Skal Labissière (à droite), 21 ans seulement, qui a joué avec les Kings de Sacramento la saison denière, incarne le rêve de tous les jeunes basketteurs haïtiens.

Pour renaître, le basket haïtien rêve de NBA

Au bord du terrain, dans un gymnase de Port-au-Prince, parmi des dizaines de jeunes joueurs, une silhouette élancée se distingue : celle de Skal Labissière. Ce jeune Haïtien de 21 ans, qui a joué cette saison chez les Kings de Sacramento, incarne les rêves de ces adolescents.
Tous sont là pour réaliser leur objectif : évoluer dans la NBA, l'emblématique ligue de basketball nord-américain. Les entraîneurs qui donnent les ordres à Port-au-Prince sont d'ailleurs venus à Haïti pour y repérer les potentiels talents capables d'évoluer un jour aux côtés de Skal Labissière, LeBron James, Stephen Curry ou James Harden...
«C'est une bénédiction et un réel plaisir de revenir pour partager mon expérience avec les jeunes ici», sourit Skal. «Il y a sept ans de ça, jamais je n'aurais pu penser que je serais là où je suis aujourd'hui», songe-t-il du haut de ses 2,12 mètres.
Coincé dans les décombres
Lors du séisme du 12 janvier 2010, il se retrouve plusieurs heures coincé dans les décombres de la maison familiale, avec sa mère et son frère. Blessé aux jambes, il lui faudra des semaines avant de pouvoir marcher à nouveau.
Valméra Pierre, qui avait déjà repéré le potentiel, accélère le processus pour faire venir Skal aux États-Unis, malgré ses blessures.
Hisser les talents haïtiens comme Skal au plus haut niveau, c'est le leitmotiv de cet ancien joueur international et fondateur de l'organisation Power Forward International (PFI) qui se démène pour trouver bourses d'études et offres de stages sportifs aux jeunes Haïtiens.
«Beaucoup de portes se sont ouvertes grâce à des personnes comme Skal qui sont arrivées au niveau de la NBA et qui ont permis aux recruteurs d'avoir un oeil sur Haïti», se réjouit Michael Alphonse.
Mesurant déjà 2,06 m à tout juste 18 ans, son bac fraîchement obtenu, il rêve de brandir le drapeau haïtien sur les podiums internationaux.
«Ça nous permettra enfin d'enlever cette vieille image de pauvreté que le monde a de notre pays», explique Michael, déjà sélectionné, avec neuf autres jeunes Haïtiens, pour une semaine d'entraînement au Texas.
Aubaine inestimable
Pour la Fédération haïtienne de basket, l'aide et les contacts mobilisés par les vedettes nationales sont une aubaine inestimable. «Pour sûr, la vie est faite d'échecs et les jeunes le savent déjà en vivant ici. Alors, si on peut leur montrer des exemples de succès, leur montrer qu'il y a de l'espoir, ça les aidera à être combatifs et ça, ça changera définitivement les mentalités ici», assure Patrick Washington, directeur général de la Fédération.
«Si nous prenons soin de ces jeunes aujourd'hui, ils vont prendre soin du pays plus tard», ajoute-t-il en prenant Skal pour exemple.
L'espoir de s'en sortir par le sport, c'est ce qui motive Luckson Samedi à s'entraîner chaque semaine. Orphelin de père, il vit avec sa mère et ses deux petits frères dans un abri de quelques mètres carrés seulement.
«Mon plus grand rêve, ça serait de faire mieux vivre ma maman, dans une vraie maison et sans qu'elle ait à s'inquiéter pour l'argent de la nourriture», confie le grand adolescent de 15 ans, appuyé sur les sacs de charbon que sa mère tente de vendre, sans rarement tirer de bénéfices.
Elina n'y connaît pas grand-chose en basket, mais elle est fière de son fils et rassurée, car les membres de PFI attachent autant d'importance qu'elle à la réussite scolaire.
«Les entraîneurs m'ont dit : le premier talent, c'est l'école, après c'est le basket : quand on est intelligent et qu'on comprend bien les choses, on est garanti de réussir», se souvient la mère de Luckson. «Quand on m'a dit ça, ça m'a encouragée et je me suis dit que, si Dieu veut, il pourra faire de belles choses», sourit-elle.
Fier d'être Haïtien
Promouvoir la jeunesse haïtienne, c'est l'objectif premier d'Henry Jean, président de la Fédé. «C'est notre rôle en tant que Fédération de détecter ces talents et Power Forward nous aide en ça, mais également à placer nos enfants à l'étranger dans l'espoir d'une vie meilleure», témoigne M. Jean, qui s'active pour reformer, avec des joueurs comme Skal Labissière, une équipe nationale senior, inexistante depuis plus de 20 ans.
L'espoir et le rêve : sans les bercer d'illusions, Skal Labissière motive les jeunes, bien au-delà des enjeux sportifs. «Je leur dis d'être fiers d'être Haïtiens. Ne laissez jamais personne vous dire ce que vous pouvez ou ne pouvez pas accomplir : ce sont vos rêves, personne ne peut vous les retirer», affirme Skal, qui reconnaît tout de même qu'avant de voir une finale de Jeux olympiques opposant Haïti aux États-Unis, «nous avons une longue route à faire, mais tout est possible, vous savez.»