Le voltigeur Sébastien Boucher, qui en est à sa dernière saison avec les Capitales, aura laissé sa marque.

Sébastien Boucher, un nom inscrit dans l'histoire

Il n'a jamais joué sous son nom complet, ce qui ne l'a pas empêché d'inscrire des chiffres impressionnants dans le grand livre de statistiques des Capitales de Québec. Quand Sébastien Elaken Boucher-Akowe se présente au bâton, on ne connaît qu'une partie de son histoire. Voici l'autre, plus personnelle et familiale.
Depuis son arrivée sur le losange du Stade municipal, Sébastien Boucher se veut une présence rassurante au champ extérieur et dans le vestiaire de l'équipe de la ligue Can-Am de baseball indépendant. À 33 ans, le voltigeur peut se permettre de marcher la tête haute en regardant le fil de sa carrière.
«Mon père ne m'a jamais appelé Sébastien. Pour lui, j'étais Elaken. Sur mon permis de conduire, il est inscrit Sébastien Boucher-Akowe, mais j'ai pris seulement Boucher pour le baseball», dit le numéro 18 en sortant la carte plastifiée de son permis de conduire en guise de preuve.
Natif de Gatineau, Boucher avait huit ans quand son père d'origine nigériane, Augustin Akowe, est décédé du lymphome de Hodgkin. Un choc qui allait transformer sa vie, puisque deux ans plus tard, sa mère québécoise déménageait de l'autre côté du canal Rideau, à Ottawa, en compagnie d'un nouveau conjoint anglophone.
«Ça m'a pris du temps avant d'accepter qu'il joue le rôle de père. J'avais huit ans quand mon père est mort, je n'étais pas prêt à le remplacer. Je n'étais pas rebelle, je ne manquais pas de respect, mais j'étais hésitant à lui faire une place. Ce n'est qu'une fois au collège, vers l'âge de 18 ans, que j'ai réalisé qu'il m'aimait comme si j'étais son fils, et depuis, j'apprécie beaucoup sa présence dans ma vie», confie celui qui a une demi-soeur issue de cette union.
Bourse d'études
Il a donc joué la majeure partie de son baseball mineur en Ontario, ne suivant pas le même cheminement que les joueurs du Québec. À l'approche de ses 18 ans, son équipe locale effectuera deux tournois en Floride, dont le second lui permettra de se mettre en évidence.
«Il y avait un entraîneur d'un collège en Floride qui voulait voir un receveur, mais en raison d'un délai de pluie, le match avait commencé deux heures plus tard. Le coach en question devait partir, mais il avait eu le temps de me voir, puisque j'étais le premier frappeur. J'avais cogné un triple. Il m'avait vu frapper et courir. Avant de partir, il a demandé mes coordonnées à notre gérant et deux semaines plus tard, il m'offrait une bourse. Ben voyons, que je disais...»
Il accepte, sans trop savoir ce que représente l'Université Bethune-Cookman, à Daytona Beach. Ce qui l'attire, c'est d'abord le programme de baseball en première division, lui qui lorgnait auparavant une invitation à un collège junior (JuCo) du Nouveau-Mexique.
«Il s'agissait d'une école à prédominance noire [Historical Black College], je ne savais même pas que ça existait. Là-bas, 90 % des étudiants étaient des Noirs, la culture était vraiment différente de tout ce que j'avais vécu auparavant. Je n'ai jamais été confronté au racisme, dans ma vie, et pour moi, tout a toujours bien été à ce niveau. La première semaine, il y avait eu un rassemblement du Ku Klux Klan [organisation suprémaciste blanche] à 15 minutes de l'école. "Est-ce vraiment comme ça, par ici?" que j'avais demandé à un ami. Quand tu voyages et visites les plages, tu ne vois pas cela, mais dans la vie quotidienne, ça existe», indique celui qui a aussi noté que le racisme pouvait exister de chaque côté.
Piler sur son orgueil
Après trois saisons, il est repêché en septième ronde par les Mariners de Seattle en 2004, ce qu'il considère le «pire jour de [sa] carrière» parce qu'il aurait pu sortir en deuxième ronde. Mais chaque fois qu'une équipe s'informait s'il possédait un visa pour travailler aux États-Unis, il reculait de quelques rangs, voire de quelques rondes...
Il jouera quatre saisons dans les filiales des Mariners et des Orioles de Baltimore, grimpant rapidement jusqu'au niveau AAA, mais l'appel des ligues majeures n'est jamais venu. En 2009, il se joindra aux Capitales grâce à l'insistance de l'ancien joueur des majeures Pierre-Luc Laforest. La présence du receveur ainsi que celle de l'ex-lanceur des Dodgers Éric Gagné rendaient l'acceptation de son sort plus facile.
«Je sortais du AAA, j'avais un ego... De l'extérieur, ma perception du baseball indépendant était négative, et maintenant, j'ai beaucoup plus de respect pour ce calibre de jeu. Il y a une raison pour quoi les gars reviennent à chaque saison, on joue avec nos amis, on forme une famille. Le concept était idéal pour moi, j'ai commencé à jouer pour l'équipe et pas seulement pour moi. Ici, on partage la pression, ça rend notre tâche plus facile.
«Mais à ma première année à Québec, j'ai eu besoin d'un ajustement, j'ai dû piler sur mon orgueil. Pete [Laforest] m'avait dit que j'aimerais ça, ici, et j'y suis encore six ans plus tard», rappelle celui qui a aussi porté les couleurs de l'équipe nationale de 2005 à 2008.
