Les attaquants Claude Lefebvre et Claude Gosselin sont indissociables de la période bleue des Remparts alors que l’équipe de la LHJMQ appartenait aux Nordiques. Deux «p’tits gars» de Québec qui portaient le même prénom, évoluaient au sein du même trio et sautaient sur la glace chaque soir avec la fierté d’évoluer pour l’équipe de leur ville.

Remparts: l’épopée des deux Claude

La période bleue des Remparts, alors que l’équipe junior majeure appartenait aux Nordiques de la LNH et arborait un uniforme à leurs couleurs, est indissociable des attaquants Claude Gosselin et Claude Lefebvre. Deux «p’tits gars» de Québec qui portaient le même prénom, évoluaient au sein du même trio et sautaient sur la glace chaque soir avec la fierté d’évoluer pour l’équipe de leur ville. Les deux Claude seront salués vendredi au Centre Vidéotron, en même temps que plusieurs autres anciens Remparts et anciens Nordiques, avant le match qui opposera les Diables rouges au Drakkar de Baie-Comeau.

«Moi et Claude Lefebvre avions joué au hockey ensemble au niveau midget AAA. J’avais ensuite débuté ma carrière junior avec les Draveurs de Trois-Rivières, qui m’avaient échangé aux Remparts à ma deuxième saison», raconte Gosselin, qui est ainsi allé rejoindre son ami Lefebvre à Québec durant la saison 1982-1983. C’était la dernière saison avant l’achat des Remparts par les Nordiques et l’arrivée d’un nouvel entraîneur, Guy Charron, le futur entraîneur des Flames de Calgary et des Mighty Ducks d’Anaheim, qui venait tout juste de terminer sa carrière de hockeyeur.

Inséparables

«Nous avions tous les deux une bonne éthique de travail et Guy Charron a décidé de ne jamais nous séparer, alors nous avons toujours joué au sein du même trio jusqu’à la fin de notre carrière junior», poursuit Gosselin à propos de ces années à porter le «R» rouge des Remparts sur un chandail «bleu Nordiques». 

Pour Claude Lefebvre, porter l’uniforme des Remparts était un rêve. «Quand j’étais jeune, mon oncle m’amenait voir les Remparts tous les vendredis!», rappelle celui qui a aussi plus tard été pendant quelques saisons l’adjoint de Patrick Roy derrière le banc des Diables rouges. L’arrivée des Nordiques dans le décor a encore ajouté à l’expérience stimulante des deux amis qui se retrouvaient ensemble sur la patinoire du Colisée de Québec. «C’était quelque chose de côtoyer les joueurs de la LNH. Parfois, ils nous regardaient pratiquer», se souvient-il.

Son ami Gosselin ajoute que l’achat des Remparts par les Nordiques avait amené un certain professionnalisme dans l’organisation de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). Il y avait aussi une fierté de porter les mêmes couleurs que leurs grands frères les hockeyeurs professionnels.

Trop petits

Les deux Claude auraient bien sûr aimé poursuivre leur expérience jusque dans la LNH eux aussi, mais leur gabarit ne s’y prêtait pas vraiment à une époque où les petits joueurs n’étaient pas chose commune dans la grande ligue. 

«Je n’ai pas été repêché, mais j’ai été invité deux ans au camp d’entraînement des Nordiques», indique Gosselin. «Assez pour me rendre compte que la marche était haute entre le hockey junior et la LNH. J’ai eu la chance d’essayer et de voir que c’était un éternel recommencement. Ma sagesse de 19 ans m’a dit d’aller chercher un emploi plus stable!»

Lefebvre, lui, n’a même pas été invité à un camp de la LNH. Si les 5 pieds et 8 pouces de Gosselin faisaient que plusieurs le considéraient comme «trop petit» pour le circuit, imaginez ses 5 pieds et 6 pouces... 

