Les Red Wings disputent actuellement leur dernière saison au Joe Louis Arena, leur domicile depuis 1979, sur les rives de la rivière Detroit, où ils ont gagné quatre Coupes Stanley.

Quand Montréal inspire Detroit

Quand les Red Wings ont commencé à élaborer les plans de leur nouveau domicile, ils n'ont pas seulement pris des décisions d'affaires.
Ainsi, on a demandé au directeur général, Ken Holland, de nommer l'amphithéâtre qu'il juge être le plus intimidant pour son équipe.
«Ken a répondu : sans aucun doute, c'est Montréal», relate Tom Wilson, chef de la direction d'Olympia Entertainment et grand manitou de l'administration des Wings, en entrevue à La Presse.
«C'est un édifice très étroit, ça donne le sentiment que les partisans sont vraiment au-dessus de toi. Tu regardes autour au Centre Bell, tu ne vois que du rouge. C'est intimidant. Dans plusieurs nouveaux arénas, on a dégagé les vues afin que les gens puissent voir la patinoire depuis les coursives [à Pittsburgh, entre autres]. Donc, depuis la patinoire, tu vois ces coursives. Mais à Montréal, tout ce que tu vois, ce sont des gens par-dessus des gens, par-dessus d'autres gens.»
Les Wings disputent actuellement leur dernière saison au Joe Louis Arena, leur domicile depuis 1979, sur les rives de la rivière Detroit. Pendant ce temps, à quelque deux kilomètres au nord, le Little Caesars Arena prend forme. L'ouverture est prévue pour septembre prochain.
Les partisans du Canadien l'ont vécu : pas facile de quitter un édifice mythique. Il a fallu attendre plusieurs années après la fermeture du Forum avant que le Centre Bell se crée une âme. Et encore, les nostalgiques diront qu'il manque encore un je-ne-sais-quoi. Une Coupe Stanley, peut-être?
Les Wings, eux, ont gagné quatre Coupes Stanley dans leurs 36 premières années au «Joe». Ils ont donc un lourd bagage à transporter dans leur nouvelle demeure.
«Ça n'avait que 40 ans, mais ça paraissait parfois plus vieux. On devra porter une attention particulière à l'histoire, reconnaît Wilson. Allez au Centre Bell, l'édifice baigne dans l'histoire du hockey. Je ne suis jamais allé au Forum, mais ça sent le hockey au Centre Bell. Nous, on valorisera l'héritage des Wings. Le Joe est vieux et on ne pourra jamais reproduire ça. Mais ce qui l'a rendu spécial, c'est l'histoire. Le but sera de créer de nouveaux moments historiques.»
La patinoire d'entraînement des Wings sera aussi greffée au projet, accessible depuis l'intérieur de l'amphithéâtre principal. À cet effet, c'est le tout nouveau centre d'entraînement des Penguins de Pittsburgh qui a servi d'inspiration.
Une ville «abandonnée»
Pas besoin d'un doctorat de la London School of Economics pour comprendre que Detroit ne roulait pas sur l'or. En juillet 2013, criblé par une dette de quelque 20 milliards $, Detroit déclarait même faillite. C'était simplement la suite logique pour une ville qui semblait morte.
«À mes deux premières années ici, tout ce que tu faisais au centre-ville, c'était assister à des événements sportifs», se souvient le capitaine Henrik Zetterberg, porte-couleur des Wings depuis 2002.
«Avant, tu ne passais pas beaucoup de temps au centre-ville. Les gens n'y vivaient pas, ne venaient pas pour manger ni pour magasiner. C'était devenu comme une banlieue», ajoute l'entraîneur-chef des Wings, Jeff Blashill, natif du Michigan, et dont le père a travaillé pendant 10 ans comme policier dans la ville de l'automobile.
Mais voilà, partout, on annonce la renaissance du centre-ville de Detroit. On y retrouvait déjà les stades des Lions (football) et des Tigers (baseball). À cela s'est ajoutée la société Quicken Loans, qui y a déménagé son siège social.
C'est là qu'est arrivée la famille Ilitch, propriétaire des Wings, avec un plan non seulement pour un aréna, mais pour un quartier complet, qui fera 50 pâtés de maisons au terme de l'exercice. Les Pistons de Detroit, l'équipe de basketball qui jouait en banlieue, ont quant à eux récemment annoncé qu'ils déménageraient eux aussi au Little Caesars Arena. Detroit deviendra donc la première ville nord-américaine avec quatre équipes professionnelles majeures installées au centre-ville.
Relative unanimité
«Dans les 50 blocs, il y a déjà six théâtres, l'aréna, les stades de football et de baseball, énumère Wilson. Il y aura donc environ 1000 événements par année. Il y a quatre ans, il était impossible de marcher au centre-ville, les gens avaient peur. Maintenant, plein de gens vont marcher.»
Ces grands projets se butent souvent à diverses formes de résistance, mais dans ce cas-ci, la construction de l'aréna et le développement du quartier avoisinant semblent s'être faits dans l'unanimité. Les autorités municipales ont avancé 250 millions $ sous forme d'obligations, mais la famille Ilitch a assumé le reste des quelque 730 millions $.
Un organisme, Preservation Detroit, a mené une campagne pour sauver un ancien hôtel qui était menacé par le projet. Le Park Avenue Hotel a finalement été démoli. Preservation Detroit n'avait pas répondu au message laissé par La Presse au moment de publier.
Il y a bien eu une pétition pour faire changer le nom de l'aréna, mais le projet en soi n'était pas critiqué. Sinon, les promoteurs ont écopé d'une amende de 500 000 $ l'an passé parce qu'ils n'avaient pas atteint la cible de 51 % de citoyens de Detroit parmi les travailleurs.
Mais du reste, le projet a pu aller de l'avant sans grande résistance. «Les gens soutiennent le projet, car c'est le premier grand projet depuis longtemps», soutient le collègue Ted Kulfan, du Detroit Free Press.
Le principal bémol, pour l'heure, c'est que le Joe Louis Arena est menacé de fermer ses portes... en avril. Les Wings sont à sept points d'une place en séries. Ce serait assez ironique de tirer le rideau de cette façon sur un amphithéâtre qui a accueilli du hockey printanier chaque année depuis 1990...
«Samedi, c'était une grosse victoire contre les Penguins, rappelle Tom Wilson. Si on colle quelques victoires, on va revenir dans la course. On ne veut pas que ça finisse comme ça, et c'est pour ça que les gars vont se battre jusqu'à la fin.»