Senseï et copropriétaire des Studios unis de Val-­Bélair, Samuel Gagnon est aussi devenu l’un des promoteurs du grand tournoi Québec Open de karaté.

Samuel Gagnon: la danse du combattant

Il aurait pu devenir danseur de ballet, mais c’est plutôt la danse du combattant que pratique Samuel Gagnon depuis 30 ans. Champion canadien de karaté depuis 20 ans, l’athlète transmet toujours sa passion à d’autres karatékas en tant que senseï et copropriétaire des Studios unis de Val-Bélair en plus d’être aussi devenu l’un des promoteurs du grand tournoi Québec Open auquel il avait lui-même pris part pour la première fois à l’âge de six ans.

«J’ai commencé le karaté à 4 ans. À l’époque, ma mère et ma tante donnaient des cours de ballet et elles voulaient m’y inscrire. Mon père n’était pas d’accord du tout!» raconte Gagnon en riant. Le paternel a donc pensé aux arts martiaux et a inscrit fiston à une école de Beauport où son oncle suivait également des cours. «Un peu plus tard, j’ai transféré à l’école des Studios Unis de Lac Saint-Charles, qui était alors dirigée par Denis Perreault. C’est là que j’ai vraiment eu la piqûre des arts martiaux», poursuit-il.

Le jeune karatéka a progressé rapidement, obtenant sa ceinture noire à l’âge de dix ans et récoltant six titres mondiaux au fil des années. «Je participais à 35 à 40 compétitions par année, j’ai pu voyager partout en Europe et aux États-Unis grâce au karaté, je sais que je suis très privilégié grâce à ce sport», poursuit-il. Son premier championnat canadien, il l’a remporté à l’âge de 14 ans et ne l’a plus jamais perdu depuis. «Je le gagne depuis 20 ans, mais ça reste toujours un défi, car je vieillis! Maintenant, j’ai 34 ans et il y a des jeunes de 18, 19 et 20 ans qui m’affrontent pour le titre. À mon âge, on travaille beaucoup avec l’expérience», poursuit-il.

Précoce dans tous les domaines de son sport, Samuel avait commencé à transmettre son savoir dès l’âge de 12 ans. «J’ai toujours donné des cours de karaté. C’était mon emploi à temps partiel pendant mes études, alors que d’autres travaillaient dans un restaurant ou un dépanneur», se souvient-il.

Cinquième dan

Tout en continuant la compétition à un rythme toutefois un peu moins effréné qu’à l’époque, il a fini au fil des années par devenir propriétaire de sa propre école des Studios unis... avec sa mère Lucie Tremblay qui s’était mise elle aussi au karaté un an après que son fils a préféré les arts martiaux au ballet. Comme Samuel, Lucie Tremblay n’a eu besoin que d’environ trois ans pour aboutir avec une ceinture noire autour de la taille. Elle a même surpassé son fils puisqu’elle a obtenu en 2013 son cinquième dan et le titre de shihan (maître expert) alors que Samuel subira l’examen pour l’obtention de son cinquième dan en fin de semaine prochaine, tout juste après le Québec Open.

«Oui, c’est comme ça, c’est beaucoup de préparation en même temps, c’est une autre étape dans ma progression», indique Gagnon. «C’est que j’ai eu une passe, à 18 et 19 ans, où j’avais arrêté le karaté. Je me cherchais un peu, j’avais décidé d’essayer de travailler dans un autre domaine. Après trois mois, je savais que je voulais revenir, mais avec l’orgueil qu’on peut avoir à cet âge-là, ça a pris un peu plus de temps avant mon retour», ajoute-t-il pour expliquer un peu la période de temps avant d’obtenir son cinquième dan, lui qui avait obtenu son quatrième en 2011.

«Normalement ça peut prendre cinq ou six ans entre les dan, mais dans mon cas ça fait presque dix ans. Il faut dire que j’ai aussi eu quelques blessures qui m’ont ralenti un peu. Rendu au niveau où je suis, il y a certains standards à maintenir, des katas à apprendre, mais il y a aussi une évolution personnelle nécessaire pour avoir un dan. On tient compte du chemin parcouru. Il faut travailler notre matière, mais pour un gars très compétitif par exemple, on en demandera plus», explique le senseï.

