Guylaine Dumont témoignera mercredi au Sommet national sur la sécurité dans le sport, à Ottawa. Elle termine une tournée de 160 conférences comme ambassadrice de l’esprit sportif lors desquelles elle met en lumière l’abus verbal et psychologique dont elle a été victime comme joueuse de la part d’un entraîneur.

Refuser l’inacceptable dans le sport aussi

«On a normalisé beaucoup de choses dans le sport. On a accepté des comportements qui sont inacceptables dans d’autres domaines», constate Guylaine Dumont, qui témoignera mercredi au Sommet national sur la sécurité dans le sport, à Ottawa.

L’ancienne volleyeuse, peut-être la meilleure que le Canada ait portée, termine une tournée de quelque 160 conférences comme ambassadrice de l’esprit sportif. Le témoignage de la résidente de Saint-Antoine-de-Tilly, sur la rive-sud de Québec, met en lumière l’abus verbal et psychologique dont elle a été victime comme joueuse de la part d’un entraîneur.

Des comportements qui se produisent encore aujourd’hui dans le sport d’élite, près de 30 ans plus tard, et auxquels l’actuel mouvement pancanadien pour une meilleure sécurité dans le sport veut remédier. Le Sommet national, point culminant d’une série de sommets provinciaux, voudra accoucher d’une liste de recommandations au terme de deux journées de débats, mercredi et jeudi.

Comme l’instauration d’un code d’éthique obligatoire pour les fédérations sportives, l’imposition de sanctions harmonisées au niveau national en cas d’infractions audit code et, surtout, la création d’une entité indépendante dotée de pouvoirs réels pour faire appliquer ces nouvelles règles.

«Ça fait pas mal l’unanimité partout, autant auprès des athlètes que des fédérations. Et idéalement, ça prendrait ça dans chaque province», indique celle qui a cofondé l’organisme Sport’Aide justement dédié à l’aide aux intervenants du milieu sportif étant la cible d’abus, de violence ou de harcèlement en tous genres.

Une part d’éducation

Dumont témoignera devant les membres de l’Association canadienne des entraîneurs avec l’ancienne skieuse alpine Allison Forsyth, l’une des victimes de l’entraîneur Bertrand Charest reconnu coupable il y a deux ans de 37 des 57 chefs d’accusation de crimes sexuels et d’abus de confiance portés contre lui.

Dans le cas de Dumont, c’était plutôt des insultes, des propos pour toujours la rabaisser, de la violence verbale, de l’intimidation continuelle. Elle a mis des décennies à se rebâtir comme personne. Et voilà qu’elle réalise que comme elle à ses années de joueuse d’élite, nombre d’athlètes actuels ne sont même pas conscients des limites qu’un entraîneur ne peut pas franchir.

«Ce n’est pas normal que quelqu’un te regarde en crachant à terre, t’engueule, te fasse faire 100 push-ups ou te fasse faire un entraînement excessif. À l’école, sacrer après un élève, ça ne se fait pas. Pourquoi ça se ferait dans un gymnase ou sur un terrain?»

«Même chose pour le harcèlement sexuel ou les blagues déplacées qui créent des malaises. Et pas juste venant des coachs, mais aussi entre athlètes. Il y a une éducation à faire, c’est certain. C’est une des étapes», insiste celle qui a touché quelque 18 000 personnes du milieu sportif dans le cadre de sa tournée auprès des programmes sportifs scolaires, cégeps, clubs, fédérations, municipalités. L’ex-bosseur Jean-Luc Brassard était aussi de l’aventure comme ambassadeur de l’esprit sportif.

Admis au Temple!

Entraîneur de l’équipe nationale de volleyball féminin junior puis senior qui l’a tant brisée, Mike Burchuk est aujourd’hui membre des Temples de la renommée de l’Université de Winnipeg, du sport du Manitoba et de Volleyball Canada avec deux équipes. Dumont a à nouveau effectué des représentations auprès des instances concernées ces dernières années, mais en vain.

Elle dit avoir pardonné pour aller de l’avant et encourage maintenant les athlètes aux prises avec des problèmes similaires à dénoncer et à aller chercher de l’aide. Comme chez Sport’Aide, qui a maintenant sa ligne d’écoute téléphonique, un organisme basé sur le modèle britannique et amélioré à la québécoise.