Pleins feux

Un invité-surprise et un habitué au Bol d'or

LES ÉLANS DE GARNEAU, UNE «FAMILLE» EN FINALE

Les Élans du Cégep Garneau affrontent la meilleure équipe et sans doute les deux meilleurs joueurs du football collégial québécois. Mais au talent individuel, le club de Québec opposera l’effort collectif. Ou «la famille», comme ils disent.

Le mot «famille» est revenu dans les quatre entrevues du Soleil avec l’entraîneur-chef et trois joueurs des Élans, cette semaine, à quelques jours de l’affrontement ultime contre le Phénix du Collège André-Grasset de Montréal.

Le duel a lieu samedi (15h), au Complexe sportif Claude-Robillard de Montréal. La fin de semaine du Bol d’or réunit les finales de cinq catégories.

Après une saison misérable de 1-8 en 2017 et la menace d’être relégués en deuxième division, le retour des Élans en finale pour la première fois en sept ans relève de l’exploit. «La différence, c’est qu’on est vraiment unis. On pousse tous dans la même direction, ce qui nous permet de se surpasser et d’avoir les résultats qu’on désire. On joue en famille», résume le porteur de ballon et botteur Émile Malenfant.

Personne n’est dupe, à Garneau. Tout le monde connaît le quart-arrière du Phénix, Jonathan Sénécal, et son receveur de prédilection, Kevin Mitale. Sénécal vient d’être nommé joueur par excellence de la première division collégiale pour 2018 et il frise 3000 verges de gains par la passe (2956) en 10 matchs.

Mitale a été le troisième dans l’histoire à surpasser 1000 verges sur réception en saison régulière collégiale D1 (1058). Sans oublier le porteur de ballon Anthony Renault, auteur de 40 portées en demi-finale.

Le Phénix a inscrit 354 points en 10 rencontres. Dans le seul duel entre les deux clubs cet automne, Garneau a baissé pavillon 46-32, Sénécal expédiant quatre passes de touché, dont deux à Mitale.

«Grasset n’a pas fini en première place pour rien [fiche de 7-2], c’est un club bourré de talent», constate l’entraîneur-chef Claude Juneau, lui-même vainqueur de cinq Bols d’or avec le Cégep du Vieux-Montréal, deux comme joueur et trois comme coach. Il est à la tête des Élans pour une cinquième campagne et les mène en éliminatoires pour la première fois en trois ans.

Négligés toute l’année

«On a composé avec le rôle de négligés toute l’année», explique Juneau. «C’est une chose qu’on connaît et avec laquelle on fonctionne bien. Tout le monde a embarqué dans le processus d’avancer une semaine à la fois. Je le dis souvent aux gars : il faut être en mesure de canaliser nos émotions et de les sortir aux bons moments pour rester en contrôle tout le match.»

L’ailier rapproché vétéran Philippe Bellerose parle d’un tout nouvel état d’esprit. «Notre but, depuis qu’on a recommencé à s’entraîner en janvier, n’est pas juste de se rendre au Bol d’or, mais de le gagner. On est rendu à prouver qu’on n’a pas fait tout ça pour rien», avance celui qui fait partie des étoiles de la ligue avec ses coéquipiers défensifs Thomas Khuong, Ian Leroux et Geoffrey Cantin-Arku.

Le secondeur Leroux, comme dans toute bonne famille un secondeur, parle justement de «discipline» comme mot d’ordre prioritaire.

«C’est sûr que [les gars de] Grasset, ils sont bons. On ne peut pas leur enlever ça. Mais on a aussi une bonne équipe. Il ne faut pas prendre ça plus gros ni plus petit que ce l’est. Tout le monde est humain, tout le monde a ses forces et ses faiblesses», conclut Malenfant avec conviction.

LES ÉLANS EN BREF

- Entraîneur-chef : Claude Juneau (depuis 2014)

- Fiche cette saison : 5-4 (5e position)

- Éliminatoires : victoires de 28-14 à Lennoxville et de 32-22 au Vieux-Montréal

- Titres : 2011, 2008 et 2000 (D2)

Joueurs à surveiller

1) Tristan Blais (quart-arrière)

Dans les airs  : 81 en 197 (41 %), 1185 verges, 17 touchés et 2 interceptions

Au sol : 144 portées, 611 verges et 7 touchés

À noter : il a couru 26 fois et tenté 26 passes en demi-finale, réussissant 3 passes de touché sur 7 passes captées.

