En 1996, Marshall Fogel a payé 120 000 $ pour une carte de Mickey Mantle de 1952 en parfait état. Plus de 20 ans plus tard, l'item vaudrait au moins dix fois plus.

Rare sortie pour le «saint Graal» des cartes

DENVER — Le «saint Graal» des cartes de baseball, évalué à plusieurs millions de dollars, est arrivé lundi au Centre d’histoire du Colorado. Une arrivée sous haute escorte.

C’est dans un camion blindé que la carte, en parfait état, de 1952 de la compagnie Topps représentant la légende des Yankees de New York, Mickey Mantle, est arrivée à Denver, où le public peut l’observer de près jusqu’à jeudi. 

«Je voulais procurer ce plaisir aux gens, je voulais qu’ils puissent la voir», explique le propriétaire du «trésor», l’avocat à la retraite Marshall Fogel. «C’est la carte la plus précieuse jamais imprimée, et c’est mon joueur favori qui est dessus, Mickey Mantle.»

Le bout de carton, que M. Fogel a fait assurer pour 12 millions $, «et qui vaut probablement davantage», est visible dans le hall du musée, dans le cadre de l’exposition Play Ball! (Au jeu!) où le public pourra voir plusieurs articles rares de la collection de Marshall Fogel. 

Mike Fruitman, un expert en cartes de sports qui habite Aurora, au Colorado, estime que la carte de M. Fogel vaut au moins le même montant que la fameuse carte T206 de 1909 de Honus Wagner, un item extrêmement rare dû à la rétience de l’ancien joueur d’arrêt-court de voir sa carte vendue dans un paquet de cigarettes.

Alors, pourquoi une carte imprimée 43 ans plus tard est-elle si rare?

Dû à la qualité suspecte de la série Topps de 1952, plusieurs de ces cartes — incluant celles de Mantle — ont été retournées à la compagnie, faute d’avoir trouvé preneurs. Afin de faire de l’espace pour les cartes de 1953, les invendues de 1952 ont été... larguées dans le fleuve Hudson!

Parmi les cartes qui ont survécu, celle de Fogel a reçu une cote de 10 — elle est donc considérée comme étant quasi parfaite. Or, il n’existe que trois de ces cartes ayant la fameuse cote de 10. De plus, celle de l’avocat de Denver est la seule des trois à être cotée A+.

Des trois copies de cette carte ayant reçu une cote de 10, celle que détient Marshall Fogel est la seule à être cotée A+.

«Alors, oui, c’est le saint Graal des cartes sportives», affirme Mike Fruitman. «En plus, Mickey Mantle était beaucoup plus populaire que Wagner. Mais, chaque carte a son histoire.»

D’ailleurs, Fogel, qui a définitevement la main heureuse, possède également la photographie originale qui a été utilisée pour confectionner la fameuse carte de Wagner.

Ali, Roy et Elway

Comme plusieurs collectionneurs, Marshall Fogel a attrapé la piqûre pour ce passe-temps à la fin des années 80. Au fil du temps, Fogel s’est non seulement constitué l’une des collections les plus dispendieuses d’items de baseball, il se passionne également pour les artéfacts de l’histoire de la boxe et les photographies historiques. 

«J’ai toujours aimé la boxe, sport que j’ai un peu pratiqué quand j’était enfant. Mon père m’amenait souvent voir des combats. Alors, j’ai maintenant des gants ayant appartenus à Jack Dempsey, à Sugar Ray Leonard et à Muhammad Ali. J’ai aussi un chandail qu’a porté Patrick Roy quand il a gagné la Coupe Stanley, l’uniforme que portait John Elway lorsqu’il a gagné le Super Bowl. Je collectionne aussi des objets sur Le magicien d’Oz et sur Marilyn Monroe.»

Ajoutons à la liste une balle autographiée par Babe Ruth, une autre autographiée par Ty Cobb et aussi le tout dernier bâton autographié par Lou Gehrig.

Mais, dans toute cette série d’objets rares et impressionnants, c’est la carte de Mantle qui a droit au traitement le plus méticuleux. La carte est gardée dans un coffre-fort à la banque. Son propriétaire dit rendre «une visite» annuelle à son bien le plus précieux. 

«Oh, je l’aime [la carte]», dit M. Fogel. «Mais, plus que prendre la prendre dans mes mains, je dois vous admettre — ne le dites à personne — que ce que j’aime le plus, c’est de porter l’ancien uniforme de Mantle, celui qui était exposé au restaurant qu’il possédait à Manhattan.»

Fait incroyable, le collectionneur s’était fait dire en 1996 qu’il était stupide de payer... 120 000 $ pour la fameuse carte. Maintenant, l’objet vaut au moins 100 fois plus. 

«Avant j’étais qualifié de stupide», explique Marshall Fogel. «Maintenant, on me préfère me dire judicieusement excentrique», avant d’ajouter qu’il «amènera la carte avec moi au paradis. Elle sera placée sur ma poitrine dans mon cercueil.»