Une passion à transmettre

Samuel Gagnon n’a que de bons mots à propos de l’impact des arts martiaux dans sa vie. «Ça m’a donné de la rigueur, de la discipline et ça m’a amené à me dépasser. Avant, c’était d’abord pour performer, mais maintenant, c’est beaucoup pour transmettre à d’autres cette passion-là. Quand j’étais jeune, j’aurais pu prendre un mauvais chemin, la même chose quand j’ai arrêté les arts martiaux à 18-19 ans, mais je me suis toujours raccroché à ça. Aujourd’hui, si je peux contribuer à faire la différence dans la vie d’un jeune, je serai très heureux», poursuit-il.

Les élèves ne manquent pas dans son école, peu importe les cycles de popularité que traversent les arts martiaux. «Nous sommes chanceux de pouvoir profiter de la notoriété acquise par Clermont Poulin, fondateur des Studios unis. Ça nous aide beaucoup et ça fait que nous sommes moins tributaires des modes que d’autres sports, je dirais», conclut celui qui n’a jamais regretté d’avoir tourné le dos au ballet. 

À 12 ans, Océane Dufour a déjà commencé à faire sa marque à l’échelle internationale.

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LA PETITE GUERRIÈRE AU VISAGE D'ANGE

En Océane Dufour, 12 ans seulement, le senseï Samuel Gagnon sait qu’il a entre les mains un diamant brut. Selon lui, la jeune combattante de Saint-Nicolas, qui participe à plusieurs compétitions du Québec Open de karaté, pourrait éventuellement atteindre les mêmes niveaux que la quadruple championne du monde junior Élizabeth Rouillard.

«C’est un talent exceptionnel. Elle est forte physiquement, elle a de bonnes jambes, c’est une vraie athlète de compétition. Il reste peut-être à travailler davantage sur ses bras, mais elle est solide», explique Gagnon pendant qu’Océane remportait facilement ses combats contre des adversaires qui n’étaient simplement pas de taille. «C’est difficile d’avoir de la compétition pour elle dans sa catégorie d’âge. C’est un peu pour ça d’ailleurs qu’elle n’a pas passé encore sa ceinture noire, car si elle était ceinture noire, souvent, il n’y aurait pas du tout d’adversaire pour elle dans son groupe d’âge et elle gagnerait par défaut. Elle ne veut pas ça, elle veut compétitionner», ajoute sa mère Julie Rioux, qui filme tous les combats de sa fille.

Contre les gars

Avec son visage angélique et sa voix douce, Océane n’a pas du tout le physique menaçant d’une Brienne de Tarth, mais éprouve cependant le même plaisir à combattre que la redoutable guerrière de la série Le Trône de fer. «C’est ma passion et, dans certaines compétitions, on permet aux filles d’affronter les gars dans mon groupe d’âge. J’adore ça, car c’est plus difficile contre les gars. Ils frappent plus fort et il faut s’entraîner plus pour gagner contre eux», explique celle dont l’athlète préféré est l’Ontarien Robbie Lavoie, champion du monde de karaté. 

«Je m’entraîne environ neuf heures par semaine, surtout avec des gars de 13 et 15 ans, alors je dois travailler deux fois plus fort et ça donne de bons résultats», ajoute-t-elle. Par exemple, à la compétition Kixx Montréal Open et au Challenge Rive-Nord, Océane a pris la première place tant chez les garçons que chez les filles et la deuxième place chez les garçons au challenge KJS. «Normalement, Océane commence contre les filles pour se réchauffer et ensuite combat contre les garçons. Au KJS, elle était plus nerveuse, car elle devait choisir de combattre contre les garçons ou les filles et elle a choisi les garçons», explique sa mère. 