2) Émile Malenfant (porteur de ballon)

130 portées, 647 verges et 5 touchés

À noter : il est aussi botteur de dégagement et de précision.

3) Geoffrey Cantin-Arku (secondeur et retourneur)

63,5 plaqués et 5 interceptions

À noter : il poursuivra sa carrière à l’Université de Syracuse, en 2019.

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Guylaine Dumont: d'écoute, de doute et d’instinct

Autant Guylaine Dumont a pris beaucoup de place sur un terrain de volleyball comme joueuse, autant elle se montre aujourd’hui discrète en bordure des lignes dans son rôle d’entraîneuse. Nouvelle adjointe chez les Élans du Cégep Garneau, l’olympienne ne dit pas non à l’idée d’un jour devenir coach en chef. Mais seulement dans une formule de copilotage qui épouserait sa philosophie d’écoute et de partage, ce dont elle a trop manqué durant sa carrière d’athlète.

Reconnue comme l’une des plus grandes joueuses de volleyball canadiennes de l’histoire, Guylaine Dumont a fait partie du programme de l’équipe nationale durant une quinzaine d’années, a joué dans les rangs professionnels en Italie et au Japon et détient 12 titres de championne canadienne.

Mais c’est à la fin de sa carrière, revenue d’une retraite de trois ans et sur le sable du volleyball de plage qu’elle a connu son heure de gloire dans l’œil public. En 2004, avec une coéquipière de 14 ans sa cadette, Dumont, alors âgée de 36 ans, a décroché une cinquième position aux Jeux olympiques d’Athènes. Résultat à ce jour encore jamais surpassé par un duo de Canadiennes sous les cinq anneaux.

«Je suis bien dans mon rôle d’assistante», sourit celle qui retrouve après plus de 32 ans le vert des Élans, la couleur de ses yeux. La jeune Guylaine a joué pour Garneau à 19 ans, alors que son patron et actuel entraîneur-chef, Ian Poulin-Beaulieu... n’était même pas né!

Après six ans comme bras droit de Julien Paquette, parti au printemps dernier, Poulin-Beaulieu vient de prendre la barre de l’équipe. Il a 30 ans et l’autre adjointe, Mariane Demers-Ménard, aussi une ancienne des Élans tout juste retraitée, 21. Alors à 51 ans, Dumont a l’âge total des deux autres!

Dumont et Poulin-Beaulieu se sont connus il y a cinq ans, à l’Université Laval. Elle était entraîneuse adjointe avec le Rouge et Or et lui encore étudiant. «Comme j’étais souvent à l’université, j’ai suivi un cours en intervention sportive. Il était dans ma classe, je l’ai adoré! Je coachais aussi sa sœur [Audrey Poulin-Beaulieu]», explique-t-elle.

«J’aime beaucoup sa philosophie de coaching vraiment centrée sur l’athlète», poursuit-elle. «Il donne des responsabilités et de l’autonomie aux athlètes. Ça va carrément avec la philosophie que j’ai développée au fil des années à travers mes expériences personnelles et thérapeutiques.»

Repartir de zéro

Car son «vrai boulot» est celui de thérapeute en relation d’aide, formation acquise avant son retour jusqu’aux JO de 2004. Profession où Dumont adopte «une approche non directive créatrice», souligne-t-elle, tout ce que quelques entraîneurs abusifs lui ont nié durant tant d’années.

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La loyauté au cœur du parcours de Patrice Bergeron

Comme le long fleuve tranquille qui coule au bas de la côte où il a grandi, Patrice Bergeron s’impose tout naturellement dans le paysage de la LNH. Bien ancré à ses racines, coéquipier d’une loyauté exemplaire et fidèle à l’équipe qui lui a fait confiance, il fait partie depuis déjà plusieurs années des joueurs les plus respectés de sa génération. En prévision de sa 15e saison dans la LNH, qui lui permettra de disputer son 1000e match en carrière. Le Soleil l’a rencontré, à la fin de l’été, avant qu’il ne mette le cap vers Boston, où les Bruins disputent leur match d’ouverture locale, lundi.

Patrice Bergeron n’est pas du genre à prendre le plancher. Il laisse plutôt parler ses actions qui lui ont permis d’atteindre la LNH à 18 ans. Il pourrait aussi atteindre les plateaux des 300 buts et des 800 points dans la LNH au cours de l’actuelle saison.

