De passage à Québec jeudi en compagnie de son ancienne coéquipière Charline Labonté pour faire la promotion du nouveau service d’écoute de l’organisme Sport’Aide, Marie-Philip Poulin (à droite) a admis que le souvenir de la défaite de l’équipe canadienne en finale à PyeongChang est encore douloureux.

Poulin n'a pas encore digéré la défaite du Canada aux JO

Marie-Philip Poulin n’est pas complètement remise. Elle a encore la défaite olympique en travers de la gorge.

«C’est sûr que ç’a été dur, je ne mentirai pas. Ç’a été un mois difficile après et ce l’est encore quand j’y repense», confie la capitaine de l’équipe canadienne de hockey féminin.

Vive déception que cette médaille d’argent ramenée de PyeongChang, conséquence d’une finale échappée 3-2 en tirs de barrage aux mains des Américaines. Tout le monde l’aurait tellement voulu en or, la grosse pièce de métal. À commencer par Poulin.

«Il y avait beaucoup de pression, on s’en allait sur notre cinquième médaille d’or. En tant que capitaine, c’est sûr que tu mets ça beaucoup sur tes épaules», dit celle qui possédait déjà l’or de Sotchi et de Vancouver dans sa collection personnelle.

«Mais avec un pas de recul, l’équipe qu’on avait, la chimie d’équipe qu’on avait, je n’aurais rien changé, pour être honnête. On avait un très beau groupe, on a tout donné. Il n’y a aucun regret. Oui, il y avait des questionnements, aurait-on dû faire ça ou ça. Mais veux, veux pas, la défaite en tirs de barrage, ç’aurait pu aller d’un bord comme de l’autre. C’est la vie», philosophe-t-elle.

Rencontrée jeudi à Québec dans une tournée de promotion pour l’organisme Sport’Aide et son nouveau service d’écoute, Poulin admet avoir profité de l’oreille attentive de ses proches, depuis son retour.

De toute façon, aucune déprime ne résiste à l’enthousiasme beauceron. Il y a trois semaines, ses concitoyens de Beauceville lui ont offert rien de moins qu’une parade. Oui oui, une vraie parade dans les rues! Avec elle-même juchée sur le dernier char allégorique et, en prime, le passage d’un F-18 à basse altitude. Une grande fête pour acclamer leur héroïne locale, la totale.

«C’est là que j’ai réalisé que les gens sont encore fiers et qu’il y a plus que des médailles olympiques dans la vie de tous les jours. Les gens sont fiers et reconnaissants, fiers de pouvoir dire qu’ils me regardaient à la télé!» sourit la célèbre numéro 29, qui a toujours profité du support indéfectible de sa région.

Rôle différent

Son acolyte pour faire connaître Sport’Aide et ancienne coéquipière Charline Labonté, qui était aussi sur le char à Beauceville avec Mélodie Daoust et d’autres joueuses des Canadiennes de Montréal, jasait souvent avec Poulin durant les JO. En raison de sa formation en psychologie, de son statut de quadruple médaillée d’or olympique et, surtout, de grande amie.

«J’ai vécu ça de mon salon, avec ma bouteille de vin!» lance Labonté, en riant. «J’ai trouvé ça aussi dur que si j’étais là.»

L’ex-gardienne de but s’entretenait avec sa protégée presque chaque jour, au téléphone. «Elle vivait ça dans un autre rôle. Elle a toujours été le petit bébé qui avait un talent incroyable, mais là, de transformer ça en rôle de leader et d’avoir la pression du pays au complet, c’était différent pour elle. Je l’aidais à vivre ça calmement», fait valoir celle qui a pris sa retraite du hockey il y a un an.

Établie à Montréal, Poulin prend en ce moment le temps de faire autre chose que du hockey. Juste assez pour «me faire m’ennuyer», comme elle le dit. Ce qui ne l’empêche pas de s’entraîner en salle et de savoir qu’elle rechaussera les patins quelque part en juin. Son prochain match officiel se jouera dans l’uniforme des Canadiennes, l’automne prochain.

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LABONTÉ AURAIT EU BESOIN DE SPORT'AIDE

«J’étais au secondaire, qui est déjà une période de la vie où tu te cherches. En plus, j’étais dans un sport masculin où tout le monde te dit que tu n’as pas ta place, que tu n’es pas assez bonne. Des coachs, des jeunes... Les garçons de 15 ans ne sont pas toujours les plus gentils, surtout quand tu es meilleure qu’eux! J’ai connu une phase très difficile où je n’étais plus sûre que ça me tentait encore de joueur au hockey.»

C’était il y a 20 ans. Charline Labonté en a aujourd’hui 35. Entre-temps, elle a mis la main sur quatre médailles d’or olympiques, trois du Championnat du monde, trois titres universitaires canadiens et une Coupe Clarkson. Mais l’adolescente aurait eu besoin d’un organisme comme Sport’Aide pour l’écouter et lui fournir les bons outils.

Sport’Aide intervient auprès des victimes de violence de toute nature dans le milieu du sport, que ce soit psychologique, verbale, physique ou sexuelle. Une relation toxique entre un athlète et son entraîneur, mais aussi entre athlètes ou encore de la part de parents.

Labonté rappelle que toute personne différente dans une équipe sportive peut devenir la cible d’une certaine violence. Derrière les portes du vestiaire ou à l’extérieur. Elle en a encore eu la preuve en 2014 quand elle a rendu son homosexualité publique.

«Quand j’ai fait mon coming out, je me suis fait traiter de certains noms... Si tu es différent, Noir dans une équipe blanche, fille dans une équipe de gars, gai dans un environnement plutôt hétérosexuel, c’est juste de dire que c’est correct, que tu peux y arriver quand même et atteindre tes buts.»

Actif par courriel (aide@sportaide.ca) depuis deux ans, Sport’Aide lance sa ligne d’écoute téléphonique au 1-833-211-AIDE (2433), qui fonctionne aussi par texto. L’organisme est financé à 85 % par le gouvernement du Québec et tenait un cocktail de financement privé jeudi soir, à Québec.