Prix symbolique pour Marian Stastny

Son frère en parle comme d'un modèle, ses anciens coéquipiers comme d'un joueur d'équipe. Admiré des amateurs de hockey, voilà que la communauté des affaires souligne le parcours de Marian Stastny dans le monde des affaires, «un domaine où je suis toujours un débutant», lance en souriant l'ex-joueur des Nordiques de Québec.
L'homme âgé de 64 ans recevra le Prix d'excellence ambassadeur de la Chambre Économique Canada-Europe, jeudi, dans le cadre du premier Gala de l'organisme qui récompensera aussi des petites, moyennes et grandes entreprises ayant réalisé un développement des affaires dans l'axe Canada-Union européenne.
Le choix de Marian avait aussi une valeur symbolique, parce que sa décision - et celle de ses frères - de fuir le régime communiste de la Tchécoslovaquie en 1980 et 1981 allait avoir un impact au-delà du sport.
«Le libre-échange entre le Canada et l'Europe est basé sur la circulation des biens et des services entre les frontières. Lorsqu'on a fui notre pays, nous avons aussi contribué à faire tomber les barrières, à ouvrir les horizons des gens, pas seulement en Tchécoslovaquie, mais partout ailleurs. Je
pense que ç'a aidé à faire tomber le rideau de fer, le mur de Berlin. Nous étions à la recherche de la liberté, et la liberté, elle n'a pas de prix», a confié Anton Stastny.
Anton sera présent à l'Hôtel Le Concorde, jeudi, pour la remise du prix à son frère, qu'il admire toujours autant. Un empêchement ne permettra pas à Peter d'y assister.
«Je tenais à venir pour l'hommage à Marian, car je trouve qu'il s'agit d'une opportunité de montrer que le monde ne s'est pas arrêté avec la fin de notre carrière de joueur. On a toujours continué avec courage cette envie d'entreprendre des choses», a dit Anton, lui-même homme d'affaires en Suisse.
Peter et Anton ont pris des chemins différents après leur passage à Québec, mais Marian s'y est installé pour reconstruire son nid familial. Il a désormais passé plus de temps au Canada que dans sa ville natale, en Slovaquie.
«Quand je suis à Québec, Bratislava me manque. Quand je suis à Bratislava, je m'ennuie de mon beau Québec», dit Marian, la voix basse, mais le mot juste.
Depuis 2014, l'ancien numéro 18 souffre de la maladie de Parkinson. «Ça va bien, je me suis habitué à vivre avec la maladie. La seule chose, c'est que je ne peux pas parler comme je le faisais avant», souligne-t-il en entrevue.
Son passé parle de lui-même. Ancien membre de l'équipe nationale tchécoslovaque à la Coupe Canada de 1976 et aux Jeux olympiques de 1980, à Lake Placid, Marian Stastny a rejoint ses frères Anton et Peter avec les Nordiques en 1981, un an après leur arrivée historique en 1980. Il a disputé quatre saisons à Québec, s'offrant une campagne de 89 points, dont 36 buts, à sa première année. Il a terminé sa carrière avec les Maple Leafs de Toronto, en 1986.
Marian l'entrepreneur
Mais derrière le joueur, il y avait un entrepreneur. Il allait construire sa maison sur le lopin de terre acheté à Saint-Nicolas. Et petit à petit, il y a développé un club de golf, «Le Stastny».
«Mes parents m'ont toujours dit de prendre Marian en exemple, de regarder ce qu'il faisait. Marian a franchi des obstacles au cours de sa vie, ça n'a pas toujours été facile, mais il n'a jamais lâché et il a toujours eu de la détermination et du courage», reconnaît Anton.
Encore une fois, jeudi, il regardera son frère aîné avec admiration. Marian est heureux de recevoir ce prix, mais plus important encore, il cherche toujours à repousser les barrières.
«Je ne pense pas être un modèle, c'était plus un engagement pour moi. Je veux être un élément positif dans la société», ajoute Marian, le hockeyeur devenu bâtisseur, et dorénavant, ambassadeur!
Anton loin en distance, mais proche de coeur
Anton Stastny l'admet, il n'aurait jamais pensé que son frère Marian serait, un jour, propriétaire d'un terrain de golf. «Nous n'étions pas des golfeurs, lui encore moins, mais il avait le sens des affaires et toujours eu l'amour de la nature», a expliqué l'ancien ailier devenu fabricant de meubles en bois.
Un petit sourire en coin accompagne l'anecdote, mais le respect est palpable entre les deux frères, même si un océan les sépare. «On est loin en distance, mais proche de coeur. La clé de notre réussite, c'est que chacun d'entre nous était différent dans son comportement, dans sa tête. Mais nous avions toujours le même coeur, c'est ce qui nous réunit», admet Anton.
Contrairement à Marian, c'est en Suisse qu'il s'est lancé en affaires. Après y avoir joué, il est rentré à Québec, où il dit toujours se sentir chez lui malgré les années qui passent, sans parvenir à se trouver un emploi. Une occasion s'est présentée à Lausanne. «Les affaires, c'est un peu le hasard et le destin. Ç'a été la même chose pour Marian, et il a bien réussi»,  reconnaît l'auteur de 252 buts dans la LNH.
Plusieurs anciens joueurs des Nordiques accompagneront Marian à son hommage, dont Anton, bien sûr, mais aussi Dave Pichette, Alain Côté, Michel Goulet, André Savard et quelques autres.
«Marian était mon voisin de casier à son arrivée avec les Nordiques. Nous, on est chanceux d'être venu au monde ici, dans le système que l'on vit, mais les frères Stastny, eux, vivaient dans un régime communiste et ils ont pris des décisions extraordinaires. Ce n'est pas facile de déraciner quelqu'un de chez lui, de vivre dans un nouveau pays, dans une nouvelle langue. On ne se rend pas compte de tous les sacrifices qu'ils ont faits. Nous avons eu le privilège de voir leur talent sur la patinoire, mais derrière cela, il y avait aussi une histoire humaine. On est toujours heureux de voir un ancien réussir, parce qu'on ne sait pas toujours ce qu'on va faire une fois la carrière terminée. Je ne suis pas sûr que Marian était un grand joueur de golf avant de se lancer en affaires», disait avec respect et humour Dave Pichette, président des anciens Nordiques.