Sa feuille de route est impressionnante avec une Coupe Stanley en poche et des médailles d’or aux Jeux olympiques, à la Coupe du monde, au Championnat du monde senior, au Mondial junior et même à la Coupe Spengler pendant le lock-out de la LNH de 2012. Tout ce qu’il touche se transforme en succès. 

 Et on n’a pas encore parlé des honneurs individuels que Bergeron collectionne, comme le trophée Frank-Selke qu’on lui a remis quatre fois en qualité de meilleur attaquant défensif de la LNH, et le King-Clancy, pour son implication dans la communauté.

«En fait, je ne joue que pour un seul trophée, soit la Coupe Stanley. Même chose dans les événements internationaux, ce qui compte, c’est uniquement la médaille d’or. À mes yeux, tout accomplissement collectif surpasse n’importe quel honneur personnel. Lorsqu’on me nomme pour un trophée, c’est aussi mes coéquipiers que l’on récompense, car tout se passe en équipe», dit-il avec humilité.

Ce trait de caractère le suit depuis toujours. Peu importe où il est passé, le numéro 37 n’a jamais porté ombrage à quiconque.

«Je suis réservé, je suis à mon affaire. Je ne joue pas à la vedette, c’est bien la dernière chose que je voudrais que l’on dise de moi. J’ai pris de l’assurance avec le temps, et dans le vestiaire, je suis plus à l’aise de prendre la parole qu’à mes premières années. Je parle, j’encourage, mais j’essaie aussi de ne pas toujours avoir le même discours, parce que le message ne passe plus lorsqu’on parle tout le temps ou qu’on devient monotone», souligne le centre de 33 ans.

Déjà loyal dans le midget AAA

Le hockey lui a apporté gloire et fortune, mais Bergeron reste terre à terre devant tout cela. Il est concentré sur le moment présent, mais ne s’interdit pas d’apprécier ce qu’il a vécu depuis le début de sa carrière.

«Les plus vieux joueurs me disaient de bien vivre chaque moment, chaque expérience, parce que ça passait très vite. En vieillissant, j’essaie de le faire au jour le jour, autant sur la glace qu’à l’extérieur. Je ne suis pas toujours en train de regarder ce que j’ai fait, mais j’en suis fier. J’ai réalisé le rêve de pas mal de ti-gars du Québec, tout en restant concentré sur ce que je fais.»

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Les 4 Fantastiques du cross-country

Quatre filles de Québec de tout juste 20 ans sont en ce moment les étoiles les plus brillantes au firmament de la course à pied québécoise. Membre de la même équipe universitaire de cross-country avec le Rouge et Or de l’Université Laval cet automne, leur trajectoire pourrait les mener jusqu’aux Jeux olympiques.

Regardez-les bien courir. Et ne clignez pas des yeux, elles courent vite. Pas comme le Flash, mais presque. Plus comme quatre superhéroïnes qui feraient régner la loi sur les parcours en milieu naturel tout l’automne. Les 4 Fantastiques du cross-country, mais sans l’homme-roche, la femme invisible, monsieur élastique ou la torche humaine. Catherine Beauchemin, Anne-Marie Comeau, Aurélie Dubé-Lavoie et Jessy Lacourse, elles, leur superpouvoir, c’est la course.

«C’est de loin l’équipe féminine de cross-country la plus forte que j’ai dirigée en huit ans avec le Rouge et Or. Ça n’a rien à voir ce qu’on a eu dans le passé», affirme d’emblée l’entraîneur Félix-Antoine Lapointe, autour de qui elles se sont réunies.

«Ça témoigne d’une évolution marquée de la course à pied dans la région de Québec au cours des dernières années, mais ça va au-delà de ça. On a vraiment affaire à quatre athlètes d’exception. Ce n’est pas toutes les années qu’on en a quatre comme elles qui choisissent de venir dans la même équipe», indique le coach.

Ce qui lui permet d’envisager une domination sur la scène provinciale universitaire pendant trois ans, puisque Beauchemin est une verte recrue, Comeau et Lacourse des athlètes de deuxième année, tandis que Dubé-Lavoie écoule sa troisième de cinq saisons d’admissibilité au sport universitaire.

«C’est donc trois ans où l’équipe a le potentiel d’être parmi les meilleures au pays», poursuit celui qui s’attend à conserver le titre provincial de 2017 et «à tout le moins» répéter un podium sur la scène canadienne universitaire féminine, comme l’an passé.