Calibre international

Mais ce n’est pas tout, la jeune fille a déjà commencé à faire sa marque à l’échelle internationale. Vice-championne du monde en 2016, championne du monde dans trois catégories en 2017, elle a encore tout raflé au prestigieux Irish Open de Dublin il y a quelques semaines. «J’ai remporté l’or chez les 42 kilos et moins, l’argent chez les 47 kilos et plus et le bronze chez les 47 kilos et moins», indique-t-elle fièrement en serrant dans ses mains une autre médaille d’or qu’elle venait de remporter au Québec Open.

La montée fulgurante d’Océane sur la scène mondiale l’a cependant forcée, avec un peu d’aide de sa mère, à faire la tournée pour dénicher des commanditaires. Peut-être une préparation pour ce qui l’attend si jamais le kenpo karaté qu’elle pratique est accepté comme sport olympique en novembre 2021, trois ans après la reconnaissance officielle par le Comité international olympique du World Association for Kickboxing Organizations (autrefois la World All-Style Karate Organization) (WAKO) qui chapeaute le sport.

«J’aimerais vraiment ça aller aux Olympiques. J’ai déjà commencé à calculer et si ça devient un sport olympique, j’aurai 17 ans lors des Jeux de Paris en 2024», lance Océane avec le sourire. Entre temps, la jeune fille a bien l’intention d’aller chercher sa fameuse ceinture noire. 

«Oui, mais pour ça il faut que je continue à m’améliorer dans les katas, une partie que j’aime un peu moins parce que je préfère le combat et que j’aime mieux me concentrer là-dessus. Mais j’ai déjà gagné des compétitions en katas également, alors je suis capable d’y arriver», conclut-elle.

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UN ÉLÈVE DE «MARQUE»

Parmi ses anciens élèves, Samuel Gagnon en compte un qui est un peu plus célèbre que les autres : l’ancien champion d’arts martiaux mixtes Georges Saint-Pierre, à qui il a donné des cours privés pendant deux ans et demi.

«J’avais déjà rencontré Georges à quelques reprises pour des événements professionnels et on avait discuté de techniques de karaté», explique le karatéka et senseï. C’est cependant alors que GSP était dans sa première «retraite» et envisageait un retour que le téléphone de Samuel a sonné. C’était en février 2016, une semaine ou deux après que Stephen «Wonderboy» Thompson ait vaincu assez facilement Johny Hendricks, un adversaire qui avait déjà donné du fil à retordre au combattant québécois lors de son dernier combat en novembre 2013.

«C’était l’agent de Georges Saint-Pierre qui me demandait si je voulais travailler avec lui pour qu’il améliore son karaté», raconte Gagnon. L’agent en question a ramené sur la table le combat Thompson-Hendricks qui a permis au combattant de la Caroline du Sud d’obtenir un knock-out technique au premier round grâce au karaté sur l’ex-adversaire de GSP. Saint-Pierre n’avait alors pas encore décidé officiellement de remonter dans l’octogone, mais souhaitait se maintenir à jour au niveau des techniques de combat.

«Je me suis entraîné avec Georges toutes les semaines durant deux ans et demi, jusqu’à son retour contre Michael Bisping en novembre 2017 et après également. J’ai essayé de lui transmettre mes connaissances au niveau du combat de poing, mais je peux dire que j’ai appris autant de lui que ce que je lui ai enseigné!» analyse Gagnon.

«C’est le rêve de tous les coachs de pouvoir enseigner à un gars comme Georges, qui reste selon moi le meilleur combattant overall des arts martiaux mixtes. C’est un gars très sérieux, très déterminé et il est fort dans tous les aspects du combat. Ce qui m’a flatté le plus, c’est qu’il a les moyens et le temps pour aller chercher n’importe qui sur la planète pour s’entraîner et que c’est moi qu’il a choisi. Bref, quand quelqu’un comme lui appelle avec une demande comme ça, tu ne peux pas dire non! Ça a été un beau défi et une expérience aussi enrichissante pour moi que pour lui», résume-t-il. Ian Bussières