«J’aurais été plus à l’aise avec le jeu de la LNH d’aujourd’hui!», avoue-t-il. «Mon jeu était basé sur la vitesse et l’habileté alors qu’à l’époque, dans la LNH, ça accrochait et ça brassait beaucoup», poursuit-il. Les deux Claude ont donc décidé de poursuivre leur chemin à l’Université de Moncton. Gosselin s’est inscrit en ingénierie alors que Lefebvre étudiait l’administration. Les deux amis étaient co-chambreurs et, sur la patinoire, ils portaient les couleurs de l’équipe universitaire des Aigles Bleus.

L’Europe et l’après-carrière

L’aventure du hockey universitaire a duré une saison pour Lefebvre, qui n’était pas encore prêt à tourner le dos au hockey professionnel. 

«L’Europe m’a ouvert ses portes. Là-bas, il y avait de la place pour les joueurs de mon gabarit. J’ai joué en Autriche, en Italie, au Royaume-Uni et en France. Ça a été une expérience agréable, ça m’a permis pendant huit saisons de gagner ma vie en jouant au hockey», raconte-t-il. Pendant ce temps, son ami Gosselin étudiait et jouait quelques matchs avec l’équipe nationale.

En Europe, Lefebvre a suivi des cours par correspondance pour devenir conseiller financier, un métier qu’il pratique encore aujourd’hui. Pendant ce temps, Gosselin complétait son baccalauréat en ingénierie à Moncton et revenait à Québec pour faire des études de maîtrise en administration. Il est aujourd’hui directeur de production à l’Imprimerie Deschamps.

«En payant nos frais de scolarité, la LHJMQ nous a permis de terminer notre cégep et d’aller à fond dans notre rêve. J’en garde un très bon souvenir et, pourtant, à l’époque, nous n’étions qu’une dizaine de joueurs sur 20 à étudier sérieusement», termine Claude Gosselin. 

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CONTRE LE MAGNIFIQUE

S’ils ont côtoyé avec les Remparts quelques futurs joueurs de la LNH comme les défenseurs Sylvain Côté et Alain Côté et le gardien de but Mario Brunetta, Claude Gosselin et Claude Lefebvre se souviennent surtout d’un hockeyeur qu’ils ont eu à affronter en 1983-1984 : le numéro 66 des Voisins de Laval, un certain Mario Lemieux qui allait compléter la saison avec 133 buts et 282 points, des records de la LHJMQ qui tiennent encore 36 ans plus tard.

«Notre meilleure saison en duo, Claude Gosselin et moi, est la saison 1983-1984 alors que j’ai marqué 62 buts et ajouté 73 aides et qu’il a marqué 56 buts et inscrit 84 aides», indique Claude Lefebvre. Les deux coéquipiers des Remparts ont terminé respectivement troisième et quatrième marqueurs de 

la ligue, mais, même ensemble, ils n’ont pas réussi à égaler la production de celui qu’on appelait le «Magnifique»...

«Mario dominait tellement la ligue. Il a fait 284 points en 70 matchs, c’est comme s’il jouait contre des pee-wee cette année-là! Vous rendez-vous compte que le deuxième marqueur du circuit était son ailier, Jacques Goyette, avec 170 points? C’était encore 112 points de moins que Mario!», poursuit Lefebvre, qui avoue que les matchs face aux Voisins de Laval constituaient toujours un défi.

«Quand on l’affrontait, on essayait d’oublier un peu ses statistiques, mais à la fin du match, on se rendait compte qu’il avait encore marqué deux buts et obtenu deux aides... Mais il y avait un bon côté quand on jouait à domicile. Normalement, les Remparts attiraient environ 1000 spectateurs par match, car les Nordiques drainaient la majorité des amateurs de hockey de Québec à cette époque. Quand les Voisins et Mario étaient de passage au Colisée, ça grimpait facilement à 3000, 4000, voir même 5000 spectateurs», conclut-il. Ian Bussières