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Un autre championnat avant de partir
Sébastien Boucher porte l'uniforme québécois pour la sixième et dernière saison, son devoir de père de Matteo - un deuxième fils à naître sous peu - et de futur membre de la nouvelle équipe d'Ottawa dans la ligue Can-Am l'appelant. Le champion des cinq dernières campagnes à Québec sera à sa place avec les Champions de l'endroit!
«Je n'ai jamais perdu un championnat depuis 2009, j'espère finir avec un autre», indique Boucher à propos de sa dernière saison avec les Capitales.
La décision est irréversible, la présente campagne sera son chant du cygne, à Québec, puisque le vétéran voltigeur se joindra aux Champions d'Ottawa en 2015. Reste à en déterminer le rôle.
«Je veux aider le club de ma région, Michel [Laplante] est au courant. Sur le plan familial, il serait idéal pour moi d'être là-bas. Ma femme Natalie est infirmière à Ottawa et tout notre soutien s'y trouve. Je n'ai pas d'expérience à titre de gérant, mais si je devais être joueur-instructeur [des frappeurs], je serais à l'aise dans ces fonctions», dit-il en estimant que le retour du baseball dans la capitale fédérale arrive à point nommé.
En 2009, Boucher n'aurait pas perçu ce futur boulot avec autant d'enthousiasme. Rejeté par le baseball affilié, il a mis plusieurs mois à retrouver le plaisir de jouer au baseball. Sa renaissance allait passer par Québec, bien que sa première saison avec les Capitales n'a pas été à la hauteur de sa réputation.
«J'étais poche, on aurait dit que je n'avais jamais joué de ma vie à un haut niveau. Sur le terrain, ç'a été difficile pour moi, j'étais un joueur frustré. Mais à l'extérieur des lignes, ç'a été un été incroyable, Québec est le meilleur endroit où j'ai joué», affirme celui qui a affiché une faible moyenne de ,227 dans cette saison marquée par la première conquête d'une séquence toujours active de cinq.
Désormais, il jouera pour s'amuser et son attitude lui permettra de gonfler ses statistiques à des sommets historiques. Ainsi, il cumulera une moyenne offensive de ,336 avec 11 circuits et 75 points produits en 2010. Des chiffres assez flamboyants pour capter l'attention de dépisteurs des majeures, mais une blessure à un genou l'empêchera de sortir du baseball indépendant.
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<p>Sébastien Boucher et son fils Matteo.</p>
Fier de son parcours au baseball
Il lui est déjà arrivé de ne pas pouvoir regarder un match de baseball à la télévision sans se choquer. Pourtant, plusieurs amis et anciens coéquipiers y étaient en vedette. Aujourd'hui, l'amertume n'est plus une saveur à son menu quotidien. En fait, Sébastien Boucher est plutôt animé par un sentiment de fierté à l'idée de savoir que ceux-ci ont atteint leur but de jouer dans les majeures.
«Sans dire qu'ils étaient moins bons que moi, ça me frustrait de voir des gars atteindre les bigs alors que je me trouvais meilleur. J'avais de la misère à me réjouir pour eux parce que je voulais tellement y être, moi aussi. Je ne suis plus envieux, je suis vraiment content pour eux.»
Après une première saison professionnelle dans le A avec les Mariners en 2005, il passera l'été 2006 au niveau AA à San Antonio, dans la Ligue du Texas. «En début de saison, on m'avait dit que si je frappais comme l'an passé [,340], je pourrais être dans les majeures en juin», rappelle-t-il à propos d'une promotion qui n'a jamais abouti.
Tout reprendre à zéro
En juin, sa moyenne était de ,185. Et au lieu de le faire monter, on lui a suggéré de tout reprendre à zéro. La porte venait de se refermer, d'autant plus qu'elle était bloquée par la présence de vétérans de la trempe d'Ichiro Suzuki, de Jose Guillen, de Raul Ibanez, de Carl Everett et d'un espoir nommé Adam Jones, qu'il allait se retrouver encore devant lui avec les Orioles.
En 2007, Seattle échange Boucher à Baltimore, où il pense avoir sa chance, mais il s'est finalement promené entre le AA et le AAA sans jamais faire partie des plans malgré une participation au camp des majeures. Deux jours avant sa conclusion, en 2009, il est libéré. En 2011, les Phillies l'inviteront à leur tour, sans lui faire une place au final.
«J'ai avalé ma pilule, j'ai accepté mon sort. Si je n'ai pas percé, ce n'est pas parce que je n'étais pas bon. Avec les Phillies, j'avais 30 ans, ça m'aurait pris de vrais bons outils. J'étais juste un bon joueur, mais je ne courais plus comme dans le temps. J'ai juste eu ma chance un peu trop tard. Je suis content de ce que j'ai fait, personne ne peut rien m'enlever. La seule chose qui me manque, c'est d'avoir joué dans les majeures, ce n'est pas la fin du monde non plus. Le baseball m'a beaucoup apporté, j'ai vécu de nombreuses expériences, j'ai voyagé partout.»
Face à Roger Clemens
Boucher a déjà affronté Roger Clemens, côtoyé Ichiro, joué contre des lanceurs de fort calibre comme Clayton Kershaw et Jared Weaver, apprécié les prouesses défensives d'Asdrubal Cabrera, «le meilleur arrêt-court avec qui j'ai joué», etc.
En 2007, il sera invité par le receveur Alberto Castillo à jouer en République dominicaine avec les Aguilas de Cibaenas. Il s'aligne avec Rafael Furcal, Jose Lima, Johnny Cueto, Bartolo Colon et quelques autres noms familiers du baseball. «Je pensais qu'il s'agissait de mon billet pour atteindre les majeures. Avec le temps, j'ai compris qu'il fallait être à la bonne place au bon moment», dira celui qui a maintenu une moyenne de ,276 en quatre saisons dans le baseball affilié.