«Et si les choses vont bien, on devrait être compétitives pour la victoire», ajoute un Lapointe à la fois confiant et réaliste de pouvoir en découdre avec les puissances ontariennes des universités de Toronto, Queen’s et Guelph, lors du Championnat canadien du 10 novembre, à Kingston.

À moins d’une surprise, seulement l’une de ces quatre équipes rentrera sans médaille. «Ce ne sera pas nous!» clament les quatre filles en chœur.

De vraies amies

En plus de se côtoyer à l’entraînement la semaine et en tête des courses la fin de semaine — Beauchemin, Lacourse et Dubé-Lavoie ont rempli le podium de l’épreuve de 6 km sur les plaines d’Abraham samedi dernier, pendant que Comeau réalisait le septième temps de l’histoire pour une Québécoise sur demi-marathon, à Montréal —, les quatre filles sont aussi de vraies amies.

Elles se connaissent depuis le secondaire. «On faisait de l’athlétisme scolaire et comme Catherine n’était pas dans la même course que moi, je lui avais emprunté ses souliers à crampons, raconte Aurélie. C’est là qu’on s’est connues!

«Je connais Anne-Marie depuis qu’on a 13 ans, continue--t-elle. Anne-Ma, Jess et moi avons aussi participé ensemble aux Championnats panaméricains juniors en 2015, à Edmonton.

«Je suis tout le temps contente si c’est Jessy ou Cat ou Anne-Marie qui gagne une course à laquelle j’ai participé. On est tellement égales toutes les quatre que ça va dépendre du parcours et de qui a la meilleure journée. On s’échange ça», explique celle qui a été nommée athlète féminine par excellence du cross-country universitaire québécois l’an dernier, après son titre de meilleure recrue en 2016. Le titre de recrue est revenu à Comeau, en 2017.

Écrire l’histoire

Lacourse révèle qu’après un exil de 13 ans à Victoriaville, «je sentais le besoin, la presse de devoir venir changer quelque chose si je voulais continuer à progresser et ne pas me blesser».

«Je savais qu’il y avait des bonnes filles qui couraient ensemble à Québec et j’étais tannée de courir toute seule dans des infrastructures en béton. Alors au milieu de mon cégep, en plein hiver, j’ai appelé Félix-Antoine pour voir si je pouvais me joindre à son groupe. Ça fait trois ans», fait valoir Lacourse, par ailleurs nommée athlète féminine par excellence au Québec en athlétisme universitaire la saison dernière.

Car si elles sont à la fois coéquipières et rivales dans les sentiers à l’automne, sur piste, l’hiver et l’été, Lacourse et Beauchemin se livrent une chaude lutte au 3000 mètres steeplechase. Elles s’échangent le record provincial féminin senior civil depuis trois ans.

Alors qu’aucune coureuse québécoise n’était passée sous la barre des 10 min 30 il y a à peine quatre ans, le record que détient Beauchemin depuis cet été est de 9:57,82, une seconde et demie de mieux que les 9:59,37 enregistrées par Lacourse quelques semaines plus tôt. «Ces deux-là sont en train d’écrire l’histoire de cette épreuve au Québec», insiste coach Lapointe.

Pendant ce temps, hors des sentiers, Dubé-Lavoie se concentre sur les courses de demi-fond de 1500 et de 5000 mètres et Comeau vise les longues distances autant en espadrilles qu’en ski de fond. Elle a participé aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang, en février dernier.

Effet d’émulation

Seule du quatuor à ne pas venir précisément de Québec, mais de Saint-Ferréol-les-Neiges, à l’ombre du Mont-Sainte-Anne, Comeau déniche une stimulation supplémentaire quand elle retrouve ses trois comparses à l’entraînement, les soirs de semaine. «Quand on est ensemble, je force plus sans m’en rendre compte», avoue-t-elle.

Cet effet d’émulation ne peut que profiter aux quatre, estime leur mentor. Les groupes d’entraînement d’élite sont chose courante dans l’univers de la course à pied et ont fait leurs preuves.

«On ne court pas l’une contre l’autre, mais l’une avec l’autre, résume Lacourse. Après la course de samedi passée, on s’est toutes tapé dans les mains!»

Sur les bancs d’école, Beauchemin amorce ses études en médecine, Comeau étudie l’administration des affaires, Dubé-Lavoie le droit et Lacourse l’éducation préscolaire et primaire.

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