Après avoir atteint l'an dernier le chiffre de 30 000 jeunes participants, le même nombre que lors de la dernière saison des Expos en 2004, Baseball Québec répertorie cette année 32 000 jeunes joueurs, une première depuis que «Nos Amours» sont parti pour Washington.

Plus de joueurs qu'à l'époque des Expos

Pour la première fois cette année, la participation des jeunes Québécois au baseball mineur a dépassé les chiffres de la dernière année où il y avait encore une équipe des ligues majeures à Montréal. Une hausse de 77% en 10 ans qui en fait l'un des sports dont la participation est en plus grande croissance dans la province.
Après avoir atteint l'an dernier le chiffre de 30 000 jeunes participants, le même nombre que lors de la dernière saison des Expos en 2004, Baseball Québec répertorie cette année 32 000 jeunes joueurs, une première depuis que «Nos Amours» sont parti pour Washington.
«Ce sont 10 années de croissance soutenue. On peut maintenant vraiment dire que la mauvaise période de "l'après-Expos" est passée», commente Maxime Lamarche, directeur général de Baseball Québec.
Ayant presque doublé son effectif, Baseball Québec se retrouve cependant avec des problèmes liés à ce regain d'intérêt dans certaines régions. «Nous sommes rendus à un seuil où il est plus difficile d'augmenter. C'est qu'au milieu des années 2000, alors qu'il ne restait plus que 18 000 joueurs au Québec, plusieurs villes ont choisi de transformer des terrains de baseball en terrains de soccer parce que moins de jeunes jouaient au baseball», poursuit M. Lamarche.
«Ces terrains, on ne pourra pas faire de magie pour les faire réapparaître. Alors, je me retrouve avec des associations qui, en mars, devaient dire à des jeunes qui voulaient s'inscrire qu'il ne restait plus de place, car tous les terrains étaient utilisés au maximum. On doit alors les placer sur une liste d'attente.»
Maxime Lamarche soulève quelques hypothèses pour expliquer ce regain d'intérêt pour le baseball au Québec. Les rumeurs quant à un éventuel retour du baseball majeur à Montréal, les récents succès des Blue Jays de Toronto et de leur receveur québécois, Russell Martin, et les matchs hors concours de ces mêmes Blue Jays présentés au Stade olympique en font partie.
«D'après moi, il y a également une autre raison. Le sommet de 57 000 joueurs avait été atteint en 1994, alors que les Expos avaient une excellente saison... qui a cependant pris fin prématurément à cause de la grève. Vingt-trois ans plus tard, on voit plusieurs de ceux qui jouaient au baseball à l'époque inscrire leurs propres enfants, car leurs beaux souvenirs, ils ne les ont pas vécus sur un terrain de soccer ou sur un BMX, mais bien sur un losange!», avance le dg de Baseball Québec.
Nouvelle approche
L'autre défi de Baseball Québec est justement la rétention des joueurs, alors que de plus en plus d'options s'offrent aux jeunes, un aspect sur lequel les dirigeants ont beaucoup planché ces dernières années. «Le jeune a besoin de sentir qu'il progresse, d'avoir une gang avec qui il a du plaisir et des coachs allumés qui le font avancer», résume-t-il.
Ainsi, Baseball Québec a revu tout le programme d'initiation au baseball afin que les plus jeunes puissent acquérir des habiletés avant de jouer de vrais matchs. «Qu'ils apprennent d'abord à lancer, à frapper, à courir sur les buts. Ça rend le jeu beaucoup plus amusant. Également, au niveau atome, on joue maintenant à six contre six.»
Et au niveau élite, la fédération a aussi modifié son approche en l'orientant vers les collèges américains plutôt que vers les ligues majeures à tout prix. «L'an passé, j'ai 12 gars de l'équipe des moins de 17 ans qui ont été recrutés par des collèges américains. Le but est maintenant d'aller chercher une bonne bourse dans ces universités, puis si c'est possible par la suite, d'être repêché dans les majeures.»
Et comme les recruteurs américains ne viennent presque plus au Québec voir évoluer les jeunes espoirs comme ils le faisaient dans les années '90, le Québec envoie ses jeunes joueurs au Pays de l'Oncle Sam pour y faire étalage de leur talent.
«Il y a de plus en plus de gros showcases aux États-Unis. Maintenant, nos équipes d'excellence passent donc la majeure partie de l'été là-bas à participer à ces événements. C'est comme ça qu'ils nouent des liens avec des collèges», signale Maxime Lamarche.
Encore plus populaire à Québec
Aidée par la présence des Capitales, Québec est l'une des deux régions de la province où le baseball est le plus populaire chez les jeunes.
«Les deux endroits où il y a le plus de joueurs, c'est à Québec et sur la Rive-Sud de Montréal avec plus de 4000 joueurs à chaque endroit. C'est même davantage qu'à Montréal puisque l'île enregistre un exil de jeunes familles, qui préfèrent s'installer en banlieue», précise Maxime Lamarche.
Celui qui était autrefois directeur du marketing des Capitales de Québec avoue que la présence de l'équipe de la Ligue Can-Am à Québec depuis 1999 a grandement contribué à maintenir l'intérêt pour le sport bien vivant en ville.
«C'est vrai à Québec et c'est vrai aussi à Trois-Rivières depuis l'arrivée des Aigles. Ce sont des organisations qui sont très bien connectées avec le baseball mineur. Par exemple, René Martin, le président des Aigles, est aussi président du conseil d'administration régional du baseball mineur», indique-t-il, rappelant aussi les liens très forts qui unissent les Capitales et le réseau de développement des jeunes joueurs.
Même en région
«Il y a bien sûr l'Académie de baseball des Capitales et le programme Sports-Études dans lequel plusieurs joueurs et ex-joueurs des Capitales sont engagés. Ça devient aussi une belle porte de sortie pour les jeunes qui arrivent des collèges américains et n'ont pas été repêchés», signale Maxime Lamarche. 
S'il avoue qu'il est parfois plus compliqué de développer le baseball dans des régions comme la Côte-Nord, où plus d'une heure de route sépare les principales villes, le dg de Baseball Québec indique que l'intérêt n'est pas pour autant moins fort dans ces régions. «Cette année, nous avons aidé des associations à démarrer à Chibougamau, dans le Nord du Québec, ainsi qu'à Pessamit et à Uashat, sur la Côte-Nord», poursuit-il.
Et dans les grandes villes, les associations usent d'ingéniosité pour pallier au manque de terrains en optimisant l'utilisation des installations existantes. «Il se fait de plus en plus de parties et de pratiques regroupées et, par exemple à Québec, le stade des Capitales est redivisé en trois petits terrains cet été pour être utilisé à son maximum», poursuit-il.
La nouvelle surface synthétique du Stade Canac est d'ailleurs un autre élément qui crée un attrait semblable à celui suscité par la venue des surfaces synthétiques sur certains terrains de soccer il y a quelques années. «Québec a maintenant son terrain de baseball synthétique, Varennes a aussi le sien depuis la semaine dernière et Blainville est en train d'en faire deux», résume Maxime Lamarche.
Ian Bussières