très clair: après onze bagarres, c’est un match de suspension. Là, ce serait six plutôt que onze. Tu as une bagarre? C’est une majeure et une extrême inconduite. Tu es sorti du match.»

«Là où il faut nuancer ce règlement-là et où on travaille, en ce moment, c’est de faire attention à ce qu’on va qualifier de bagarre. Par exemple, si le gars est agresseur et que l’autre fait juste se défendre, n’importe qui pourrait arriver et sauter sur Lafrenière pour sortir le meilleur joueur en séries! Il faut être très prudent là-dedans. Ce sont des dossiers où il faut prendre beaucoup de recul et réfléchir à toutes les possibilités parce qu’il y a des esprits un peu machiavéliques qui vont essayer de trouver la faille tout le temps.»

Éric Landry, entraîneur-chef des Olympiques

«Il y a deux façons de regarder le dossier de l’élimination des bagarres. La LHJMQ a déjà diminué de beaucoup les bagarres. Je pense que nous sommes rendus à une moyenne d’une bagarre aux quatre matchs, ce qui est très peu. C’est déjà excellent. Le message que la ligue avait envoyé il y a trois ans, c’était qu’elle voulait réduire les bagarres. Elle n’en voulait pratiquement plus. Nous sommes rendus là.»

«Il ne faut pas oublier que nous avons été impliqués dans des matchs où il y a eu deux, trois et même quatre batailles (comme avec Shawinigan au début du mois de janvier). Des fois, il n’y en a plus dans les sept à dix matchs suivants. La moyenne est donc souvent affectée par un seul match ou un adversaire en particulier. En considérant cela, la moyenne des matchs où il n’y a tout simplement pas de bataille est encore plus basse.»

«Les bagarres sont en train de s’éliminer d’elles-mêmes. Je vois déjà une immense différence depuis l’an dernier et je ne peux pas voir qu’il y en aura plus l’année prochaine, parce que ce sont généralement les joueurs les plus âgés qui se battent. Il y a plein de façons différentes pour éliminer les combats sans les éliminer complètement. Exemple, en donnant cinq minutes avec un 10 minutes de mauvaise conduite automatique. Tu te bats, t’es sorti pour 15 minutes.»

«Maintenant, il faut réaliser qu’au Canada, nous sommes la seule ligue junior au monde où les bagarres sont tolérées. Aux États-Unis, les bagarres sont illégales, à part pour les ligues professionnelles. En Europe, les combats ne sont pas tolérés non plus, mais ils ont des failles dans leurs règles qui ne pourraient pas s’appliquer comme il faut ici. Quand il y a un combat, les joueurs sont expulsés du match.»

«Pour avoir joué en Europe, je pense cependant qu’il faudrait un règlement hybride qui permettrait aux joueurs de se défendre. Il serait trop facile de sortir un joueur d’un match en l’incitant à se battre. Exemple, un joueur comme Alexis Lafrenière pourrait être mis au défi souvent si l’équipe adverse voulait l’inciter à le sortir d’un match. C’est un compétiteur, il voudrait sûrement se défendre si on s’attaquait à lui.»

Jon Goyens, entraîneur-chef du Drakkar «On ne peut pas aller dans une autre direction. Si la Ligue nationale décide qu’il n’y a plus de bagarres ou presque, nous on doit suivre avec nos règlements, comme on l’a fait avec la punition pour la rondelle dans les estrades, d’enlever la ligne rouge pour les hors-jeu ou jouer à trois contre trois en prolongation.»

«Où ça peut être dangereux parfois, c’est quand un 17 ans se bat avec un 19 ans. J’ai même vu cette saison un 16 ans inviter un 19 ans à se battre. Ce sont des situations potentiellement dangereuses.»

«La plupart des gens dans notre ligue sont des parents. Quand tu laisses aller ton fils ou ta fille à l’extérieur, tu espères comme parent que les personnes en charge aient la sécurité comme priorité numéro 1.»

«Cette année, on a eu cinq ou six bagarres dans notre club, dont deux dans le même match. Ça n’arrive pas trop souvent.»

«Il y a des sports bien plus physiques comme le nôtre où il n’y a pas de bagarres», lance Goyens en ajoutant que parmi ceux qui ont rempli le rôle de fiers-à-bras dans la LNH au fil des ans, «plusieurs ont des problèmes de santé aujourd’hui».

Richard Létourneau, président et gouverneur des Saguenéens

«Le raisonnement est simple: on veut diminuer le nombre de commotions cérébrales et on prend des mesures pour améliorer la sécurité des joueurs en changeant, par exemple, les bandes actuelles par des installations moins rigides. Ça suit une certaine logique et je ne serais pas surpris si les bagarres disparaissaient. Il faut arrêter de gérer les exceptions.»

Avec la collaboration de Steve Turcotte, Jean-François Plante, Jean-François Tardif, Steeve Paradis, Johanne Fournier et Jonathan Hudon