Un canon à neige a été installé devant le glacier Rettenbach, près de Solden, en Autriche, à deux jours de la Coupe du monde de ski alpin. Les pistes, toujours vertes, font les frais des changements climatiques qui retardent l’hiver en montagnes.

Quel ski de compétition avec le réchauffement climatique?

SOLDEN — Témoin direct du réchauffement climatique avec la fonte des glaciers et une neige en moyenne moins abondante, le monde du ski essaie de garantir la tenue des compétitions pour perdurer.

À l’entraînement sur le glacier de Tignes à 3100 m d’altitude, la skieuse internationale française Anne-Sophie Barthet a poussé jeudi dernier un cri du cœur en postant un poème sur les réseaux sociaux accompagné d’une photo où la neige est quasiment absente. «Un glacier, est-ce que c’était blanc? Et le ski sur la neige, c’était comment?», écrit-elle notamment en se projetant dans le futur.

«On n’a pas l’impression que le ski est un sport d’avenir. On a l’impression de voir les vestiges de ce qu’était un glacier avant. On est les premiers à assister en direct live aux conséquences du réchauffement climatique et on se sent impuissants», commente Barthet pour l’AFP.

«Sur l’échelle de ma carrière, entre le moment où j’ai commencé à m’entraîner ici à 12 ans et aujourd’hui à 30 ans, le glacier est méconnaissable», constate-t-elle, précisant qu’elle ne se veut pas «alarmiste» mais soulève «un problème de fond».

Neige stockée et canons

Et pourtant skier en haute altitude sur les glaciers constitue déjà une réponse au manque d’enneigement, pour permettre aux champions de s’entraîner avant l’hiver et de commencer les compétitions dès octobre.

La première course de Coupe du monde était ainsi programmée samedi dernier à Solden (Autriche) sur le glacier du Rettenbach (3000 m). Mais entre les alpages verdoyants baignés de soleil et les pics rocheux privés de leur manteau neigeux, la vallée de l’Otztal paraissait plus propice aux randonnées qu’à la glisse.

Des températures bien plus élevées que la moyenne depuis le début du mois avaient obligé les organisateurs à préparer la piste avec de la neige stockée depuis l’hiver dernier. Le stockage est l’une des deux réponses au manque d’enneigement avec les canons à neige artificielle selon Vincent Jay, directeur du Club des sports de Val d’Isère, organisateur de deux manches de la Coupe du monde (8-9 puis 14-16 décembre), où l’on utilise si besoin la neige artificielle.

S’il n’y a pour lui «pas d’inquiétude à long terme» après un dernier hiver très enneigé, «on se prépare en investissant dans la technologie». Les pistes sont notamment équipées de capteurs GPS qui indiquent avec précision aux dameuses la hauteur de neige et donc le travail à faire sur chaque secteur, permettant «de produire moins de neige, d’économiser des heures de dameuses etc».

«On a des canons qui sont de plus en plus performants, plus économes en énergie, en eau. Ils produisent plus de neige, c’est un impact qui est moindre. Il y a eu des énormes progrès, je dirais depuis une quinzaine d’années», estime l’ex-champion olympique de biathlon (2010).

«Sujet majeur»

Le directeur des courses féminines de la Fédération internationale de ski (FIS) Atle Skaardal, se félicite aussi des progrès du stockage de neige et des canons, qui restent cependant «des technologies énergivores adaptées à des petits volumes de neige».

«Le réchauffement climatique n’est pas encore un sujet majeur dans nos réflexions sur le calendrier des épreuves de Coupe du monde. Mais c’est un sujet qui va devenir de plus en plus important parce que nous observons bien la tendance d’un hiver de plus en plus tardif dans certains endroits du monde.

En réponse, Skaardal estime par exemple que la Scandinavie serait capable d’accueillir des courses jusqu’à mi ou fin-mars. «Les sports de neige seront peut-être différents dans 50 ou dans 100 ans. Je pense que tellement de personnes aiment le ski que des solutions vont être trouvées. Je ne sais pas exactement lesquelles mais je ne peux pas imaginer le ski complètement disparaître.»

Et l’option ski en salle, critiquée pour son empreinte carbone? Le président de la FIS Gian Franco Kasper a donné vendredi dernier à la presse un avis tranché : «Pour moi, si l’on organise des compétitions à l’intérieur, c’est la fin de mon sport.»